‹ Choix de poésies;Chapitre 32 sur 78 · BEAMS · texte numérisé non relu

BEAMS

Elle voulut aller sur les flots de la mer, Et comme un vent bénin soufflait une embellie, Nous nous prêtâmes tous à sa belle folie, Et nous voilà marchant par le cliemin amer.

l^e soleil luisait iiaut dans le ciel calme et lisse, Et d;ins ses cheveux blonds c'étaient des rayons d'or Si bien que nous suivions son pas plus calme encor Que le déroulement des vagues, ô délice!

Des oiseaux blancs volaient alentour mollement. Et des voiles au loin s'inclinaient toutes blanches. Parfois de grands varechs filaient en longues branches, Nos pieds glissaient d'un pur et large mouvement.

Elle se retourna, doucement inquiète De ne nous croire pas pleinement rassurés; Mais nous voyant joyeux d'être ses préférés, Elle reprit sa route et portait haut sa tête.

Douvres-Ostende, à bord de la Comtesse-de-Flandres.

4 avril 1873.

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Beauté des femmes, leur faiblesse, et ces mains pâles

Qui font souvent le bien et peuvent tout le mal.

Et ces yeux, où plus rien ne reste d'animal

Que juste assez pour dire : « assez » aux fureurs mâles!

Et toujours, maternelle endormeuse des râles, Même quand elle ment, cette voixt Matinal Appel, ou chant bien doux- à vêpres, ou frais signal, Ou beau sanglot qui va mourir au pli des châles!...

Hommes durs! Vie atroce et laide d'ici-bas!

Ah ! que du moins, loin des baisers et des combats,

Quelque chose demeure un peu sur la montagne,

Quelque chose du cœur enfantin et subtil. Bonté, lespect! Car ((u'est-ce qui nous accompagne, Et vraiment, quand la mort viendra, (|ue reste-t-ilî'

Les faux beauxjours ont lui tout le jour, ma pauvre Ame, Et les voici vibrer aux cuivres du couchant. Ferme les yeux, pauvre àme, et rentre sur-Ie-chanip : Une tentation des pires. Fuis l'infAme.

lis ont lui loul le jour en longs gréions de llamme, Battant toute vendange aux collines, couchant Toute moisson de la vallée, et ravageant Le ciel tout bleu,^ le ciel chanteur qui te réclame.

0 pâlis, el va-t'en, lente et joignant les mains. Si ces hiers allaient manger nos beaux demains? Si la vieille folie était encore en roule?

Ces souvenirs, va-t-il falloir les rctucr? Un assaut furieux, le suprême, sans doute! 0 va prier contre l'orage, va piier.

S.VGEI^Ï^E. 159

TTT

Sagesse d'un Louis Racine, je t'envie!

0 n'avoir pas suivi les leçons de Rollin, N'être pas né dans le grand siècle à son déclin, Quand le soleil couchant, si beau, dorait la vie.

Quand Maintenon jetait sur la France ravie, L'ombre douce et la paix de ses coiffes de lin, Et royale abritait la veuve et l'orphelin, Quand l'étude de la prière était suivie,

Quand poète et docteur, simplement, bonnement, Communiaient avec des ferveurs de novices, Humbles servaient la Messe et chantaient aux offices,

Et, le printemps venu, prenaient un soin charmant D'aller dans les Auteuils cueillir lilas et roses En louant Dieu, comme (laro, de toutes choses!

ly IV

Non. Il fut gallicîin, ce siècle, et janséniste î C'est vers le Moyen-Age énorme et délicat. Ou'il faudi'ciit que mon cœur en panne naviguât, Loin de nos joui's d'esprit charnel et de chair triste.

Roi, politicien, moine, artisan, chimiste, Architecte, soldat, médecin, avocat.

Quel temps! Oui, que mon cœur naufragé rembarquAt Pour toute cette force ardente, souple, artiste!

Et là que j'eusse part — quelconque, chez les rois Ou bien ailleurs, n'importe, — à la chose vitale, Et que je fusse un saint, actes bons, pensers droits.

Haute théologie et solide morale.

Guidé par la folie unique de la Croix Sur tes ailes de pierre, ô folle Cathédrale!

sa(;p:ssk. 101

Écoutez la chanson bien douce Qui ne pleure que pour vous plaire.

Elle est discrète, elle est légère :

Un frisson d'eau sur de la mousse!

J^a voix vous fut connue (et chère?) Mais à présent elle est voilée Comme une veuve désolée, Pourtant comme elle encore fière,

Et dans les longs plis de son voile Qui palpite aux brises d'automne Cache et montre au cœur qui s'étonne i.a vi'rité comme une étoile.

102 SA(iESSK.

Elle dit, la voix reconnue/' Que la bonté c'est notre vie, Que de la haine et de l'envie Rien ne reste, la mort venue.

Elle parle aussi de la gloire D'être simple sans plus attendre, Et de noces d'or et du tendre Bonheur d'une paix sans victoire.

Accueillez la voix qui persiste Dans son naïf épithalame.

Allez, rien n'est meilleur à l'àme Que de faire une àme moins triste

Elle est « en peine » et * de passage », L'àme qui souffre sans colère, Et comme sa morale est claire!...

Ecoutez la chanson bien sage.

Les chères mains qui furent miennes. Toutes petites, toutes belles, Après ces méprises mortelles Et toutes ces choses païennes,

Après les rades et les grèves,

Et les pays et les provinces,

Royales mieux qu'au temps des princes,

Les chères mains m'ouvrent les rêves.

Mains en songes, mains sur mon âme, Sais-je, moi, ce que vous daignâtes, Parmi ces rumeurs scélérates, Dire à cette âme qui se pâme?

164 sArjESsp:.

Ment-elle, ma vision chaste, D'affinité spirituelle, De complicité maternelle, D'afTection étroite et vaste?

Remords si chers, peine très bonne, Rêves bénis, mains consacrées, 0 ces mains, ces mains vénérées, Faites le geste qui pardonne!

AriKssi;. 165

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