‹ Choix de poésies;Chapitre 35 sur 78 · Saint Auiîuslin · texte numérisé non relu

Saint Auiîuslin

Il faul m'aiincr. Je suis ces Fous que tu nommais, Je suis l'Adam nouveau qui mange le vieil homme, Ta Rome, ton Paris, ta Sparte et ta Sodome, Comme un pauvre rué parmi d'horribles mets.

Mon amour est le feu qui dévore à jamais Toute chair insensée, et Tévapore comme Un parfum — et c'est le déluge qui consomme En son flot tout mauvais germe que je semais.

Afin qu'un jour la Croix où je meurs fût dressée

Et que par un miracle cITrayant de bonté

Je t'eusse un jour à moi, frémissant et dompté.

Aime. Sors de la miil. Aime. C'est ma pensée

De toute éternité, pauvre Ame délaissée,

Que lu (lusses m'ainiei', moi seul qui suis resté!

Seigneur, j'ai peur. Mon âme en moi tressaille toute. Je vois, je sens qu'il faut vous aimer. Mais comment Moi, ceci, me ferais-je, ô vous Dieu, votre amant, 0 Justice que la vertu des bons redoute?

Oui, comment? Car voici que s'ébranle la voûte

Où mon cœur creusait son ensevelissement

Et que je sens fluer à moi le firmament,

Et je vous dis : de vous à moi quelle est la route?

Tendez-moi votre main, que je puisse lever Cette chair accroupie et cet esprit malade. Mais recevoir jamais la céleste accolade,

Est-ce possible? Un jour, pouvoir la retrouver Dans votre sein, sur votre cœur qui fut le nôtre, La place oh reposa la tête de Tapôtre?

Certes, si tu veux le mériter, mon fils, oui, Kt voici. Laisse aller l'ignorance indécise De ton cœur vers les bras ouverts de mon Église Comme la guêpe vole au lis épanoui.

Approcho-toi de mon oreille. Épanches-y L'humiliation d'une brave franchise.

Dis-moi tout sans un mot d'orgueil ou de reprise Et m'ofTre le bouquet d'un repentir choisi.

Puis franchement et simplement viens à ma table, Et je t'y bénirai d'un repas délectable Auquel l'ange n'aura lui-même qu'assisté,

Et tu boiras le vin de la vigne immuable DonI la force, dont la douceur, dont la bonté Feront germer ton sang à l'immortalité.

Puis, va! Garde une foi modeste en ce mystère D'amour par quoi je suis ta chair et ta raison, Et surtout reviens très souvent dans ma maison, Pour y participer au Vin qui désaltère,

Au Pain sans qui la vie est une trahison, Pour y prier mon Père et supplier ma Mère Qu'il te soit accordé, dans l'exil de la terre, D'être l'agneau sans cris qui donne sa toison,

D'être l'enfant vêtu de lin et d'innocence, D'oublier ton pauvre amour-propre et ton essence, Enfin, de devenir un peu semblable à moi

Qui fus, durant les jours d'Ilérode et de Pilate,

Et de Judas et de Pierre^ pareil à toi

Pour souffrir et mourir d'une mort scélérate!

pour récompenser ton zèle en ces devoirs

doux qu'ils sont encor d'inelTables délices,

te ferai goûter sur terre mes prémices,

paix du cjpur, l'amour d'être pauvre, et mes soirs

stiques, quand l'esprit s'ouvre aux calmes espoirs croit boire, suivant ma promesse, au (lalice irncl, et qu'au ciel pieux la lune glisse, que sonnent les angélus roses et noirs,

attendant l'assomplion dans ma lumière, :vcil sans fin dans ma charité coutumière, musique de mes louanges à jamais,

i'cxlasc perpétuelle cl la science,

d'être en moi parmi l'aimable irradiancc

tes souiïrances, cnlin miennes, que j aimais!

SAGESSE. lo9

(^viij U

Ah! Seigneur, qu'ai-je? Hélas! me voici tout en larmes

D'une joie extraordinaire : votre voix

Me fait comme du bien et du mal à la fois,

Et le mal et le bien, tout a les mêmes charmes.

Je ris, je pleure, et c'est comme un appel aux armes D'un clairon pour des champs de bataille où je vois Des anges bleus et blancs portés sur des pavois, Et ce clairon m'enlève en de frères alarmes.

J'ai Textase et j'ai la terreur d'être choisi. Je suis indigne, mais je sais votre clémence. Ah! quel effort, mais quelle ardeur! Et me voici

Plein d'une humble prière, encore qu'un trouble immense iîrouille l'espoir que votre voix me révéla, Et j'aspire en tremblant.

SA a K «SE.

— l*auvre Ame, c'est cola!

L'espoir luit comme un brin de paille dans l'étable. Que crains-tu de la guêpe ivre de son vol fou? Vois, le soleil toujours poudroie à quelque trou. Que ne t'endormais-tu, le coude sur la table?

Pauvre âme pâle, au moins cette eau du puits glacé, Bois-la. Puis dors après. Allons, tu vois, je reste, Et je dorloterai les rêves de ta sieste, Et tu chantonneras comme un enfant bercé.

Midi sonne. De grâce éloignez-vous, madame. Il dort. C'est étonnant comme les pas de femme Résonnent au cerveau des pauvres malheureux.

Midi sonne, J'ai fait arroser dans la chambre. Va, dors ! L'espoir luit comme un caillou dans un creux. Ah, quand refleuriront les roses de septembre!

Gaspard Hauser clianlc

Je suis venu, calme orphelin, Riche de mes seuls yeux tranquilles, ^'ers les hommes des grandes villes :

Ils ne m'ont pas trouvé malin.

A vingt ans un trouble nouveau Sous le nom d'jimoureuses flammes M'a fait trouver belles les femmes :

Elles ne m'ont pas trouvé beau.

Bien que sans patrie et sans roi Et très brave ne l'étant guère, J'ai voulu mourir à la guerre :

La mort n'a pas voulu de moi.

sA(iKssj;. 195

Suis je né trop tôt ou trop tard?

Qu'est-ce que je fais en ce monde? 0 vous tous, ma peine est profonde Priez pour le pauvre Gaspard !

sagessp:.

Un grand sommeil noir Tombe sur ma vie :

Dormez, tout espoir, Dormez, toute envie!

.le ne vois plus rien, .le perds la mémoire Du mal et du bien...

0 la (liste histoire!

Je suis un berceau Qu'une main balance Au creux d'un caveau :

Silence, silence!

Le ciel est, par-dessus le toit, Si bleu, si calme!

Un arbre, par-dessus le toit Berce sa palme.

La cloche, dans le ciel qu'on voit

Doucement tinte.

Un oiseau sur Tarbre qu'on voit

Chante sa plainte.

Mon Dieu, mon Dieu, la vie est là,

Simple et tranquille.

Cette paisible rumeur-là

Vient de la ville.

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