Omis par Déf, et Vera
tabimini. Que si peut-être vous vous plaignez qu'il vous laisse sans consolation sur la terre au milieu de tant de misères, voyez qu'en vous donnant cette médecine il vous présente de l'autre main la douceur d'une espérance assurée, qui vous 6te tout ce mauvais goût et remplit votre ame de plaisirs célestes : « votre tristesse, dit-il, sera changée en joie, » tristitia vestra vertetur in gaudium.
Par conséquent, 6 homme de bien, si parmi tes afflictions il t' arrive de jeter les yeux sur la prospérité des méchants, que ton cœur n'en murmure point, parce qu'elle ne mérite pas d'être désirée ; c'est la première vérité de notre évangile. Si cependant les.misères croissent, si le fardeau des malheurs s'augmente, ne te laisse pas accabler, et reconnais dans la douleur qui te presse l'opération du Médecin qui te guérit, vos autem contristabimini: c'est le second point. Enfin, si tes forces se diminuent, soutiens ton courage abattu par l'attente du bien que l'on te propose, qui est une santé éternelle dans la bienheureuse immortalité, tristitia vestra [vertetur in gaudium;] c'est par où je finirai ce discours. Et voilà en abrégé, chrétiens, toute l'économie de cet entretien, et le sujet du saint évangile que l'Église a lu ce matin dans la célébration des divins mystères. Reste que vous vous rendiez attentifs à ces vérités importantes. Laissons tous les discours superflus; cette matière est essentielle, allons à la subàtance des choses avec le secours de la grâce.
[PREMIER POINT
Pour entrer (i'abord en matière, je commence mon raisonnement par cette proposition infaillible, qu'il n'est rien de mieux ordoimé que les événements des
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choses humaines, et toutefois qu'il n'est rien aussi où la confusion soit plus apparente ^
Qu'il n'y ait rien de mieux ordonné, il m'est aisé (a) de le faire voir par ce raisonnement invincible. Plus les choses touchent de près à la Providence et à la sagesse divine, plus la disposition en doit être belle : or, dans toutes les parties de cet univers, Dieu n'a rien de plus cher que l'homme qu'il a fait à sa ressemblance; rien par conséquent n'est mieux ordonné que ce qui touche cette créature chérie, et si avantagée par son Créateur. Et si nous admirons tous les jours tant d'art, tant de justesse, tant d'économie dans les astres, dans les éléments, dans toutes les natures inanimées, à plus forte raison doit-on dire qu'il y a un ordre admirable dans ce qui regarde les hommes. Il y a donc certainement beaucoup d'ordre; et toutefois il faut reconnaître (b) qu'il n'y a rien qui paraisse moins {c). Au contraire^, plus nous pénétrons dans la conduite des choses humaines, dans les événements des affaires, plus nous sommes contraints d'avouer qu'il y a beaucoup de désordre.
Ce serait une insolence inouïe, si nous voulions ici faire le procès à tout ce qu'il y a jamais eu de grand dans le monde. Il y a eu plus d'un David sur le trône; ce n'est pas pour une fois seulement que la grandeur et la piété se sont jointes: il y a eu des hommes extraordinaires que la vertu a portés au plus grand éclat, et la malice n'est pas si universelle que l'innocence n'ait été souvent couronnée. Mais, chrétiens, ne nous flattons pas; avouons,
Var. (o) C'est ce qu'il m'est aisé. — {b) Confesser. — [c] 11 y a beaucoup de confusion.
1. Un renvoi de Bossuet (f. 123, v', 1. 8) avertit de chercher la suite au milieu de la pnge suivante ff. 124, 1. 19).
2. Un signe du ms. (1. 29) nous lait revenir à la page précédente 0. 8).
à la honte du genre humain, que les crimes les plus hardis ont été ordinairement plus heureux que les vertus les plus renommées. Et la raison en est évidente: c'est sans doute que la licence est plus entreprenante que la retenue. La fortune veut être prise par force, les affaires veulent être emportées par la violence: il faut que les passions se remuent, il faut prendre des desseins extrêmes. Que fera ici la vertu avec sa faible et impuissante médiocrité? je dis, faible et impuissante, dans l'esprit des hommes : elle est trop sévère et trop composée. C'est pourquoi le divin Psalmiste après avoir décrit au Psaume x' le bruit que les pécheurs ont fait dans le monde, il vient ensuite à parler du Juste : « Et le Juste, dit-il, qu'a-t-il {dM"^ t> Justus autem, quid fecit'^? Il semble, dit-il, qu'il n'agisse pas; et il n'agit pas, en effet, selon lopinion des mondains, qui ne connaissent point d'action sans agitation, ni d'affaire sans empressement. Le juste n'ayant donc point d'action, du moins au sentiment des hommes du monde, il ne faut pas s'étonner, fidèles, si les grands succès ne sont pas pour lui.
Et certes l'expérience nous apprend assez que ce qui nous meut, ce qui nous excite, ce n'est pas la droite raison : on se contente de l'admirer et de la faire servir de prétexte; mais l'intérêt, la passion, la vengeance, c'est ce qui agite {a) puissamment les ressorts de l'âme : et en un mot le vice, qui met tout en œuvre, est plus actif, plus pressant, plus prompt, et ensuite, pour l'ordinaire, il réussit mieux que la vertu, qui ne sort point de ses règles, qui ne marche qu'à pas comptés, qui ne s'avance que par mesure. D'ailleurs, les histoires saintes et pro-
Var. (a) Remue.