‹ Choix de sermons de la jeunesse de BossuetChapitre 146 sur 460 · Ibid · texte numérisé non relu

Ibid

Voici, messieurs, un raisonnement digne du plus sage des hommes : il découvre dans le genre humain une extrême confusion; il voit dans le reste du monde un ordre qui le ravit (a) : il voit bien qu'il n'est pas possible que notre nature, qui est la seule que Dieu a faite à sa ressemblance, soit la seule qu'il abandonne au hasard; ainsi, convaincu par raison qu'il doit y avoir de l'ordre parmi les hommes, et voyant par expérience qu'il n'est pas encore établi, il conclut nécessairement que Thomme a quelque chose à attendre. Et c'est ici, chrétiens, tout le mystère du conseil de Dieu; c'est la grande maxime d'état de la politique du ciel. Dieu veut que nous vivions au milieu du temps dans une attente perpétuelle de l'éternité; il nous introduit dans le monde, où il nous fait paraître un ordre admirable pour montrer que son ouvrage est conduit avec sagesse; où il laisse de dessein formé quelque désordre apparent pour montrer qu'il n'y a pas mis encore la dernière main. Pourquoi? pour nous tenir toujours en attente du grand jour de l'éternité, où toutes choses seront démêlées par une décision dernière et irrévocable, où Dieu, séparant encore une fois la lumière d'avec les ténèbres, mettra, par un dernier jugement, la justice et l'impiété dans les places qui leur sont dues, « et alors, dit Salomon, ce sera le temps de chaque « chose, » et tempm omnis rei tune erit.

Ouvrez donc les yeux, ô mortels; c'est Jésus-Christ qui vous y exhorte dans cet admirable discours qu'il a fait en saintMatthieu, [chapitre] VI, et [en saint] Luc, [chapitre] xir, dont je vais vous donner une paraphrase^. Contemplez le ciel et la terre, et la sage économie de cet univers.

Var. (a) Un ordre admirable,

1. Addition marginale que M. Lâchât place après la phrase suivante.

Est-il rien de mieux entendu que cet édifice? est-il rien de mieux pourvu que cette famille ? est-il rien de mieux gouverné que cet empire? Cette puissance suprême qui a construit le monde, et qui n'y a rien fait qui ne soit trèsbon, a fait néanmoins des créatures meilleures les unes que les autres. Elle a fait les corps célestes qui sont immortels : elle a fait les terrestres qui sont périssables ; elle a fait des animaux admirables par leur grandeur : elle a fait les insectes et les oiseaux qui semblent méprisables par leur petitesse ; elle a fait ces grands arbres des forêts qui subsistent [a] des siècles entiers ; elle a fait les fleurs des champs qui se passent du matin au soir. Il y a de l'inégalité dans ses créatures, parce que cette même bonté, qui a donné l'être aux plus nobles, ne l'a pas voulu envier aux moindres. Mais depuis les plus grandes jusqu'aux plus petites, sa Providence se répand partout. Elle nourrit les petits oiseaux qui l'invoquent dès le matin par la mélodie de leurs chants; et ces fleurs dont la beauté est sitôt flétrie, elle les habille si superbement durant ce petit moment de leur être, que Salomon, dans toute sa gloire, n'a rien de comparable à cet ornement. Vous, hommes, qu'il a faits à son image, qu'il a éclairés de sa connaissance, qu'il a appelés à son royaume, pouvez-vous croire qu'il vous oublie, et que vous soyez les seules de ses créatures sur lesquelles les yeux toujours vigilants de sa providence paternelle ne soient pas ouverts ? Nonne vos magis pluris estis illis^'i [« N'êtes-vous pas « beaucoup plus qu'eux ? »]

Que s'il vous paraît quelque désordre, s'il vous semble que la récompense court trop lentement à la vertu, et

V'ar. (i) Durent...

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