‹ Choix de sermons de la jeunesse de BossuetChapitre 156 sur 460 · Ilehr., vi · texte numérisé non relu

Ilehr., vi

UR LA PROVIDENCE. lôf

à Dieu, secourable aux pauvres. Si vous profitez de cet exemple, vous éviterez le supplice du riche crueP, et vous irez avec le pauvre Lazare vous reposer dans le sein du riche Abraham, et posséder avec lui les richesses éternelles.

COMPLEMENT DES VARIANTES

...la justice^, c'est-à-dire, si nous l'entendons, l'iniquité sur le tribunal, et (a) même l'iniquité sur (6) le trône où la seule justice doit être placée. Sans doute, cette place qu'occupe le crime est assez auguste et assez éminente (c). Que pouvait penser Salomon en considérant un si grand désordre? Quoi? Que Dieu abandonnait les choses humaines (d) ? Au contraire, ajoute-t-il aussitôt après, c'est cela même qui me fait dire en mon (e) cœur : Dieu jugera le juste et l'impie, et alors ce sera le temps de chaque chose (/). Et tempiis omnis rei tune erit.

Voici, messieurs, un raisonnement digne du plus sage des hommes. Il découvre dans le genre humain une extrême confusion, puisque, n'y ayant rien de plus ennemi que la justice et l'iniquité, celle-ci occupe si souvent la place de l'autre et laisse {g) la vertu méprisée. D'ailleurs il voit éclater (h) une si divine sagesse (0 dans tout le reste du mcnde que rien ne lui

Var. [a] Ou. — {b) Dans. — (c) C'était, ce me semble, monter assez haut. — [d] Que les afiPaires humaines étaient sans conduite et sans jugement. — (e) Dit ce sage Prince, aussitôt : « J'ai dit... » — (/) De toutes choses. — Chaque chose aura son temps. — {g) Laissai». — [h) Voyait reluire. — (/)Tant d'ordre.

1. Ed. : dont nous parle [l'Évangile]. Phrase inachevée et soulign'e, c'est-à-dire condamnée deux fois par Bossuet.

2. Ms. , f. 182, au verso. Voyez la seconde rédaction, page 14 0, à partir de la ligne 15 (Ms., f. 181).

paraissait plus extravagant que de croire que notre nature, qui est la seule que Dieu a faite ù sa ressemblance, soit (a) la seule qu'il laissât errer sans conduite au gré du hasard et de la fortune. Ainsi, convaincu par raison qu'il doit y avoir de l'ordre parmi les hommes, et voyant par expérience qu'il n'est pas encore établi, il attend avec patience ce jour bienheureux dans lequel Dieu , séparant encore une fois la lumière d'avec les ténèbres, mettra par un dernier jugement la justice et l'impiété dans les places qui leur sont dues; et alors, dit ce sage prince, ce sera le temps de toutes choses. Et tcmpus omnis rei tune erit.

Ouvrez donc les yeux... (V.p. 141) ... et cum illoœternus eris.

Voilà donc le mystère • du conseil de Dieu, voilà cette grande maxime d'état de la Politique du ciel. Dieu nous a formés dans le temps pour nous faire passer à l'Éternité. Ainsi pour nous tenir toujours en attente et dans un dessein de passage, il nous introduit dans le monde où il nous fait paraître un ordre admirable pour montrer que son ouvrage est conduit avec sagesse, où il laisse quelque désordre apparent, pour montrer qu'il n'y a pas mis encore la dernière main. L'ordre que nous y voyons, il faut l'admirer; celui que nous ne voyons pas, il faut l'attendre, et nous écrier avec le Sage ce que je ne me lasse point de vous dire, ce que vous ne devez point vous lasser d'entendre : « Donc Dieu jugera le juste et l'impie, et alors ce sera le temps de chaque chose. Et tempus...

Non, les choses ne sont pas encore en leur place fixe, elles n'ont pas encore leur temps arrêté. Lazare souflre encore, quoique innocent. Le mauvais riche, quoique criminel, jouit encore de quelque repos. Cet état est violent et ne peut pas durer longtemps. Ni la peine, ni le repos ne sont pas encore où ils doivent être toujours (6). Mais attendez encore un mo-

Vab. (a) Fût (effacé). — (A) A jamais.

I. Mi., 183-84 (p. 8, 9, 10). Voviz plus haut, p. 143 : Var. [c).

ment et les choses se démêleront d'elles-mêmes : Lazare et le mauvais riche iront tous deux à la maison de leur éternité, et alors quel étrange changement et quel nouvel ordre de choses! « Mon fils, tu as reçu des biens en ta vie, et Lazare aussi a reçu des maux. » lili. recepisti...

Sous un Dieu bon et sous un Dieu juste, une telle confusion ne pouvait pas être éternelle. Mais Dieu avait ses raisons tirées d'une sagesse profonde. C'était encore le temps de souitrir les criminels pour les inviter à se repentir; c'était le temps d'éprouver les justes pour les exercer par la souffrance. Mais maintenant, poursuit Abraham, nunc autem, maintenant dans ce grand jour de l'éternité, maintenant que la mort nous ayant tirés de la loi des changements et des temps, vous êtes enfin arrivés tous deux à l'état de la consistance, nunc autem, une autre disposition va se [a) commencer, et la peine ne sera plus séparée du coupable qui l'a méritée ni la consolation (6) refusée au juste qui l'a fidèlement attendue (c). Nunc autem hic consolatur, tuverocniciaris.

C'est ainsi que la confusion de la vie présente se débrouillera clairement dans la \"ie future. Ce mystère ^ est caché, messieurs, mais il se découvrira en son temps. Il ne fait point encore paraître le discernement entre les bons et les impies, parce quil a choisi un jour où il veut le faire paraître tout entier à la face de tout l'univers, quand le nombre en (d)sera complet. C'est ce qui fait dire à Tertullien ces excellentes paroles : Dieu, dit-il, ayant remis le jugement à. la fin des siècles, il ne précipite pas le discernement qui en est une condition nécessaire : Quod semel œternumjudicium destinavit post sœcuH finenij non prœcipitat discretionem. 11 se montre presque égal sur toute la nature humaine ; et les biens et les maux qu il envoie en attendant sur la terre sont communs à ses ennemis et à ses enfants. « £quaUs est intérim super omne hominirn genus et indulgens et increpans, communia voluitesse etcommoda profanis et incommoda suis. Oui, c'est la vérité elle-même qui lui a dicté cette pensée. Car-...

Var. (a) Se \a. — (b) Et la consolation éîernelle ne manquera plus à riiomme de Lien, — (c) Espérée. — {d) Des uns et des autres.

1. Tout ce qui suit n'est pas barré à la marge, mais devrait l'être,

2. VoNez la suite : « n'avez-vous pas remarqué,.., » p. 144 , 1. 7,

Mais de peur que* vous ne croyiez que, devant le terme de ce dernier jour où les choses seront démûlées, elles aillent, en attendant, en quelque dL'sordre, admirez encore un autre secret de la Providence divine, et voyez comme elle dispense les biens et les maux (a) avec une équité admirable fondée sur la nature des uns et des autres.

Il y a donc deux sortes de biens et de maux : il y a les biens et les maux mêlés, qui peuvent en quelque sorte changer de nature (6) : par exemple, la maladie est un mal qui peut tourner en bien par la patience, comme la santé est un bien qui peut être changé en mal, en favorisant la débauche. C'est ce que jappelle les biens et les maux mêlés, qui participent de la nature du bien et du mal, suivant l'usage où on les applique. Mais il y a outre cela le bien souverain qui jamais ne peut être mal, comme la félicité éternelle ; et il y a aussi certains maux extrêmes qui ne peuvent tourner en bien à ceux qui les souflrent, comme les supplices des réprouvés.

Après cela, chrétiens (c), il est bien aisé de comprendre que ces biens et ces maux suprêmes appartiennent au temps du discernement général, où les bons seront séparés pour jamais de la société des impies, et que ces biens et ces maux mêlés sont distribués avec équité dans ce mélange où nous sommes. Car il fallait certainement, dit saint Augustin, que la justice divine prédestinât certains biens aux justes auxquels les méchants n'eussent point de part; et de même qu'elle préparât aux méchants des peines dont les bons ne fussent jamais tourmentés. C'est ce qui fera dans le dernier jour un discernement éternel. Mais en attendant ce temps limité, dans ce siècle de confusion où les bons et les méchants

Var. (a) Admirez la sage dispensation qu'elle fait des biens et des maux. — {b) Qui dépendent de l'usape que nous en faisons. — {c) Cette distinction étant supposée.

1. Ms., f. 184, 185,188, 190 (p. 10-15). Voyez plus haut, p. 145, 1. 3. Ver. (a). C'est la fin du second point.

sont mêlés ensemble, il fallait que les biens et les maux fussent communs aux uns et aux autres, afin que le désordre même tînt les hommes toujours suspendus dans l'attente de la décision dernière et irrévocable.

Ah ! que le saint et divin Psalmiste a célébré (a) divinement sur sa lyre cette belle distinction de biens et de maux! J'ai vu, dit-il, dans la main de Dieu une coupe remplie de trois liqueurs : Calix in manu Bomini... Il y a : 1" le vin pur, vùn meri; il y a : 2° le vin mêlé, pîeniis mixto. Enfin, il y a la lie, fœx ejus non est exinantia. Que signifie ce vin pur, sinon la joie de l'éternité qui n'est altérée par aucun mal? Que veut dire cette lie, sinon le supplice des réprouvés, qui n'est jamais tempéré d'aucune douceur? Et que représente ce vin mêlé, sinon ces biens et ces maux, que l'usage peut faire changer de nature, tels que nous les éprouvons dans la vie présente ? 0 la belle distinction des biens et des maux que le Prophète a chantée ! Mais la sage dispensation que la Providence en a faite ! Ici, durant le temps du mérite, les biens et les maux mêlés dont les sages savent profiter pendant que les méchants en abusent. Mais ces temps de mélange finiront : venez, esprits purs, esprits innocents, venez boire le vin pur de Dieu, sa félicité sans mélange. Et vous, ô méchants endurcis, méchants éternellement séparés des justes, il n'y a plus pour vous de félicité, plus de danses, plus de banquets, plus de jeux; vous boirez toute l'amertume de la vengeance divine. Bibent omnes peccatores ten^œ.

« 0 que vos œuvres sont grandes! que vos voies sont justes et véritables, ô Seigneur, Dieu tout-puissant! Qui ne vous louerait, qui ne vous bénirait, ô Roi des siècles ! ^ » Qui n'admirerait votre Providence! qui ne craindrait vos jugements! Ah ! vraiment, « l'homme insensé n'entend point ces choses, et le fol ne les connaît pas. » Vir insipiens non cognoscet, et stidtus non intelliget hœc. « Il ne regarde que ce qu'il voit, et il se trompe. » Hœc consideraverunt et erraverunt. Car il vous a plu, ô grand Architecte, qu'on ne vît toute la beauté de votre édifice qu'après que vous y aurez mis la dernière main,

Var. (a) Chanté.

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