AVERTISSEMENT DE L'EDITEUR. XIX
son propre usage, il en était si peu occupé, qu'un secrétaire, demeuré vingt ans à son service et qui a classé ses papiers, a parlé des cartons où les sermons étaient enfermés sans pouvoir dire exactement ce qu'ils contenaient^ Et toutes ces liasses furent portées pêle-mêle de Meaux à Troyes, de Troyes à Metz^; elles allaient disparaître, quand on les remit entre les mains fidèles de D. Déforis: en les laissant retomber dans un éternel oubli, l'évêque de Troyes et les petits-neveux de Bossuet ne faisaient, sans y prendre garde, que remplir son intention.
C'est le dernier trait qui achève de mettre en relief un grand caractère : que de leçons dans ces manuscrits, où l'on voit combien la nature avait été prodigue envers Bossuet, tout ce qu'il a exigé de lui-même, et, au milieu de tant d'efforts pour atteindre à la perfection, un tel oubli de sa propre gloire ! Non, les ouvrages les plus parfaits que Bossuet a publiés ne font pas plus d'honneur à sa mémoire que ces brouillons sauvés par miracle où nous avons pu suivre d'année en année le développement de son esprit et le progrès de son éloquence.
Pour suivre ce progrès d'une façon plus précise et plus certaine, il était indispensable de ranger enfin les sermons dans l'ordre des dates. C'est une cause que je me flatte d'avoir gagnée dans mes Études critiques, et l'exemple que je donne dans ce volume sera suivi désormais, j'ose le croire. Il suffira d'une double table pour concilier avec ce classement l'ordre liturgique adopté par les
1. Ledieu, Mémoires touchant messire J.-B. Bossuet, évêque de jtieaux. Paris, Didier, 1856, p. 118.
2. Voyez cette histoire dans la Préface placée en tête des Sermons par D. Déforis et dans V Introduction de mes Etudes critiques.