‹ Choix de sermons de la jeunesse de BossuetChapitre 162 sur 460 · Ed. : seront · texte numérisé non relu

Ed. : seront

de l'Église. Cette cité merveilleuse, dont Dieu même a jeté les Ibndements, a ses lois et sa police, par laquelle elle est gouvernée. Mais comme Jésus-Christ, son instituteur, est venu au monde pour renverser l'ordre que l'orgueil y a établi : de là vient que sa politique est directement opposée à celle du siècle, et je remarque cette opposition principalement en trois choses. Premièrement', dans le monde les riches ont tout l'avantage et tiennent les premiers rangs : dans le royaume de Jésus- Christ la prééminence appartient aux pauvres, qui sont les premiers-nés de lÉglise et ses véritables enfants. Secondement, dans le monde les pauvres sont soumis aux riches et ne semblent nés que pour les servir : au contraire, dans la sainte Église, les riches n'y sont admis qu'à la condition de servir les pauvres. Troisièmement, dans le monde les grâces et les privilèges sont pour les puissants et les riches; les pauvres n'y ont de part que par leur appui : au lieu que dans l'Église de Jésus-Christ les grâces et les bénédictions sont pour les* pauvres, et les riches n'ont de privilège que par leur moyen. Ainsi cette parole de l'Évangile, que j'ai choisie pour mon texte, s'accomplit déjà dès la vie présente : « Les derniers sont les premiers, et les premiers sont les « derniers : » puisque les pauvres, qui sont les derniers dans le monde, sont les premiers dans TÉglise; puisque les riches, qui s'imaginent que tout leur est dû et qui foulent aux pieds les pauvres, ne sont dans l'Église que pour les servir; puisque les grâces du Nouveau Testament appartiennent de droit aux pauvres, et que les riches ne les reçoivent que par leurs mains. Vérités

1 . Bossuel met en surcharge celle indication : « Partage des riches : l'honneur, l'autorité, la favour; l'honneur leur donne la préséance; l'autorité leur donne le coininandement ; la faveur leur donne les privilèges. Avantages [qui] leur sont ôlés dans l'Eglise. »

certainement importantes, et qui vous doivent apprendre, ô riches du siècle, ce que vous devez faire à l'égard des pauvres : c'est-à-dire, honorer leur condition, soulager leurs nécessités, prendre part à leurs privilèges. C'est ce que je me propose de vous faire entendre avec le secours de la grâce.

[premier polnt.]

Le docte et éloquent saint Jean Chrysostome nous propose une belle idée pour connaître les avantages de la pauvreté sur les richesses. Il nous représente deux villes, dont l'une ne soiti composée que de riches, l'autre n'ait [a) ^ que des pauvres dans son enceinte ; et il examine ensuite laquelle des deux est la plus puissante. Si nous consultions la plupart des hommes sur cette proposition, je ne doute pas, chrétiens, que les riches ne l'emportassent : mais le grand saint Chrysostome conclut pour les pauvres^; et il se fonde sur cette raison, que cette ville de riches aurait beaucoup d'éclat et de pompe, mais qu'elle serait (b) sans force et sans fondement assuré. L'abondance, ennemie du travail, incapable de se contramdre, et par conséquent toujours emportée dans la recherche des voluptés, corromprait tous les esprits et amollirait tous les courages par le luxe, par l'orgueil, par l'oisiveté. Ainsi les arts seraient négligés, la terre peu [c] cultivée {d); les ouvrages laborieux, par lesquels le genre humain se conserve, entièrement délaissés; et cette ville pompeuse., sans avoir besoin d'autres ennemis,

Var. («) N'a. — {0) IS "aurait ni force ni. — (c) Mal. — (rf) Inculte et abanduniiéi.'.

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