Job, IX
que la félicité des esprits ne se trouve ni dans une nature excellente (a), ni dans un sublime raisonnement, ni dans la force, ni dans la vigueur; mais elle consiste seulement à s'unir à Dieu par un amour chaste et persévérant. Quand donc ils se séparent de lui, ne croyez pas qu'il soit nécessaire que Dieu change rien en leur nature pour punir leur égarement; il suffit, dit saint Augustin, pour se venger d'eux, qu'il les abandonne à eux-mêmes : Quia sua superhia sibi placuerunt, Dei justitia sibi donarentur^. De cette sorte, ces anges rebelles que l'honneur de leur nature a enflés, que leurs grandes connaissances ont rendus superbes jusqu'à vouloir s'égaler à Dieu, ne perdront pas pour cela leurs dons naturels. Non, ils leur seront conservés; mais il y aura seulement cette différence, que ce qui leur servait d'ornement, cela même leur tournera en supplice par une opération cachée de la main de Dieu, qui se sert comme il lui plaît de ses créatures, tantôt pour la jouissance d'une souveraine félicité, tantôt pour l'exercice de sa juste et impitoyable vengeance.
Par conséquent (ô), messieurs, il ne faut pas croire que leurs forces soient épuisées par leur chute. Toute l'Écriture les appelle forts. « Les forts, dit David, se sont jetés « sur moi : » Irruerunt in me fortes^', par où saint Augustin entend les démons^. Jésus-Christ appelle Satan « le fort armé : » fortis armatus *. Non-seulement il a sa force, c'est-à-dire (c) sa nature et ses facultés, mais encore ses armes lui sont conservées, c'est-à-dire ses inventions et ses connaissances : fortis armatus. Ailleurs il le
Var. (n) N'est ni dans leur nature... — {h) Ainsi. — (c) Qui est.