Apol., n
« qu'on y produise un homme qui soit notoirement pos- « sédé du démon; » je dis notoirement possédé, et que la chose soit très-constante : quem dœmone agi constet : alors que l'on fasse venir quelque fidèle, je ne demande pas qu'on fasse un grand choix; que l'on prenne le premier venu, « pourvu seulement qu'il soit chrétien : » jussus a quolibet ckristiano : si en présence de ce chrétien il n'est contraint non-seulement de parler, mais encore de vous confesser ce qu'il est et d'avouer sa tromperie, « n'osant mentir à un chrétien, » christiano mentiri non audentes (messieurs, remarquez ces paroles); « là même, « là même, sans plus différer, sans aucune nouvelle pro- « cédure, faites mourir ce chrétien impudent qui n'aura « pu soutenir par l'effet une promesse si extraordinaire : » ibidem illius christiani procacissimi sanguinem fundite.
0 joie, ô ravissement des fidèles, d'entendre une telle proposition, faite si hautement et avec une telle énergie par un homme si posé et si sérieux, et vraisemblablement de l'avis de toute l'Église, dont il soutenait l'innocence! Quoi donc! cet esprit trompeur, ce père de mensonge oublie ce qu'il est, et n'ose mentir à un chrétien ; christiano mentiri non audentes ! Devant un chrétien ce front de fer s'amollit; forcé par la parole d'un fidèle, il dépose son impudence; et les chrétiens sont si assurés de le faire parler à leur gré, qu'ils s'y engagent au péril de leur vie, en présence de leurs propres juges. Qui ne se rirait donc de cet impuissant ennemi, qui cache tant de faiblesse sous une apparence si fière? Non, non, mes frères, ne le craignons pas : Jésus, notre capitaine, l'a mis en déroute ; il ne peut plus rien contre nous, si nous ne nous rendons lâchement à lui.
C'est nous-mêmes que nous devons craindre ; ce sont nos vices et nos passions, plus dangereuses que les démons même. Bel exemple de l'Écriture : Saiil possédé
du malin esprit; David le chassait au son de sa lyre, ou plutôt par la sainte mélodie des louanges de Dieu, qu'il f&isait perpétuellement résonner dessus. Chose étrange, messieurs t pendant que le démon se retirait, Saûl devenait plus furieux : il tâche de percer David de sa lance ^; tant il est véritable qu'il y a quelque chose en nous qui est pire que le démon même, qui nous tente de plus près et qui nous jette dans un combat plus dangereux! Chrétiens, « c'est la convoitise qui nous tente, dit saint Jacf ques 2, et qui nous attire. » Ah I modérons-la par lejeûne, chutions-la par le jeûne, disciplinons-la par le jeûne. 0 jeûne, tu es la terreur des démons; tu es la nourriture de l'âme, tu lui donnes le goût des plaisirs célestes, tu désarmes le diable, tu amortis les passions : ô jeûne, médecine salutaire contre les dérèglements^ de nos convoitises, rnalheureux ceux qui te rejettent, et qui t'observent en murmurant contre une précaution si nécessaire f ï^oin de nous, mes frères, de tels sentiments : jeûnons, jeûnons d'esprit et de corps. Comme nous retranchons pour un temps au corps sa nourriture ordinaire, ûtons aussi à l'âme les vanités dont nous la repaissons tous les jours, retirons-nous des conversations et des divertissements mondains; modérons nos ris et nos jeux, taisons succéder en leur place le soin d'écouter l'Évftngile qui retentit de toutes parts dans les chaires j c'est le son de cetÉvangile qui fait trembler les démons. . . ^