Ed. : l'amour du prochain
Et ne me dites pas que vous sentez bien en vousmêmes que vous ne recherchez pas les louanges, que ce n'est pas l'amour de la vaine gloire qui vous a fait entreprendre cette œuvre excellente : je veux bien le croire sur votre parole ; mais sachez que ce n'est pas là tout votre péril. « Il est assez aisé, dit saint Augustin, de se « passer des louanges, quand on les refuse; mais qu'il « est difficile de ne s'y plaire pas, quand on les donne 1 » Et si cuiquam facile est laude carere, dum ^ denegatur, dif~ ficile est ea non delectari, cum offertvr^. Lorsque les louanges^ se présentent comme d'elles-mêmes, et que, venant ainsi de bonne grâce, je ne sais quoi nous dit dans le cœur que nous les méritons d'autant plus que nous les avons moins recherchées, mes frères, qu'il est malaisé de n'être pas surpris par cet appât f
Mais peut-être que vous croyez (a)* que ce n'est pas aussi un si grand crime que de se laisser charmer par ces douceurs innocentes. Qu'entends-je, chrétiens? que me dites- vous? quoi! vous n'avez pas encore compris combien l'amour des louanges est contraire à l'amour de la vertu ? Si vous n'en avez pas cru l'Évangile, au moins cr jyez-en le monde même. Ne voyez-vous pas, par expérience, qu'il refuse* les véritables louanges à ceux qui les recherchent avec trop d'ardeur? Pourquoi cela, messieurs, si ce n'est par un certain sentiment que celui qui aime tant les louanges n'aime pas assez la vertu ; qu'il la met au rang des biens que la seule opinion fait valoir, ou du moins qu'il n'en a pas l'estime qu'il doit, puisqu'il ne juge pas qu'elle lui suffise? Ainsi l'empressement
Var. (a) Me direz.