‹ Choix de sermons de la jeunesse de BossuetChapitre 245 sur 460 · lOil., f. 138 (feuillet il. Icrcalc · texte numérisé non relu

lOil., f. 138 (feuillet il. Icrcalc

ploi de l'Église. Car c'est ainsi [que] les saints conciles, nomment le ministère de la parole. Mais pensez maintenant, mes frères, quelle est l'audace de ceux qui attendent ou exigent même des prédicateurs autre chose que l'Évangile ; qui veulent qu'on leur adoucisse les vérités chrétiennes ou que, pour les rendre agréables, on y mêle les inventions de l'esprit humain ! Ils pourraient avec la même licence souhaiter de voir violer la sainteté de l'autel en falsifiant les mystères. Cette pensée vous fait horreur. Mais sachez qu'il y a pareille obligation de traiter en vérité la sainte parole et [a] les mystères sacrés. D'où il faut tirer cette conséquence qui doit faire trembler ^ tout ensemble et les prédicateurs et les auditeurs, que, tel que serait le crime de ceux qui feraient ou exigeraient la célébration des divins mystères autrement que Jésus-Christ ne les a laissés, tel est l'attentat des prédicateurs et tel celui des auditeurs, quand ceux-ci désirent et que ceux-là donnent la parole de l'Évangile autrement que ne l'a déposée entre les mains de son Église le céleste prédicateur que le Père nous ordonne aujourd'hui d'entendre: Ipsum audite.

Car c'est suivant ces principes, mes sœurs, [que] l'apôtre [bY enseigne aux prédicateurs qu'ils doivent s'étudier non à se faire renommer par leur élotjuence, mais à «se rendre recommandâmes à la consciencedes hommes par la manifestation de la vérité®; » où il leur enseigne deux choses : en quel lieu et par quel moyen ils doivent se rendre recommandables. Où? — Dans les consciences. Comment? — Par la manifestation de la vérité "*; et l'un

Var. (a) Que. — {b) C'est pourquoi l'apôtre saint Paul.

t. Ms. : retour au f. 139.

2. Ed. : C en pourquoi l'apôtre suint Paul. .3. II Cor., IV, 2.

4. Parenthèse du ms. : «Notez une troisième chose, coram Deo qui gloriatiir, in Domino glorietur. »

est une suite de l'autre. Car les oreilles sont flattées par la cadence^ et l'arrangement ^ des paroles ; 1" imagination, réjouie par la délicatesse des pensées ; l'esprit, gagné (a) quelquefois par la vraisemblance du raisonnem.ent : la conscience veut la vérité ; et comme c'est à la conscience que parlent les prédicateurs, ils doivent rechercher, mes sœurs3,*non un brillant et un feu d'esprit (^)qui égayent, ni une harmonie [c] qui délecte, ni des mouvements qui chatouillent, mais des éclairs qui percent, un tonnerre qui émeuve, un foudre qui brise les cœurs. Et où trouve ront-ils toutes ces grandes choses, s'ils ne font luire la vérité et parler Jésus-Christ lui-même? Dieu a les orages en sa main, il n'appartient qu'à lui de faire éclater dans les nues le son [d^ du tonnerre; il lui appartient beaucoup plus d'éclairer et de tonner dans les consciences et de [e] fendre les cœurs endurcis par des coups de foudre {f); et s' il y avait ^ un prédicateur assez téméraire pour attendre ces grands effets de son éloquence, il me semble que Dieu lui dit comme à Job : Si habes brachium sicut Deus, et si voce simili tonas^... «Si tu crois avoir un bras comme Dieu « et tonner d'une voix semblable, » achève et fais le Dieu tout à fait; « élève-toi dans les nues, parais en ta gloire, « renverse les superbes en ta fureur, » et dispose à ton gré des choses humaines ; Circumda tibi decorem, et

Var. (a) Persuadé. — [h) Xon des brillants. — (c) Une musique. — (d) Le bruit. — {e) Rompre — briser. — (/) F.t le prédicateur qui attend ces grands effets de son éloquence ressemljle à ce prince audacieux qui attenta — d'imiter la foudre pour faire le Dieu, — d'imiter le bruit du tonnerre et lancer la foudre inévitable avec de trop faibles mains.

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