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jugement sans miséricorde ^ Ceci nous manquait encore pour étabhr l'autorité sainte de la parole de Dieu: il fallait encore ce nouveau rapport entre la doctrine sacrée et l'Eucharistie. Celle-ci, s' approchant des hommes, vient discerner les consciences avec une autorité et un œil ^ déjuge; elle couronne les uns, elle condamne les autres : ainsi la divine parole, ce pain des oreilles, ce corps spirituel [a] de la vérité, ceux qu'elle ne touche pas, elle les juge; ceux qu'elle ne convertit pas, elle les condamne • ceux qu'elle ne nourrit pas, elle les tue.
Je ne pense pas qu'il soit nécessaire que je vous exhorte maintenant par un long discours. Ceux qui ont des oreilles chrétiennes préviennent par leurs sentiments ce que je puis dire; et je m'assure que ces vérités évangéliquessont entrées bien avant dans leurs consciences. Mais si j'ai prouvé^ quelque chose, si je vous ai fait voir aujourd'hui cette alliance sacrée qui est entre la chaire et l'autel, au nom de Dieu, mes frères, n'en violez pas la sainteté. Quoi! pendant qu'on s'assemble pour écouter Jésus- Christ, pendant que l'on attend sa sainte parole, des contenances de mépris, un murmure et quelquefois un ris scandaleux déshonorent publiquement la présence de Jésus-Christ! Tempies augustes, sacrés autels, et vous, saints tabernacles du Dieu vivant, faut-il donc que la chaire évaiigélique fasse naître (b) une occasion de manquer à l'adoration qui vous est due! Et nous, chrétiens, à quoi pensons-nous? Quoi! voulons-nous commencer d'honorer la chaire par le mépris de l'autel? Est-ce pour nous préparer à recevoir la sainte parole, que nous
Var. (a) Mystique. — (b) Soit.
I . Cimi lignes que Bossuel emprunte a;irés coup au sermon Sur la Prédication évancjélique (V. 1 Serm. du l Car. du Louvre), :l. Ed. : une autorité de juge.
o. Viv. : éprouvé.
manquons de respect à (a) l'Eucharistie? Si vous le faites désormais, j'ai parlé en l'air, et vous ne croyez rien de ce que j'ai dit. Mes frères, ces mystères sont amis; ne soyons pas assez téméraires pour en rompre la société. Adorons Jésus-Christ avant qu'il nous parle; contemplons en respect et en silence ce Verbe divin à l'autel avant qu'il nous enseigne dans cette chaire. Que nos cœurs seront bien ouverts à la doctrine céleste par cette sainte préparation ! Pratiquez-la, chrétiens ; ainsi Notre Seigneur Jésus-Christ puisse être votre docteur; ainsi les eaux sacrées de son Évangile puissent tellement arroser vos âmes, qu'elles y deviennent une fontaine qui rejaillisse à la vie éternelle, que je vous souhaite, au nom du Père, [et du Fils, et du Saint-Esprit. Amen.]
COMPLEMENT DES VARIANTES
J'ai remarqué, chrétiens, qu'en mcme temps que fut entendue cette voix du Père céleste qui nous commande d'écouter son fils, Moïse et Élie disparurent, et que Jésus se trouva seul. Et dura fieret vox, inventus est solus^. D'où vient que Moïse et Élie se retirent à cette parole. Messieurs, voici le secret développé par l'Apôtre. Autrefois, dit-il, Dieu ayant parlé en différentes manières par la bouche de ses prophètes (écoutez et comprenez ce discours : Vous avez parlé, ô prophète, mais vous avez parlé autrefois), maintenant, en ces derniers temps, il nous a parlé par son propre fils. C'est pourquoi dans le m^'me temps que Jésus-(>hrist parait comme maître, Moïse et Élie se retirent. La loi, tout impérieuse
Var. (a) Déhonorons.
1. Ms., f. 1 18. C'est peul-C'tre une copie du premier avant-propos.
2, Lucy IX.
qu'elle est, tient à gloire de lui céder; les prophètes, tout clairvoyants qu'ils sont, se vont néanmoins cacher dans la nue, intrantibus illis in nubem, obumbravit eos, comme si par cette action ils disaient tacitement au Sauveur : Nous avons parlé autrefois au nom et par l'ordre de votre Père ; maintenant que vous ouvrez votre bouche pour expliquer vous-même les secrets du ciel, notre commission est expirée, notre autorité se confond dans l'autorité supérieure, et, n'étant que les serviteurs, nous cédons humblement la parole au Fils.
Combien est éloigné de la pratique celui qui est ennuyé de l'explication ! Quand aura le courage de l'observer (a) celui qui n'a pas la patience de l'entendre -?....
Si l'on vous reproche que vous nourrissez vos passions, que la force que vous trouviez tout entière pour les divertissements du carnaval vous a manqué tout à coup quand il a fallu pratiquer les mortifications du carême
Saint Augustin appréhende [que « les choses inutiles ne déviennent agréables :] » Ne fiant delectabiha quœ siuit mutilia ; combien plus [que les objets ne plaisent « s'ils sont dangereux : »] Si periculosa^l Et on ne veut [pas] que nous di-
Var. (a) De la pratiquer.
1. Ms., f. 142, p. 18. Sur les parties restées blanches de la derrière page du premier point. Cf. p. 27 0.
2. Ainsi encore (f. 119) : « Quand aura le courage de la pratiquer celui qui n'a pas la patience de l'entendre? Quand lui donnera-t-il sa volonté, s-'il lui refuse son attention? et quand lui ouvrira-t-il son cœur, s'il lui ferme jusqu'à ses oreilles? »
3. Ms., f. 14 7, 148, au bas des 24, 24 ô/s, de la première lédaction. Intercalé par les éditeurs dans le 3® point (Cf. p. 277).