Ed. : en ce regard
« très-bien le grand saint Thomas, ce qui est vague de « cette sorte et universel ne répugne jamais à personne, « et ne peut être par conséquent un objet de haine. » Ainsi les hommes ne sont pas capables d'avoir de l'aversion pour la vérité; sinon autant [a] qu'ils la considèrent dans quelque sujet particulier où elle combat leurs inclinations, où elle contredit leurs sentiments : et en cette vue, chrétiens, il me sera facile de vous convaincre [b) que nous pouvons haïr la vérité en trois sortes, par rapport à trois sujets où elle se trouve ^ Car nous la pouvons regarder, ou en tant qu'elle réside en Dieu, ou en tant qu'elle nous paraît dans les autres hommes, ou en tant que nous la sentons en nous-mêmes : et il est certain qu'en ces trois états toujours elle contrarie les mauvais désirs, et toujours elle donne (c) aussi un sujet de haine aux hommes déréglés et mal vivants.
Et en effet, âmes saintes (rf), ces lois immuables de la vérité, surlesquelles notreconduitedoit être réglée [e), soit que nous les regardions en leur source, c'est-à-dire en Dieu, soit qu'elles nous soient montrées dans les autres hommes, soit que nous les écoutions parler en nousmêmes, crient toujours contre les pécheurs, quoiqu'en des manières différentes. En Dieu, qui est le juge suprême, elles les condamnent ; dans les hommes, qui sont des témoins présents, elles les reprennent et les convainquent; en eux-mêmes et dans le secret de leur conscience, elles les troublent et les inquiètent : et c'est pourquoi partout elles leur déplaisent. Car ni l'orgueil de
Var. (a) En tant. — {b) Nous serons lacilemcnt convaincus. — [c] E«i. — (rf) Chrétiens. — (e) Qui doivcnl régler notre vie.
1. Ed. : où elle se trouve et dans lesquels elle contrarie nos mauvais désirs. Souligné, c'est- à-dire eiïacé par Bo?su''l, qui rtserveces dernierd mots pour la phrase suivante.
l'esprit humain ne peut permettra. (<>() qu'on le condamne, ni l'opiniâtreté [b) des pécheurs ne -yem souffrir [c) qu'on la convainque; et l'amour aveugle (ails ont pour leurs vices peut encore moins consentir un'm l'inquiète. C'est pourquoi ils haïssent la vérité ^. Mdis -i vous ne l'avez pas encore entendu, la conduite des Juifs envers Jésus - Christ (d) vous le fera aisément connaître. Il leur prêche les vérités qu'il dit avoir vues dans le sein du Père (e), ces vérités les condamnent, et ils haïssent son Père, où elles résident : Oderunt et me etPatrem meum *. Il les reprend en vérité de leurs vices; et pendant que ses discours les convainquent, la haine de la vérité leur fait haïr celui qui l'annonce [f] ; ils s'irritent contre luimême, ils l'appellent samaritain et démoniaque, ils courent aux pierres pour le lapider, comme il se voit dans notre Évangile. Il les presse encore de plus près, il leur porte jusqu'au fond du cœur la lumière de la vérité conformément à cette parole :*La lumière est en vous pour un peu de temps [g] : Adhuc modicum lumen in vobis est^; et ils la haïssent si fort, cette vérité adorable {^), qu'ils en éteignent encore ce faible rayon, parce qu'ils cherchent [i] la nuit entière pour couvrir leurs mauvaises œuvres. Dans cette aversion furieuse (7)* qu'ils témoij:iient à la vérité, et parmi tant d'outrages qu'ils lui font souffrir, n'a-t-il pas raison, chrétiens, de leur faire aujour-
Var. (a) Endurer — [b) Son opiniàfrett^. — (c) Endurer.— (d) Le Sauveur.— (e) Au sein de son Père. — (/) La pièclie. — (g) Il y a encore en vous un peu de lumière. — {h) Ils haïssent si fort la vérité. — (?) Veulent.— (;■) Haine invétérée et opiniâtre.
1. Ed. : d'oU vous pouvez comprendre combien ils sont éloignés d'y obéir. Souligné, c'est-à-dire efTacé par Bossuet.