‹ Choix de sermons de la jeunesse de BossuetChapitre 31 sur 460 · Advers. Marcion., Il · texte numérisé non relu

Advers. Marcion., Il

mode, et formé selon son génie; de sorte que Notre- Seigneur, qui était le Fils de ce Dieu ennemi de toute justice, ne devait être, à leur avis, ni juge, ni vengeur des crimes; mais seulement maître, médecin et libérateur. Certes, je m'étonnerais, chrétiens, Qu'une doctrine si monstrueuse ait jamais pu trouver quelque créance parmi les fidèles, si je ne savais qu'il n'y a point d'abîme d'erreurs dans lequel l'esprit humain ne se précipite, lorsque, enflé des sciences humaines et secouant le joug de la foi, il se laisse emporter à sa raison égarée. Mais autant que leur opinion est ridicule et impie, autant sont admirables les raisonnements que leur opposent les Pères; et voici entre autres une leçon excellente du grave Tertullian, au second livre contre Marcion.

Tu ne t'éloignes pas tant de la vérité, Marcion, quand tu dis que la nature divine est seulement bienfaisante. « Il est vrai que, dans l'origine des choses. Dieu n'avait « que de la bonté; et jamais il n'aurait fait aucun mal à « ses créatures, s'il n'y avait été forcé par leur ingrati- « tude : » Dem a primordio tantum bonus ^. Ce n'est pas (jue sa justice ne l'ait accompagné dès la naissance du monde; mais en ce temps il ne l'occupait qu'à donner une belle disposition aux belles choses qu'il avait produites : il lui faisait décider la querelle des éléments, elle leur assignait leur place; elle prononçait entre le ciel et la t€rre, entre le jour et la nuit; enfin elle faisait le partage entre toutes les créatures qui étaient enveloppées dans la confusion du premier chaos. Telle était l'occupation de la justice dans l'innocence des commencements. « Mais depuis que la malice s'est élevée, dit Ter- « tullian ^ depuis que cette bonté infinie, qui ne devait

1. Adiers. Marcion., 11, 11. Bossuet cite de mémoire et met : Deus nb initia .

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