ls., f. 100-102, in-4^ — Viv.. XI
le sacrifice de la charité; Anne, le repos des sens, et c'est le sacrifice de la pénitence; Marie, la liberté de l'esprit, et c'est le sacrifice de l'obéissance.
« Premier point. Sentiments du chrétien sur la vie et sur la mort.
« Responsum. Qu'avait-il demandé? Sans doute la mort. 11 lui avait été répondu : Jusqu à ce que le Messie vienne, on vous diffère; après qu'il est venu: Nunc dimittis.
« On ne doit désirer d'être sur la terre que lorsque Jésus Christ y était. Maintenant : Quœ sursum sunt quœrite.
« Douceur d'être avec ceux qu'on aime. Ruth à Noémi Quocumque perveneris, pergam. Quœ te terra morientem acceperit... Être unis dans la sépulture : les os semblent reposer plus doucement, et les cendres mômes être plus tranquilles. Combien plus d'aller immortels à Jésus-Christ immortel, non dans la terre des morts, mais dans la terre des vivants.
« Deuxième point. Combat du corps et de l'esprit : Caro concuptiscit. S. Grégoire de Nazianze : èxQfo; eùfxsvriî cptXo; èmêouXoç. Qui futurus erat etiam corpore spiritualis^ factus est etiam mente carnalis. S. Augustin. La raison, ministre des sens, emploie toute son industrie à raffiner le goût pour irriter l'appétit, ou à assaisonner les objets pour empêcher le dégoût. Venez, sainte pénitence, sacrifier à Dieu le repos des sens. Anne : pénitence prépare à la mort^
«Troisième point. Volonté de Dieu, se fait connaître en deux sortes: Commandement, régie de ce qu'il faut faire. Événement, ce qu'il faut souffrir. L'un, libre; l'autre, inévitable. — L'on s'oppose au premier parla rébellion ouverte.— Quoique l'on ne puisse s'opposer à l'autre, on murmure. L'audace humaine s'imagine faire quelque chose de libre, quand, ne pouvant résister, elle murmure néanmoins et fait la mutine et l'opiniâtre.
« Obéissance à la loi. Deux sortes de commandements : de Père et de Maître; de Père : pour rendre meilleurs ; de Maître: pour exercerson empire et faire sentir aux esclaves leur servilité.
1. Ici, Bossiiet renvoie au Panégyrique de saint François de Paule Fili, tu semver), premier point, p. 6.
a La loi ancienne presque toute ainsi. C'est pourquoi elle est appelée joug insupportable, loi d'esclaves. Pourquoi joug, vu que les préceptes du premier genre sont multipliés dans l'Évangile? C'est que ce sont préceptes qui ne sont pas donnés pour peser sur les épaules, mais pour porter à la perfection.
« Le précepte de la Purification est l'un des plus servîtes de tous. Marie y semblait être formellement exceptée.
« Où sont ceux qui cherchent de vains prétextes pour s'exempter de l'obligation de la loi? qui, s'étant fait une loi eux-mêmes de faire mille dépenses superflues, s'imaginent être exempts par là de l'obligation de faire l'aumône?
a Marie subit la violence de Dieu en souffrant '. »
Tulcritnl illum in Jérusalem, ut s^'steient eum Domino.
[Ils portèrent Jésus à Jérusalem, pour le présenter au Seigneur.]
Luc, 11, 22.
. Jésus-Christ [ay n'a jamais été sans sa croix, parce qu'il n"a jamais été sans avancer l'œuvre de notre salut. Ce Roi a toujours pensé [b] au bien de ses peuples; ce céleste médecin a toujours eu l'esprit [c) occupé des
Var. (a) Le crucifiement de Jésus-Christ a paru publiquement sur le Calvaire ù la vue du monde; mois il y avait déjà longtemps que le mystère en avait été commencé et se continuait invisiblement. Jésus-Christ,. — (b) Pense sans relâche. — (c) A l'esprit toujours occupé.
1. Ici, Bossuet renvoie au sermon Sur la Compassion de la sainte Vierge, deuxième point (sur ces paroles : tuam ipsius auimam).
2. Ed. : Quoique le crucifiement de Jésus-Christ )i'eiit paru à la vue du monde (Viv. -. publiquement) que sur le Calvaire. Déf., Vers. : Il y avait déjà longtemps, etc. Viv. : Jésus-Christ n'a jamais été sans avancer l'œuvre de notre salut. Les Bénédictins mêlent deux rédactions; M. Lâchât conserve de la seconde douze mots sou1igr.es, c'est-à-dire effacés par Bossuet.
besoins et des faiblesses de ses malades, et comme telle était la loi que ni ses peuples ne pouvaient (a) être ^oulagés, ni ses malades guéris que par sa croix et [b)^ par ses blessures, il a toujours porté devant Dieu toute l'horreur de sa passion (c). Nulle paix, nul repos pour Jésus-Christ : travail, accablement, mort toujours présente; mais travail enfantant les hommes, accablement réparant nos chutes et mort nous donnant la vie.
Nous apprenons de saint Paul que Jésus-Christ faisant {d} son entrée au monde s'était offert à son Père pour être la victime du genre humain; mais ce qu'il avait fait dans le secret dès le premier moment de sa vie, il le déclare aujourd'hui par (e) une cérémonie solennelle (/) en se présentant à Dieu devant ses autels : de sorte que si nous savons pénétrer ce qui se passe en cette journée, nous verrons des yeux de la foi Jésus- Christ qui se présente dès sa tendre enfance aux yeux de son Père pour lui demander ^a. croix (g), et le Père qui, prévenant la fureur des Juifs, la met de ses prapres mains sur les tendres épaules de cet enfant [h); nous verrons le Fils unique et bien-aimé qui prie son Père et son Dieu qu'il lui fasse porter (i) tous nos crimes, et le Père en même temps qui les lui applique par une opération tellement puissante (/) ^ que Jésus, l'innocent Jésus (A) parait tout à coup revêtu devant Dieu de tous nos péchés, et par une suite nécessaire, pressé (/) de
Var. (a). Comme ni ses peuples ne peuvent. — (b) Par sa croix , par ses clous, par ses blessures. — (c) Toui t'atiirail et toute l'horreur de sa passion douloureuse. — (d) En faisant. — (e) Dans. — (/) Publique. — {g) J.-C. demandant sa croix au Père éternel. — {//) La lui met déjà sur les épaules. — (ij Qu'il puisse porter. — (j) Si intime. — {h) Que le Fils de Dieu. — (/) Investi.
t. Ed. : que par sa croix, par ses clous , et,,.
2. Déf. Vers. : tellement intime etpuissanic. — Viv. : tellement intime.
toute la rigueur de ses jugements, percé' de tous les traits de sa justice, accablé de tout le poids de sa vengeance (a). Yoilà, messieurs, l'état véritable dans lequel le Sauveur Jésus s'offre pour nous en ce jour ; c'est de là qu'il nous faut tirer quelque instruction importante pour la conduite de notre vie; mais la sainte Vierge ayant tant de part dans ce mystère admirable, gardonsnous bien d'y entrer sans implorer son secours par les paroles de l'Ange : Ave.
« C'est un discours véritable, dit le saint apôtre^, et « digne d'être reçu en toute humilité et respect, que « Jésus-Christ est venu au monde pour délivrer les pé- « cheurs;» et que, pour être le Sauveur du genre humain, il en a voulu être la victime. Mais l'unité de son corps mystique fait que le chef s'étant immolé, tous les membres doivent être aussi des hosties vivantes : ce qui fai. dire à saint Augustin ^, que l'Église catholique apprend tous les jours, dans le sacrifice qu'elle offre, qu'elle doit aussi s'offrir elle-même avec Jésus-Christ qui est sa victime ; parce qu'il (b) a tellement disposé les choses, que nul ne peut avoir part à son sacrifice, s'il ne se consacre en lui et par lui pour être un sacrifice agréable.
Comme cette vérité est très-importante et comprend le fondement principal du culte que les fidèles doivent rendre à Dieu dans le Nouveau Testament, il a plu aussi à notre Sauveur de nous en donner une belle preuve dès le commencement de sa vie. Car, chrétiens, n'admirezvous [pas] dans la solennité de ce jour, que tous ceux qui paraissent dans notre évangile, nous y sont repré-
Var. {à) De ses vengeances. — {b) Parce qu ce divin Sauveur.