De Civil. Dei , x
sentes par le Saint-Esprit dans un état d'immolation ? Siméon, ce vénérable vieillard, désire d'être déchargé de ce corps mortel; Anne, victime de la pénitence, paraît toute exténuée par ses («) abstinences et par ses veilles; mais surtout la bienheureuse Marie, apprenant du bon Siméon qu'un glaive tranchant percera son âme, ne semble-t-elle pas être déjà sous le couteau du sacrificateur? et comme elle se soumet en tout aux ordres et aux lois de Dieu avec une obéissance profonde, n'enlre-t-eile pas aussi dans la véritable disposition d'une victime immolée^? Quelle est la cause, messieurs, que tant de personnes concourent à se dévouer à Dieu comme des hosties , si ce n'est que son Fils unique, pontife et hostie tout ensemble de la nouvelle alliance, commençant en cette journée à s'offrir lui-même à son Père, il attire tous ses fidèles à son sentiment, et répand, si je puis parler de la sorte, cet esprit d'immolation sur tous ceux qui ont part à son mystère ?
C'est donc l'esprit de ce mystère, et c'est le dessein de noire évangile, de faire entendre aux fidèles qu'ils doivent se sacrifier avec Jésus-Christ. Mais il faut aussi qu'ils apprennent de la suite du même mystère et de la doctrine du même Évangile, par quel genre de sacrifice ils pourront se rendre agréables. C'est pourquoi Dieu agit en telle manière dans ces trois personnes sacrées (jui paraissent aujourd'hui dans le temple avec le Sauveur, que faisant toutes, pour ainsi dire, leur oblation à part, nous pouvons recevoir de chacune d'elles une instruction, particulière. Car comme notre amour-propre nous fait appréhender ces trois choses comme les plus grands
Vah. (a) Les.
1. Les édiliurs donnent ici une longue variante qui n'est autre chose que le sommaire de l'exoide, imprimé à la fin de la notice.
de tous les maux, la mort, la douleur, la contrainte : pour nous inspirer des pensées plus fortes, Siméon, dé taché du siècle présent, immole l'amour de la vie ; Anne, pénitente et mortitiée, détruit devant Dieu le repos des sens; et Marie, soumise et obéissante, sacrifie la liberté de l'esprit. Par où nous devons apprendre à nous immoler avec Jésus-Christ par trois genres de sacrifice : par un sacrifice de détachement, en méprisant notre vie; par un sacrifice de pénitence, en mortifiant nos appétits sensuels; par un sacrifice de soumission, en captivant notre volonté : et c'est le sujet de ce discours.
PREMIER POINT
Quoique l'horreur de la mort soit le sentiment universel de toutes les créatures vivantes {a), il est aisé de reconnaître que l'homme est celui des animaux qui sent le plus fortement cette répugnance ; et encore que je veuille bien avouer que ce qui nous rend plus timides (^), c'est que notre raison prévoyante ne nous permet pas d'ignorer ce que nous avons sujet de craindre, il ne laisse pas d'être indubitable que cette aversion prodigieuse que nous avons pour la mort vient d'une cause plus relevée (c). En effet, il faut penser, chrétiens, que nous étions nés pour ne mourir pas ; et si notre crime nous a séparés de cette source de vie immortelle, il n'a pas tellement rompu les canaux par lesquels elle coulait avec abondance, qu'il n'en soit tombé sur nous quelque goutte, qui, nourrissant en nos cœurs cet amour de notre première immortalité, fait que nous haïssons d'autant plus la mort, qu'elle est plus contraire à notre na-
Var. (a) De tout ce qui vit et qui respire.— [b) Appréhensifs. — (c) Haute.
ture. « Car si elle répugne de telle sorte à tous les autres « animaux qui sont engendrés pour mourir, combien « plus est-elle contraire à l'homme, ce noble animal, le- € quel [a] ' a été créé si heureusement que, s'il avait voulu « vivre sans péché, il eût pu vivre sans fin^l » Il ne faut donc pas s'étonner si le désir de la vie est si fort enraciné dans les hommes, ni si j'appelle par excellence sacrifice de détachement celui qui détruit en nous cet amour qui fait notre attache la plus intime* {b).
Mais de là nous devons conclure que pour nous donner le courage d'offrir à Dieu un tel sacrifice, nous avions besoin d'un grand exemple. Car il ne suffit pas de montrer à l'homme, ni la loi universelle de la nature, ni cette commune nécessité à laquelle est assujetti tout ce qui respire ; comme il a été établi [c) par son Créateur pour (d) une condition plus heureuse, ce qui se fait dans les autres n'a point de conséquence pour lui, et n'adoucit point ses disgrâces. Voici donc le conseil de Dieu pour nous détacher de la vie, conseil certainement admirable et digne de sa sagesse : il envoie son Fils unique, immortel par sa nature aussi bien que lui, revêtu par sa charité d'une chair mortelle, qui mourant volontairement, quoique juste, apprend le devoir à ceux qui meurent nécessairement comme coupables, et qui désarmant notre mort par la sienne, « déhvre, dit saint Paul, de la € servitude ceux que la crainte de mourir tenait dans « une éternelle sujétion (é), » et liberaret eos qui timoré mortis per totam vitam obnoxii erant servituti *.
Var. (a) Qui. — {b) Notre inclinalion la plus inliérenle. — (c) Formé. — [d) Avec, danï«. — (e) Éternellement dans la sujétion,