Déf. : que naissent
SUR L'IMPÉXITENCE FINALE. 403
mais qui veulent qu'on leur applaudisse. Car il y a, dit saint Augustin 1, deux espèces de péchés : les uns viennent de la disette, les autres naissent de l'excès. Ceux qui naissent du besoin et de la misère, ce sont des péchés serviles et timides : quand un pauvre vole, il se cache; quand il est découvert, il tremble; il n'oserait soutenir son crime, trop heureux s'il le peut couvrir et envelopper dans les ténèbres. Mais ces péchés d'abondance, ils sont superbes et audacieux, ils veulent régner. Vous diriez qu'ils sentent la grandeur de leur extraction; ils veulent jouir, dit Tertullien, de toute les lumières du jour et de toute la conscience du ciel : Beîicta vestra et loco omni, et îuce omni, et universel cœli conscientia fruuntur ^.
Combien en avons-nous vu qui se plaisent de faire les grands par la licence du crime, qui s'imaginent s'élever bien haut au-dessus des choses humaines par le mépris de toutes les lois ; à qui la pudeur môme semble indigne d'eux parce que c'est une espèce de crainte. Ah ! si je pouvais vous ouvrir le cœur d'un Nabuchodonosor dans l'Histoire sainte, d'un Néron, d'un Domitien dans les histoires profanes, vous verriez avec horreur et tremblement ce que fait [a) dans les grandes places l'oubli de Dieu et cette terrible pensée de n'avoir rien sur sa tète. C'est là que la convoitise va tous les jours se subtilisant et renviant sur soi-même. De là naissent des vices inconnus, des monstres d'avarice, des raffinements de volupté, des délicatesses d'orgueil qui n'ont point de nom. Et tout cela se soutient à la face du genre humain. Pendant que tout le monde applaudit, on se résout facilement à se faire grâce ; et, dans cette licence infinie, on compte parmi ses vertus tous les péchés qu'on ne commet pas, tous les crimes dont on s'abstient. Et quelle est la cause de tous ces désordres'? la grande puissance féconde en crimes, la licence
Var. (a) Ce que peut.