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par un dernier acte tout ce qui s'est passé dans la \ie. Par conséquent, chrétiens, ne nous laissons point abuser aux belles conversions des mourants, qui, peignant et sur les yeux et sur le visage et même, pour mieux tromper , dans la fantaisie alarmée l'image d'un pénitent, [font] croire que le cœur est changé. Car une telle pénitence, bien loin d'entrer assez avant pour arracher l'amour du monde, souvent, je ne crains point de le dire, elle est faite pour l'amour du monde. Cet homme se convertit comme Pharaon; la crainte de mourir fait qu'il tâche d'apaiser Dieu parla seule espérance de vivre. Et comme il n'ignore pas que la justice divine se plaît d'ôter aux pécheurs ce qu'ils aiment désordonnément, il feint de se détacher; il ne méprise le monde que dans l'appréhension de le perdre. Ainsi par une illusion terrible de son amourpropre, il se force lui-même à former dans l'esprit, et non dans le cœur, des actes de détachement que son attache lui dicte. 0 pénitence impénitente ! 0 pénitence toute criminelle et tout infectée de l'amour du monde. Avec cette étrange amende honorable (a), cette âme malheureuse sort toute noyée et toute abîmée dans les affections sensuelles. Ah! démons, ne cherchez point d'autres chaînes pour le traîner dans l'abîme : ses chaînes sont ses passions; ne cherchez point dans cette âme ce qui peut servir d'aliment au feu éternel : elle est toute corporelle, toute pétrie, pour ainsi dire, de chair et de sang. Pourquoi? Parce que, ayant commencé si tard l'ouvrage de son détachement, le temps lui a manqué pour l'accomplir.
Ah ! le ciel ^ n'est pas fléchi sur nos crimes ; Dieu semblait s'être apaisé en donnant la paix à son peuple; mais
Var. (a) Cette étrange pénitence.
1. Ms., f. 209-210 (p. 8, 9). Première rédaction de la péroraison. On trouvera en note les additions et les corrections jetées après coup par Bossuet sur les marges, et aui ont servi à la rédaction définitive.
nos péchés continuels ont rallumé' sa juste fureur ; il nous a donné la paix et lui-même nous fait la guerre. 11 a envoyé contre nous la maladie, la mortalité, la disette extrême ^ Les pauvres peuples ont à combattre les derai^res extrémités ; et dans les provinces éloignées, et même dans cette ville, au milieu de tant de plaisirs et de tant de luxe, une infinité de familles meurent de faim et de désespoir ~. Ce n'est pas une vaine exagération. Non, non, on ne monte pas dans les chaires comme on ferait sur un théritre pour émouvoir la compassion en inventant des sujets tragiques. Ce que je dis, c'est la vérité : vérité constante, publique, assurée. 0 Dieu, quelle calamité de nos jours, que tant de monde périsse de faim à nos yeux ! Ah ! quelle espérance pour nous à l'heure de notre mort, si le cri de cette misère ne perce nos cœurs s?
Ah! Sire, Votre Majesté en est émue; comme elle (a) aime vraiment ses pauvres peuples, elle veut bien qu'on lui parle (6) des cruelles extrémités où ils sont réduits. Leurs misères, leur patience, leur soumission pressent d'autant plus Votre Majesté qu'ils n'osent pas même la presser, résolus de mourir plutôt que de faire la moindre faute contre le respect (c).
Sire, c'est aux sujets à attendre, et c'est aux rois à agir. Eux-
Var. (a) Si elle n'aimait. — (b) Elle ne souffrirait pas, comme elle fait, qu'on parlât en sa présence. — (c)^ Plutôt que de manquer au respect,
1 Addition marginale : « Une intempérie étonnante , qui nous a beaucoup affligés, et qui nous menace de coups plus terribles. Quelle joie pouvons-nous avoir? Ne nous semble-t-il pas qu'à ctiaque moment tant de cruelles extrémités nous reprochent devant Dieu et devant les hommes tout ce que nous donnons de trop à nos sens, à notre curiosité, à notre (plaisir) luxe?
2. Id. : Qu'on ne demande plus jusqu'où va l'obligation de faire ri:'j:r.:*;ne. La faim a tranché ce doute, le désespoir a terminé celle qupstion. Nous sommes réduits en ce cas extrême où toute la théologie demeure d'accord que si l'on n'aide le prochain selon son pouvoir, on est coupable de sa mort, on rendra compte de son sang et de son âme qui périt par le désespoir.
.3. Id. : Mais ce n'est pas un ouvrage de particuliers de soulager de letlf'fî misères. C'est tout ce que pourrait faire une main royale. Les rois même ne peuvent pas tout ce qu'ils veulent. Mais (ils rendront compte à Dieu) ils ne doivent rien épargner de ce qu'ils peuvent. Sire, c'^st tout ce qu'un sujet peut dire à Votre Majesté...
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mêmes ne peuvent pas tout ce qu'ils veulent, mais ils doivent considérer qu'ils rendront compte à Dieu de ce qu'ils peuvent. C'est tout ce que vos sujets peuvent dire à Votre Majesté. Il faut dire le reste à Dieu et le prier humblement^...
1. Suivent les cinq dernières lignes du sermon, auxquelles Bossuet r/d. rien changé.
SERMON
POUR T.E QUATRIÈME DIMANCHE DE CARÊME Prêché dans la chapelle royale du Louvre, le 19 mars 1G62.
NOTICE
Les Rcnédictins onl publié à la suite d'un sermon complet sur r Ambition^ , plusieurs morceaux dont ils indiquent vaguement la nature et dont ils n'ont pas du tout songé à indiquer l'origine. C'est d'abord une autre conclusion du même sermon prêché devant le roi^; puis, un autre exorde pour le quatrième dimanche de carcme^; et enfin un très-long /"mjment sur le même sujet ''.
On a pensé communément que le discours avait été prêché à Saint-Germain^; de l'exorde et du fragment donnés à la suite par les premiers éditeurs, M. Lâchât a cru pouvoir recomposer un autre discours «, prêché, nous dit-il, au Val-dc-
1. T. V, p. 40G : Second sermon pour le quatrième dimanche de Carûmc, prêché à la cour, contre l'Ambition.