Ibid., p
5. Vaillant, Ei.,\>. 114;Floquet, Et., t. Il, p. 502 ; Lâchât, OEuure» de Bossuet, I. LX, p. 310.
6. Viv., t. IX, p. 33 'i : Troisième sermon i.our le quatrième diman^ che de Carême, sur rAuiour des grandeurs humaines.
Grâce en 1663. L'hypothèse paraît d'abord séduisante; elle tombe par ce seul fait que le fragment sur le même sujet, dont M. Lâchât fait le second point du prétendu sermon prêché au Val-de-Grâce, se compose de deux parties faciles à distinguer dans le manuscrit, qui ne sont pas de la même époque, et, d'ailleurs, ne semblent pas composées en vue du même auditoire.
Voici le résultat de mes recherches sur ce discours, auquel j'ai dû revenir à plusieurs reprises, non sans avoir désespéré quelquefois de parvenir à le restituer enfin dans toutes ses parties d'une manière satisfaisante.
Bossuet a prêché sur V Ambition, trois fois: aux Carmélites, en 1661 ; au Louvre, en 1662,- à Saint-Germain, en 1666.
La rédaction de 1661 nous est parvenue complète, et j'avais d'abord songé à la donner dans son intégrité ; mais j'ai dû y renoncer par respect pour la pensée de Bossuet. En effet, c'est sur le sermon des Carmélites que l'orateur a composé le sermon du Louvre ; il en a transporté dans son nouveau discours un point presque entier : ce point ne saurait être donné deux fois; le reste a été refait et remplacé : je le conserve, comme sujet d'étude, mais en dehors du texte, dans le complément des variantes.
C'est le sermon du Louvre qui est complet et achevé; Bossuet a refait l'exorde, le commencement et la fin du premier point; le second point est entièrement nouveau pour le fond des idées comme pour la forme, si toutefois on en excepte quelques emprunts faits au sermon sur nos dispositions à l'égard des nécessités de la vie^, prêché en 1660 aux Minimes. Aussi estce là que l'orateur donne le plus librement carrière à son inspiration. Le texte en a été donné assez exactement par les premiers éditeurs.
Le sermon du Louvre offre cette particularité que Bossuet a pris la peine d'en écrire une seconde fois l'exorde et d'en refaire au même moment la conclusion. M. Lâchât était donc pleinement autorisé à faire entrer cette conclusion dans le texte même du discours. Je l'ai laissée où Déforis
1. Premier sermon pour le quatrième dimanche de Carême, Voyez mes Éludes critiques, liv. II , chap. il.
lii\ait mise, parce qu'il est probable que Bossuet ne Ta pas prononcée en chaire : il l'avait écrite en vue du roi; le roi ne vint pas au sermon ce jour-là; et c'est pourquoi Bossuet aura repris les mtîmes idées dans le sermon sur ks Devoirs des rots* que Louis XIV entendit quinze jours plus tard'.
Pour Saint-Germain, Bossuet a repris son sermon du Louvre, jeté une seule correction sur la marge vers la fin du premier point, refait entièrement le second, en revenant à son plan des Carmélites, pour parler, non des trahisons de la fortune, mais de l'usage qu'on doit faire de la puissance. Le développement toutefois n'est pas complet : est-ce à dire que la fin soit égarée, ou que l'orateur ait interrompu son travail pour revenir tout simplement à l'une ou l'autre des rédactions antérieures, se réservant de reprendre ce qu'il venait d'écrire pour en tirer la substance d'un discours entier? 11 est, au moins, remarquable que, si la conclusion du second sermon sur V Ambition annonçait le sermon sur les Devoirs des rois, l'esquisse du troisième contient en germe le sermon sur la Justice, composé également pour le carême de 1 666 et prêché à Saint-Germain le dimanche des Rameaux.
L'abbé Vaillant se faisait scrupule de rapportera la même station deu\ discours où Bossuet reprenait les mêmes idées et se servait à peu près des mêmes termes^.Ce serait, pensait-il, faire injure à un tel orateur que de supposer qu'il se répétait devant le même auditoire à quelques jours d'intervalle. Le jeune critique oubliait que nous avons entre nos mains, non les discours de Bossuet, mais les brouillons de ces discours ; et s'il est certain que l'orateur en a prononcé beaucoup dont il n'avait rien écrit d'avance, il est au moins vraisemblable qu'il lui arrivait aussi quelquefois en chaire ou de supprimer complètement, ou de garder pour lui et de remettre à un autre jour une partie de ce qu'il avait jeté sur le papier.