Ms. : nous en faisons
disfraction violente de ses deux parties. Encore rejetonsnous la plus nécessaire; et celle que nous choisissons étant séparée de sa compagne, bien loin de nous rendre heureux, ne fait qu'augmenter le poids de notre misère. Car que peut servir [a) la puissance à une volonté déréglée, sinon qu'étant misérable en voulant le mal, elle le devient encore plus en l'exécutant? Ne disions-nous pas dimanche dernier^ que le grand crédit des pécheurs est un fléau que Dieu leur envoie? pourquoi, sinon, chrétiens, qu'en joignant l'exécution au mauvais désir (b), c'est donner le moyen à un malade de jeter du poison sur une plaie déjà mortelle; c'est ajouter le comble. N'est-œ pas mettre le feu à l'humeur maligne, dont le venin nous dévore déjà les entrailles? Le Fils de Dieu reconnaît que Pilate a reçu d'en haut une grande puissance sur sa divine personne. Si [la] volonté de cet homme [c] eût été réglée, il eût pu s'estimer heureux en faisant servir ce pouvoir, sinon à punir l'injustice et la calomnie, du moins à délivrer l'innocence. Mais parce que sa volonté était corrompue par une lâcheté honteuse à son rang, cette puissance ne lui a servi qu'à l'engager contre sa pensée dans le crime du déicide. C'est donc le dernier des aveuglements, avant que notre volonté soit bien ordonnée, de désirer une puissance qui se tournera contre nousmêmes et sera fatale à notre bonheur, parce qu'elle sera funeste à notre vertu.
Notre grand Dieu, messieurs, nous donne une autre
Var fa) Nous servir. — {b) Qu'en leur accordant la facilité de contenter leurs mauvais désirs , c'est leur donner le moyen de mettre le venin dans la plaiB , et d'accroître par une nourriture contraire la malignité qui les dévore. — (c) Si sa volonté.
1. Ce discours du troisième dimanche, auquel Bossuet renvoie (en ICCl), n'existe plus : était-ce un sermon sur la Providence ou sur V Impénitence finale?
conduite; il veut^ nous mener par des voies unies, et non pas par des précipices. C'est pourquoi il enseigne à ses serviteurs, non à désirer de pouvoir beaucoup, mais à s'exercer à vouloir le bien; à régler leurs désirs avant que^ de songera les satisfaire; à commencer leur félicité par une volonté bien ordonnée, avant que de la consommer par une puissance absolue^.
Mais il est temps, chrétiens, que nous fassions une application plus particulière de cette belle doctrine de saint Augustin. Que demandez-vous, ô mortels? quoi? que Dieu vous donne beaucoup de puissance ? Et moi je réponds avec le Sauveur :« Vous ne savez ^ ce que vous de- « mandez^. » Considérez bien où vous êtes, voyez la mortalité qui vous accable, regardez cette figure « du monde « qui passe ^. » Parmi tant de fragilité, sur quoi pensezvous soutenir cette grande idée de puissance? Certainement un si grand nom doit être appuyé sur quelque chose :
î. Ed. : parce qu'il veut. Le mot est effacé dans le manuscrit.