Mg., f. 325, p. 13 (suite de la rédaction du Louvre
fusion, où toutes choses sont mêlées; qu'il y a un jour arrêié à la fin des siècles pour séparer les bons d'avec les mauvais, et que c'est à ce grand et éternel discernement que doit aspirer de toute sa force une ambition chrétienne. Je pourrais ajouter encore que c'est en vain qu'on s'eiforce de se distinguer sur la terre, où la mort nous vient bientôt arracher de ces places éminentes, pour nous abîmer avec tous les [autres] dans le néant commun de la nature; de sorte que les plus faibles, se riant de votre pompe d'un jour et de votre discernement imaginaire, vous diront avec le prophète : 0 homme puissant et superbe, qui pensiez par votre grandeur vous être tiré du pair, « vous voilà blessé comme nous, et vous êtes « fait semblable à nous : » [Et] tu vulneratus es sicut et nos, nostri similis effectus es'^.
Mais sans m'arréter à ces raisons, je demanderai seulement à ces âmes ambitieuses par quelles voies elles prétendent se distinguer-; celleMu vice esthonteuse, celle de la vertu est bien longue. La vertu ordinairement n'est pas assez souple pour ménager la faveur des hommes, et le vice qui met tout en œuvre, est plus actif, plus pressant, plus prompt, et ensuite il réussit mieux que la vertu (a), qui ne sort point de ses règles, qui ne marche qu'à pas comptés, qui ne s'avance que par mesure. Ainsi vous vous ennuierez d'une si grande lenteur; peu à peu votre vertu se relâchera, et après elle abandonnera tout à fait sa première régularité pour s'accommoder à l'humeur du monde. Ah ! que vous feriez bien plus sagement de renoncer tout à coup à l'ambition! peut-être
Var. (a) Plus prompt que la vertu.