‹ Choix de sermons de la jeunesse de BossuetChapitre 380 sur 460 · Ed. : La voie · texte numérisé non relu

Ed. : La voie

qu'elle vous donnera de temps en temps quelques légères inquiétudes; mais toujours en aurez-vous bien meilleur marché, et il vous sera bien plus aisé de la retenir, que lorsque vous lui aurez laissé prendre goût aux honneurs et aux dignités. Vivez donc content de ce que vous êtes, et surtout que le désir de faire du bien ne vous fasse pas désirer une condition plus relevée. C'est l'appât ordinaire des ambitieux : ils plaignent toujours le public, ils s'érigent en réformateurs des abus, ils deviennent sévères censeurs de tous ceux qu'ils voient dans les grandes places. Pour eux, que de beaux desseins ils méditent! que de sages conseils pour l'État! que de grands sentiments (a) pour l'Église! que de saints règlements pour un diocèse ! Au milieu de ces desseins charitables et de ces pensées chrétiennes, ils s'engagent dans l'amour du monde, ils prennent insensiblement l'esprit du siècle, et puis, quand ils sont arrivés au but, il faut attendre les occasions qui ne marchent qu'à pas de plomb ^, et qui enfin n'arrivent jamais. Ainsi périssent tous ces beaux desseins, et s'évanouissent comme un songe toutes ces grandes pensées.

Par conséquent, chrétiens, sans soupirer ardemment après une plus grande puissance, songeons à rendre bon compte de tout le pouvoir que Dieu nous confie. Un fleuve, pour faire du bien, n'a que faire de passer ses bords ni d'inonder la campagne: en coulant paisiblement dans son lit, il ne laisse pas d'arroser la terre et de présenter ses eaux aux peuples (b) pour la commodité publique. Ainsi sans nous mettre en peine de nous déborder par des pensées ambitieuses (c), tâchons de nous

Var. (a) Que de grandes pensées. — {0) Au voisinage. — (e) Par l'ambiUon .

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