Ed. : En uiimduut
i. Dcf. Vci-s. : CoinciUr, S. Ad., X, 38.
ses pas que par ses victoires^. Les panégyriques sont pleins de semblables discours. Et qu'est-ce à dire, à votre avis, [que] parcourir les provinces par des victoires? n'est-ce pas porter partout le carnage et la pillerie? Ah! que mon Sauveur a parcouru la Judée d'une manière bien plus aimable ! il l'a parcourue moins par ses pas que par ses bienfaits. Il allait de tous côtés guérissant les malades, consolant les misérables, instruisant les ignorants, annonçant à tous avec une fermeté invincible la parole de vie éternelle, que le Saint-Esprit lui avait mise à la bouche : Pertransiit benefaciendo. Ce n'était pas seulement les lieux où il arrêtait, qui se trouvaient mieux de sa présence : autant de pas , autant de vestiges de sa bonté. Il rendait remarquables les endroits par où il passait, par la profusion de ses grâces. En cette bourgade, il n'y a plus d'aveugles ni d'estropiés : sans doute, disait -on, le débonnaire Jésus a passé par là.
Et en effet, chrétiens, quelle contrée de la Palestine n'a pas expérimenté mille et mille fois sa douceur? Et je ne doute pas qu'il n'eût été chercher les malheureux jusques au bout du monde, si les ordres de son Père ne l'eussent arrêté en Judée. Vit-il jamais un misérable qu'il n'en eût pitié? Ah! que je suis ravi, quand je vois dans son Évangile qu'il n'entreprend presque jamais aucune guérison importante, quil ne donne auparavant quelque marque de compassion ! il y en [a] mille beaux endroits dans les Évangiles. La première grâce qu'il leur faisait, c'était de les plaindre en son âme avec une affection véritablement paternelle : son cœur écoutait la voix de la misère qui l'attendrissait, et en même temps il sollicitait son bras à les soulager.
1. Plin. Secund.; Pancg. xiv : Cum orbem terrarum non pcdibus magis quam laiidibus peragrares.
Que ne ressentons [-nous] du moins, ô fidèles, quelque peu de cette tendresse! Nous n'avons pas en nos mains ce grand et prodigieux pouvoir pour subvenir aux nécessités de nos pauvres frères; mais Dieu et la nature ont inséré dans nos âmes je ne sais quel sentiment qui ne nous permet pas de voir soufifrir nos semblables, sans y prendre part, à moins que de n'être plus hommes. Mes frères, faisons donc voir aux pauvres que nous sommes touchés de leurs misères, si nous n'avons [pas] dépouillé toute sorte d'humanité (a). Ceux qui ne leur donnent qu'à regret, que pour se délivrer de leurs importunités, ont-ils jamais pris la peine de considérer [b) que c'est le Fils de Dieu qui les leur adresse; que ce serait bien souvent leur faire une double aumône, que de leur épargner la honte de nous demander; que toujours la première aumône doit venir du cœur? je veux dire, fidèles, une aumône de tendre compassion. C'est un présent qui ne s'épuise jamais; il y en a dans nos âmes un trésor immense et une source infinie; et cependant c'est le seul dont le Fils de Dieu fait état. Quand vous distribuez de l'argent ou du pain, c'est faire l'aumône au pauvre: mais quand vous accueillez le pauvre avec ce sentiment de tendresse , savez-vous ce que vous faites? vous faites l'aumône à Dieu : « J'aime, dit-il, mieux ^ « la miséricorde que le sacrifice ^. » C'est alors que votre charité donne des ailes à cette matière pesante et terrestre, et, par les mains des pauvres, dans lesquelles vous la consignez, la fait ^ monter devant Dieu comme une offrande agréable. C'est alors que vous devenez
Var. (a) Au nom de Dieu, taisons voir aux pauvres que leurs migères nous louchent. — {b) Songent-ils bien.