‹ Choix de sermons de la jeunesse de BossuetChapitre 381 sur 460 · Ed. : pour ainsi parler. Souligné dans le manuscrit · texte numérisé non relu

Ed. : pour ainsi parler. Souligné dans le manuscrit

étendre bien loin par des sentiments de bonté; et dans des emplois bornés, ayons une charité infinie. Telle doit être l'ambition du chrétien qui , méprisant la fortune, se rit de ses vaines promesses et n'appréhende pas ses revers, desquels il me reste à vous dire un mot dans ma dernière partie.

DEUXIÈME POINT

La fortune, trompeuse^ en toute autre chose, est du moins sincère en ceci, qu'elle ne nous cache pas ses tromperies; au contraire, elle les étale dans le plus grand jour, et outre ses légèretés ordinaires, elle se plaît de temps en temps d'étonner le monde par des coups d'une surprise terrible, comme pour rappeler toute sa force en la mémoire des hommes, et de peur qu'ils n'oublient jamais ses inconstances, sa malignité, ses bizarreries. C'est ce qui m'a fait souvent penser que toutes les complaisances de la fortune ne sont pas des faveurs, mais [a) des trahisons; qu'elle ne nous donne que pour avoir prise sur nous, et que les biens que nous recevons de sa main ne sont pas tant des présents qu'elle nous fait que des gages que nous lui donnons pour être éternellement ses captifs, assujettis au retour fâcheux de sa dure et malicieuse puissance.

Cette vérité, établie sur tant d'expériences convaincantes, devrait détromper les ambitieux de tous les biens de la terre; et c'est au contraire ce qui les engage. Car au lieu d'aller à un bien solide et éternel sur lequel le hasard ne domine pas, et de mépriser par cette vue la fortune

Var. (a) Ne sont pas tant de faveurs que.

1. Ms., f. 326-329 (p. lG-21). Tout ce second point a été, comme la fin du premier point, écrit pour le Louvre.

toujours changeante, la persuasion de son inconstance fait qu'on se donne tout à fait à elle pour trouver des appuis contre elle-même. Car écoutez parler ce politique habile et entendu : la fortune l'a élevé bien haut, et dans cette élévation, il se moque des petits esprits qui donnent tout au dehors (a)\ et qui se repaissent de titres et d'une belle montre de grandeur ^ Pour lui, il appuie sa famille sur des fondements plus certains, sur des charges considérables(6), sur des richesses immenses, qui soutiendront éternellement la fortune de sa maison. Il pense s'être affermi contre toutes sortes d'attaques : aveugle et malavisé t comme si ces soutiens magnifiques qu'il cherche contre la puissance de la fortune, n'étaient pas encore de son ressort [c] ^ et pour le moins aussi fragiles que l'édifice même qu'il croit chancelant.

C'est trop parler de la fortune dans la chaire de vérité. Écoute, homme sage, homme prévoyant, qui étends si loin aux siècles futurs les précautions de ta prudence; c'est Dieu même qui te va parler, et qui va confondre tes vaines pensées par la bouche de son prophète Ézéchiel : Assur, dit ce saint prophète, s'est élevé comme un grand arbre, comme les cèdres du Liban : le ciel l'a nourri de sa rosée, la terre l'a engraissé de sa substance; les puissances l'ont comblé [de] leurs bienfaits, et'il suçait de son côté le sang du peuple. C'est pourquoi il s'est élevé, superbe en sa hauteur, beau en sa verdure, étendu en ses branches, fertile en ses rejetons: les oiseaux faisaient leurs nids sur ses branches; les familles de ses domes-

Var. (a) A la montre et au dclior?. — {l>) Essenlielles. — (c) De sa dépendance.

1. Viv. : a la montre et au dehors ; pour lui, il appuie sa famille.

2. Déf. Vers. : // se croirait peut-être assez grand, s'il ne voulait chercher des appuis à sa grandeur. Noie marginale.

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