‹ Choix de sermons de la jeunesse de BossuetChapitre 41 sur 460 · ma · texte numérisé non relu

ma

lait être touché pour nous d'une pitié réelle et véritable, il fallait qu'il prît une nature capable de ces émotions; ou bien disons autrement, et toutefois toujours dans les mêmes principes : Notre Dieu , dans la grandeur de sa majesté, avait pitié de nous comme de ses enfants et de ses ouvrages; mais depuis l'incarnation, il a commencé à nous plaindre, comme ses frères, comme ses semblables, comme des hommes tels que lui. Depuis ce temps-là, il ne nous a pas plaints seulement comme l'on voit ceux qui sont dans le port plaindre souvent les autres qu'ils voient agités sur la mer d'une furieuse tourmente; mais il nous a plaints comme ceux qui courent le même péril se plaignent les uns les autres, par une expérience sensible de leurs communes misères : enfin, l'oserai-je dire? il nous a plaints, ce bon frère, comme ses compagnons de fortune, comme ayant eu à passer par les mêmes misères que nous, ayant eu, ainsi que nous, une chair sensible aux douleurs, et un sang capable de s'émouvoir, et une température de corps sujette, comme la nôtre, à toutes les incommodités de la vie et à la nécessité de la mort. C'est pourquoi l'Apôtre se glorifie de la grande bénignité de notre Pontife : « Ah! nous n'avons pas un « pontife, dit-iP, qui soit insensible à nos maux : » Non habemiis [ponti/îcem, gui non possit compati infinnitatibus nostris] : pour quelle raison? « Parcequ'il a passé par « toutes sortes d'épreuves : » Tentatum per omnia.

Vous le savez, chrétiens : parmi toutes les personnes dont nous plaignons les disgrâces, il n'y en a point pour lesquelles nous soyons émus d'une compassion plus tendre , que celles que nous voyons dans les mêmes afflictions {a), dont quelque fâcheuse rencontre nous a fait

VaR. (a) Affligées des mêmes infortunes. 1. Heh)\^ IV, 15.

éprouver la rigueur. Vous perdez un bon ami; j'en ai perdu un autrefois^: dans cette rencontre d'afflictions, ma douleur et ma compassion s'en échauiïera davantage; je sais par expérience combien il est sensible de perdre un ami. Ici je vousannonce une douce consolation, 6 pauvres, nécessiteux-, malades, oppressés, enfin, généralement, misérables, quels que vous soyez: Jésus, mon Pontife, n'a épargné à son corps ni les sueurs, ni les fatigues, ni la faim , ni la soif, ni les infirmités , ni la mort : il n'a épargné à son esprit ni les tristesses, ni les injures, ni les ennuis, ni les appréhensions. 0 Dieu ! qu'il aura d'inclination de nous assister, nous qu'il voit du plus haut des cieux battus de ces mêmes orages dont il a été autrefois attaqué? Tentatum per omnia. Il a tout pris jusques aux moindres choses, « tout jusques aux plus grandes « infirmités, si vous en exceptez le péché; » Absque peccato^ : encore connaît-il bien par sa propre expérience combien est grand le poids du péché : « il a daigné por- « ter les nôtres à la croix sur ses épaules innocentes : » Peccata nosira ipse pertulit in corpo7'e suo super lignmn*. On dirait « qu'il s'est voulu rendre en quelque sorte sem- « blable aux pécheurs [a) : » In simili tudinem carnispeccati^ dit saint PauP, afin de déplorer leur misère avec une plus grande tendresse. De là ces larmes amères, de là ces plaintes charitables que nous avons vues aujourd'hui dans notre évangile.

Et je remarque, ô fidèles, que cette compassion ne Fa pas seulement accompagné durant le cours de sa vie : car

Var. (a) 11 s'est rendu, autant qu'il s'est pu faire, semblable aux..

Page 1