Ms. : qu'a fait
les venins (a) même à se tourner en remèdes pour l'amour de lui ? Il serait superflu de vous raconter comme il sait ménager les éléments, après tant de sortes de miracles qu'il fait faire tous les jours aux plus intraitables, je veux dire au feu et à leau {b), ces deux grands ennemis, qui s'accordent néanmoins à nous servir dans des opérations si utiles (c) et si nécessaires. Quoi plus? il est monté jusqu'aux cieux : pour marcher plus sûrement, il a appris aux astres à le guider dans ses voyages ; pour mesurer plus également sa vie, il a obligé le soleil à rendre compte, pour ainsi dire, de tous ses pas. Mais laissons à la rhétorique cette longue et scrupuleuse énumération, et contentons-nous de remarquer en théologiens que Dieu ayant formé Fhomme, dit l'oracle de l'Écriture, pour être le chef de l'univers, d'une si noble institution, quoique changée par son crime, il lui a laissé (cT) un certain instinct de chercher ce qui lui manque dans toute l'étendue [e] de la nature. C'est pourquoi, si je l'ose dire, il fouille partout hardiment, comme dans son bien, et il n'y a aucune partie de l'univers où il n'ait signalé son industrie.
Pensez maintenant, messieurs, comment aurait pu prendre un tel ascendant une créature si faible et si exposée, selon le corps, aux insultes de toutes les autres, si elle n'avait en son esprit [f) une force supérieure à toute la nature visible, un souffle immortel de l'Esprit de Dieu, un rayon de sa face, un trait de sa ressemblance : non, non, il ne se peut autrement. Si un excellent ouvrier a fait quelque rare machine, aucun ne peut s'en servir que par les lumières qu'il donne. Dieu a fabriqué le monde comme une grande machine que sa seule sagesse pouvait
Var. (a) Les poisons. — (b) Au feu et à l'eau , qui sout les plus intraitables. — (c) Si merveilleuses. — (d) Il lui est resté. — (e) Danâ toutes les parties. — (/) En son àme
inventer, que sa seule puissance {a) pouvait construire. 0 homme! il t'a établi pour t'en servir; il a mis, pour ainsi dire, en tes mains toute la nature, pour l'appliquer à tes usages ; il t'a même permis de l'orner et de l'embellir par ton art : car qu'est-ce autre chose que l'art, sinon l'embellissement de la nature? Tu peux ajouter quelques couleurs pour orner cet admirable tableau; mais comment pourrais-tu faire remuer tant soit peu une machine si forte et si délicate; ou de quelle sorte pourrais-tu faire seulement un trait convenable dans une peinture si riche, s'il n'y avait en toi-même et dans quelque partie de ton être quelque art dérivé de ce premier art, quelques fécondes idées tirées de ces idées originales, en un mot quelque ressemblance, quelque écoulement, quelque portion de cet esprit ouvrier qui a fait le monde? Que {b) s'il en est ainsi, chrétiens, qui ne voit que toute la nature conjurée ensemble n'est pas capable d'éteindre un si beau rayon de la puissance [c) ^ qui la soutient; et qu'ainsi notre âme, supérieure au monde et à toutes les vertus qui le composent, n'a rien à craindre que de son auteur?
Mais continuons, chrétiens, une méditation si utile de l'image de Dieu en nous ; et voyons par quelles maximes {d)^ cette créature chérie, destinée à se servir de toutes les autres, se prescrit à elle-même ce qu'elle doit faire. Dans la corruption où nous sommes, je confesse que c'est ici notre faible; et toutefois je ne puis {e) considérer sans admi-
Var. (a) Comme sa seule puis^-ance pouvait le construire. (b) Et. — (c) D'éteindre cette partie de nous-mêmes — de notre être —qui porte un caractère si noble de la puissance divine.— (rf) De quelle manière. De quelle sorte. — (e;) Qui pourrait.
1. Ed. : cette partie de nom-même. Déf., Vers. : de nous-mêmes, de notre être, qui porte un caractère si noble de la puissance divine qui la wutient,