‹ Choix de sermons de la jeunesse de BossuetChapitre 434 sur 460 · Ps., X · texte numérisé non relu

Ps., X

mal présent, n'est pas sensible, et que le supplice, qui est le mal sensible, n'est pas présent.

Non content de se tenir éloigné de Dieu, il fuit les approches de sa grâce. Et quelles sont ses fuites, sinon ses délais, ses remises de jour en jour, ce demain qui ne vient jamais, cette occasion qui manque toujours, cette aifaire qui ne finit point, et dont on attend toujours la conclusion pour se donner tout à fait à Dieu? n'est-ce pas fuir ouvertement l'inspiration? Mais après avoir fui longtemps, on fait enfin quelque pas, quelque demi-restitution, quelque effort pour se dégager, quelque résolution imparfaite : nouvelle espèce de fuite; car dans la voie du salut, si l'on* ne court, on retombe ; si on languit, on meurt bientôt; si l'on ne fait tout, on ne fait rien ; enfin marcher lentement, c'est retourner en arrière.

Mais après avoir parlé des égarements, il est temps maintenant, mes frères, de vous faire voir un Dieu qui vous cherche. Pour cela, faites parler votre conscience; qu'elle vous raconte elle-même combien de fois Dieu l'a troublée, afin qu'elle vous troublât dans vos joies pernicieuses ; combien de fois il a rappelé (a) la terreur de ses jugements et les saintes vérités de son Évangile, dont la pureté incorruptible fait honte à votre vie déshonnête. Vous ne voulez pas les voir, ces vérités saintes; vous ne les voulez pas devant vous., mais derrière vous; et cependant, dit saint Augustin, quand elles sont devant vous, elles vous guident ; quand elles sont derrière vous, elles vous chargent. Ah ! Jésus a pitié de vous : il veut ôter de dessus votre dos ce fardeau qui vous accable, et mettre devant vos yeux cette vérité qui vous éclaire. La voilà, la voilà dans toute sa force, dans toute sa pureté, dans toute sa sévérité, cette vérité évangélique qui condamne toute

Var. (a) Combien il a ramené de fois.

perfidie, toute injustice, toute violence, tout attachement impudique. Envisagez cette beauté, et ayez contusion de vous-même; regardez-vous dans cette glace, et voyez si votre laideur est supportable.

Autant de fois, chrétiens, que cette vérité vous paraît, c'est Jésus-Christ qui vous cherche. Combien de fois vous a-t-il cherchés dans les saintes prédications ? il n'y a sentier qu'il n'ait parcouru, il n'y a vérité qu'il n'ait rappelée; il vous a suivis dans toutes les voies dans lesquelles votre âme s'égare : tantôt on a parlé des impiétés, tantôt des superstitions, tantôt de la médisance, tantôt de la flatterie; tantôt des attaches et tantôt des aversions criminelles. Un mauvais riche vous a paru, pour vous faire voir le tableau de l'impénitence ^ ; un Lazare mendiant vous a paru, pour exciter votre cœur à la compassion, et votre main aux aumônes, dans ces nécessités désespérantes. Enfin [à] on a couru par tous les détours par lesquels vous pouviez vous perdre ; on a battu toutes les voies par lesquelles on peut entrer dans une âme : et l'espérance et la crainte, et la douceur et la force, et l'enfer et le paradis, et la mort certaine et la vie douteuse % tout a été employé.

Et après cela vous n'entendriez pas de quelle ardeur on court après vous! Que si, en tournant de tous côtés par le saint empressement d'une charitable recherche, quelquefois il est arrivé qu'on ait mis la main sur votre plaie, qu'on soit entré dans le cœur par l'endroit où il est sensible; si l'on a tiré de ce cœur^ quelque regret, quelque crainte, quelque forte réflexion, quelque soupir après

Var. («) Non-seulement.

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