Ps., çxiv
être court, j'en dirai seulement ce mot, que j'ai appris de saint Augustin, qui l'a appris de l'Apôtre. L'empire qui se divise, s'affaiblit; les forces qui se partagent, se dissipent. Or (a) il n'y a rien sur la terre de plus misérablement partagé que le cœur de l'homme : toujours, dit saint Augustin', une partie qui marche, et une partie qui se traîne ; toujours une ardeur qui presse, avec un poids qui accable; toujours aimer et haïr, vouloir et ne vouloir pas, craindre et désirer la même chose. Pour se donner tout à fait à Dieu, il faut continuellement arracher son cœur de tout ce qu'il voudrait aimer : la volonté commande, et elle-même qui commande ne s'obéit pas, éternel obstacle à ses désirs propres [b) ^ : ainsi, dit saint Augustin, elle se dissipe elle-même; et cette dissipation, quoiqu'elle se fasse malgré nous, c'est nous néanmoins qui la faisons.
Dans une telle langueur de nos volontés dissipées, je le confesse, messieurs, notre impuissance est extrême : mais voyez le bon Pasteur qui vous présente ses épaules. N'avez-vous pas ressenti souvent certaines volontés fortes, desquelles si vous suiviez l'instinct généreux, rien ne vous serait impossible? C'est Jésus-Christ qui vous soutient, c'est Jésus-Christ qui vous porte.
Que reste- t-il donc, mes frères, sinon que je vous exhorte à ne recevoir pas en vain une telle grâce : Ne in vacuum gratiam Dei recipiatis^^. Pour vous presser de la recevoir, je voudrais bien, chrétiens, n'employer ni l'appréhension de la mort, ni la crainte de l'enfer et du ju-
Var. (a) Et. — {b) Elle est un éternel pressement et un obstacle à clle»mêms ; elle est toujours aux niaina avec gea propres désirg.-