‹ Choix de sermons de la jeunesse de BossuetChapitre 437 sur 460 · II Cor., VI · texte numérisé non relu

II Cor., VI

gement^, mais le seul attrait de l'amour divin. Et certes, en commençant de respirer l'air, nous devions commencer aussi de respirer, pour ainsi [dire], le divin amour : ou, parce que notre raison empêchée ne pouvait pas vous connaître encore, ô Dieu vivant, nous devions du moins vous aimer sitôt que nous avons pu aimer quelque chose. 0 beauté par-dessus toutes les beautés, ô bien par-dessus tous les biens, pourquoi avons-nous été si longtemps sans vous dévouer nos affections (a)? Quand nous n'y aurions perdu qu'un moment, toujours aurions-nous commencé trop tard : et voilà que nos ans se sont échappés (b), et encore languissons-nous dans l'amour des choses mortelles.

0 homme fait à l'image de Dieu, tu cours après les plaisirs mortels, tu soupires après les beautés mortelles , les biens périssables ont gagné ton cœur : si tu ne connais rien qui soit au-dessus, rien de meilleur ni de plus aimable, repose-toi, à la bonne heure, en leur jouissance. Mais si tu as une âme éclairée d'un rayon de l'intelligence divine; si, en suivant ce petit rayon, tu peux remonter jusques au^ principe, jusques à la source du bien, jusques à Dieu même: si tu peux connaître qu'il est, et qu'il est infmiment beau, infiniment bon, et qu'il est toute beauté et toute bonté : comment peux-tu vivre et ne l'aimer pas? Homme, puisque tu as un cœur, il faut que tu aimes, et selon que tu aimeras bien ou mal, tu seras heureux ou malheureux : dis-moi, qu'aimeras-tu donc? L'amour est fait pour l'aimable, et le plus grand amour pour le plus aimable, et le souverain amour pour

Var. (a) Notre cœur. —{0) Que toute notre vie est presque écoulée.

1 . Allusion plus directe encore aux deux sermon» sur la Mort et sur l'impcnilence finale.

U. Viv. : jusqu'au... jusqu'à.

le souverain aimable : quel enfant ne le verrait pas? quel insensé le pourrait nier?

C'est donc une folie manifeste, et de toutes les folies la plus folle, que de refuser son amour à Dieu, qui nous cherche. Qu'attendons-nous, chrétiens? déjà nous devrions mourir de regret de l'avoir oublié durant tant d'années; mais quel sera notre aveuglement et notre fureur, si nous ne voulons pas commencer encore! car voulons-nous ne l'aimer jamais, ou voulons-nous l'aimer quelque jour? Jamais: qui le pourrait dire? jamais: le peut-on seulement penser? en quoi donc ditférerionsnous d'avec les démons? Mais si nous le voulons aimer quelque jour, quand est-ce que viendra ce jour? pourquoi ne sera-ce pas celui-ci? quelle grâce, quel privilège a ce jour que nous attendons, que nous voulions le consacrer^ entre tous les autres, en le donnant à l'amour de Dieu? Tous les jours [nej sont^ls pas à Dieu? oui, tous les jours sont à Dieu; mais jamais il n'y en a qu'un qui soit à nous, et c'est celui qui se passe. Eh quoi ! voulonsnous toujours donner au monde ce que nous avons, et à Dieu ce que nous n'avons pas?

— Mais je ne puis, direz- vous; je suis engagé. — - Malheureux, si vos liens sont si forts que l'amour de Dieu ne les puisse rompre; malheureux, s'ils sont faibles^, que vous ne vouliez pas les rompre pour l'amour de Dieu ! — Ahl laissez démêler cette affaire. — Mais plutôt voyez, dans l'empressement que cette atfaire vous donne, celui que mérite l'affaire de Dieu; Jésus ne permet pas d'ensevelir son propre père. — Mais laissez apaiser cette passion ; après, j'irai à Dieu d'un esprit plus calme. — Voyez cet insensé sur le bord d'un fleuve, qui, voulant passer à

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