Déf. Vers. : que nous le voulions consacrer
2. Ed. : MaUieureuœ, s'ils sont si faibles que.., La phrase n'a pas de sens.
l'autre rive, attend que le fleuve se soit écoulé; et il ne s'aperçoit pas qu'il coule sans cesse. Il faut passer pardessus le fleuve; il faut marcher contre le torrent, résister au cours de nos passions, et non attendre de voir écoulé ce qui ne s'écoule jamais tout à fait.
Mais peut-être que je me trompe, et les passions en effet s'écoulent bientôt. Elles s'écoulent souvent, il est véritable; mais une autre succède en la place'. Chaque âge a sa passion dominante: le plaisir cède à l'ambition, et l'ambition cède à l'avarice. Une jeunesse emportée ne songe qu'à la volupté; l'esprit étant mûri tout à fait, on veut pousser sa fortune, et on s'abandonne à l'ambition ; enfin, dans le déclin et sur le retour, la force commence à manquer; pour avancer ses desseins, on s'applique à conserver ce qu'on a acquis, à le faire profiter, à bâtir dessus, et on tombe insensiblement dans le piège de l'avarice. C'est l'histoire de la vie humaine : l'amour du monde ne fait que changer de nom; un vice cède la place à un autre vice; et au lieu de la remettre à Jésus, le légitime Seigneur, il laisse un successeur de sa race, enfant comme lui de la même convoitise. Interrompons aujourd'hui le cours de cette succession malheureuse : renversons la passion qui domine en nous; et de peur qu'une autre n'en prenne la place, faisons promptement régner celui auquel le règne appartient. Il nous y presse par ses saints attraits; et pliit à Dieu que vous vous donnassiez tellement à lui, que vous m'épargnassiez le soin importun de vous faire ouïr ses menaces f Mais comme il faut peut-être ce dernier effort pour vaincre notre dureté, écoutons les justes reproches d'un cœur outragé par nos indignes refus : c'est ma seconde partie.
1. Vers. Viv. : en sa place. Correction maladroite qui rend k phrase irréîTulière.
ECOND POINT
Encore qu'un Dieu irrité ne paraisse point aux hommes qu'avec un appareil étonnant, toutefois il n'est jamais plus terrible qu'en l'état où je dois le représenter: non point, comme on pourrait croire, porté sur un nuage enflammé d'où sortent des éclairs et des foudres, mais armé de ses bienfaits, et assis sur un trône de grâce.
C'est, messieurs, en cette sorte que la justice de Dieu nous paraît dans le Nouveau Testament. Car il me semble qu'elle a deux faces^ dont l'une s'est montrée à l'ancien peuple, et l'autre se découvre au peuple nouveau. Durant la loi de Moïse, c'était sa coutume ordinaire de faire connaître ses rigueurs par ses rigueurs mêmes : c'est pourquoi elle est toujours l'épée à la main , toujours menaçante, toujours foudroyante, et faisant sortir de ses yeux un feu dévorant; et je confesse, chrétiens, qu'elle est infiniment redoutable en cet état. Mais dans la nouvelle alliance, elle prend une autre figure, et c'est ce qui la rend (a) ^ plus insupportable et plus accablante : parce que ses rigueurs ne se forment que dans l'excès de ses miséricordes, et que c'est par des coups de grâce que sont fortifiés [b] les coups de foudre (c), qui, perçant aussi avant dans le cœur que l'amour avait résolu d'y entrer, y causent une extrême désolation, y font un ravage inexplicable.
Vous le comprendrez aisément, quand je vous aurai dit en un mot ce que tout le monde sait, qu'il n'est rieu de si furieux qu'un amour méprisé et outragé. Mais
Var. (a) Et elle est sans aucune comparaison. — [b) Imprimés. — (c) Ses coups de foudre sont des coups de grâce.