Ed. : d'un Dieu approchant de nous, qui s'avance
Mais il faut bien, ô grand Dieu, que vous permettiez aux hommes de parler de vous comme ils l'entendent, et d'exprimer comme ils peuvent ce qu'ils ne peuvent assez exprimer comme il est.
C'est ce qui s'appelle dans les Écritures, selon l'expression de l'Apôtre en l'épître aux Éphésiens, affliger et contrister l'Esprit de Dieu : Nolite contristare Spiritum sanctum Dei, in quo signati estis ^. Car cette affliction du Saint-Esprit ne marque pas tant l'injure qui est faite à sa sainteté par notre injustice, que l'extrême violence que souffre son amour méprisé et sa bonne volonté frustrée par notre résistance opiniâtre : c'est là, dit le saint Apôtre, ce qui afflige le Saint-Esprit, c'est-à-dire l'amour de Dieu opérant en nous pour gagner nos cœurs. Dieu est irrité contre les démons; mais comme il ne demande plus leur affection, il n'est plus contristé par leur révolte [a). C'est à un cœur chrétien qu'il veut faire sentir ses tendresses; c'est dans un cœur chrétien qu'il veut trouver la correspondance, et ce n'est que d'un cœur chrétien que peut sortir le rebut qui l'afflige et qui le contristé. Mais gardons-nous bien de penser que cette tristesse de l'esprit de Dieu soit semblable à celle des hommes : cette tristesse ^ de l'esprit de Dieu signifie un certain dégoût, qui fait que les hommes ingrats lui sont à charge, et croyons que l'Apôtre nous veut exprimer un certain zèle de justice, mais zèle pressant et violent qui anime un Dieu méprisé contre un cœur ingrat, et qui lui fait appesantir sa main et précipiter sa vengeance. Voilà, mes frères, deux effets terribles de cet amour méprisé :
Var. (a) Désobéissance
1. Ephes., IV, 30. Déforis a tort d'ajouter ici la traduction da texte ; il était traduit d'avance par Bossuet.
2, Addition marginale rejette par M. Lâchât dans les notes.
mais que veut dire ce poids, et d'où vient cette promptitude? Il faut tâcher de le bien entendre.
Je veux donc dire, mes frères, que Tamour de Dieu indigné {a) par le mépris de ses grâces, appuie la main sur un cœur rebelle avec une eificace extraordinaire. L'Écriture, toujours puissante pour exprimer fortement les œuvres de Dieu, nous explique cette efficace par une certaine joie qu'elle fait voir dans le cœur d'un Dieu pour se venger d'un ingrat : ce qui se fait ' avec joie se fait avec application. Mais, chrétiens, est-il possible que cette 'oie de punir se trouve dans le cœur d'un Dieu, source infinie de bonté? Oui, sans doute, quand il y est forcé par l'ingratitude; car écoutez ce que dit Moïse (b) au chapitre vingt-huitième du Deutéronome : « Comme le « Seigneur s'est réjoui vous accroissant, vous bénissant, « vous faisant du bien, il se réjouira de la même sorte, « en vous ruinant, en vous ravageant (c) : » Sicut ante lœtatus est Dominus super vos^ bene vobis faciens^ vosque multiplicans, sic lœtabitur disperdens vos atque subvertens ^. Quand son cœur s'est épanché en nous bénissant, il a suivi sa nature et son inclination bienfaisante : mais nous l'avons con triste, mais nous avons affligé son Saint- Esprit, et nous avons changé la joie de bien faire en une joie de punir; et il est juste qu'il répare la tristesse que nous avons donnée à son Saint-Esprit [d] *, par une joie efficace, par un triomphe de son cœur, par un zèle de sa justice à venger notre ingratitude.
Justement, certes justement; car il sait ce qui est dû
Var. [a) Irrité. — (b) Comme il parle, — (c) En vous accablant. — (d) A l'Esprit de grâce.