Mallh., XXVI
que nous le voyons succomber dans le jardin des Olives, où il n'a que nos dédiés pour persécuteurs^ , accusons-[nous nous-mêmes de ce déicide; pleurons, gémissons, battons nos poitrines, et tremblons jusqu'au fond de nos consciences. Et comment pouvons-nous n'être pas saisis de frayeur, ayant en nous-mêmes, au dedans du cœur, une cause de mort si certaine ? Si le seul péché suffisait pour faire mourir un Dieu, comment pourraient subsister des hommes mortels, ayant un tel poison dans les entrailles? Non, non, nous ne subsistons que par un miracle continuel de miséricorde ; et la même puissance divine qui a retenu miraculeusement l'âme du Sauveur pour accomplir son supplice, retient la nôtre pour accomplir ou plutôt pour commencer notre pénitence.
Après que notre Sauveur a fait couler son sang par le seul effort de sa charité affligée, vous pouvez bien croire, mes frères, qu'il ne l'aura pas épargné entre les mains des Juifs et des Romains, cruels persécuteurs de son innocence. Partout où Jésus a été pendant la suite de sa passion, une cruauté furieuse l'a chargé de mille plaies: si nous avons dessein de l'accompagner dans tous les lieux différents où il a paru, nous verrons partout des traces sanglantes qui nous marqueront les chemins : et la maison du pontife, et le tribunal du juge romain, et le gibet et les corps de garde où Jésus a été livré à l'insolence brutale des soldats, et enfin toutes les rues de Jérusalem sont teintes de ce divin sang qui a purifié le ciel et la terre.
Je ne finirais jamais ce discours, si j'entreprenais de vous raconter toutes les cruelles circonstances où ce sang innocent a été versé ; il me suffit de vous dire qu'en ce jour de sang et de carnage, en ce jour funeste et salutaire tout ensemble, où la puissance des ténèbres avait reçu toute licence contre Jésus-Christ, il renonce volontaire-