Ed. : pour persécuteurs que nos péchés
ment à tout l'usage de la sienne (a); si bien qu'en même temps que ses ennemis sont dans la disposition de tout entreprendre, il se réduit volontairement à lanécessité de tout endurer. Dieu, par l'effet du même conseil, lâche la bride sans mesure à la fureur de ses envieux, et il resserre en même temps toute la puissance de son Fils : pendant qu'il déchaîne contre lui toute la fureur des enfers, il retire de lui toute la protection du ciel, afin que ses souffrances montent jusqu'au comble, et qu'il s'expose luimême nu et désarmé, sans force et sans résistance, à quiconque aurait envie de lui faire insulte.
Après cela, chrétiens, faut-il que je vous raconte le détail infini de ses douleurs ? faut-il que je vous décrive comme il est livré sans miséricorde, tantôt aux valets, tantôt aux soldats, pour être l'unique objet de leur dérision sanglante, et souffrir de leur insolence tout ce qu'il y a de dur et d'insupportable dans une raillerie inhumaine et dans une cruauté malicieuse? Faut-il que je vous le représente, ce cher Sauveur, lassant sur son corps à plusieurs reprises toute la force des bourreaux, usant sur son dos toute la dureté des fouets, émoussant en sa tête toute la pointe des épines? 0 testament mystique du divin Jésus ! que de sang vous coûtez à cet Homme-Dieu, afin de vous faire valoir pour notre salut !
Tant de sang répandu ne suftit pas pour écrire ce testament [b); il faut maintenant épuiser les veines pour l'achever [c] à la croix. Mes frères, je vous en conjure, soulagez ici mon esprit; méditez vous-mêmes Jésus crucifié, et épargnez-moi la peine de vous décrire ce qu'aussi bien les paroles ne sont pas capables de vous faire entendre. Contemplez ce que souffre un homme qui a tous les
Var. (a) De la sienne, en s' abandonnant à quiconque aurait envie de lui faire insulte. — {à) Ce n'est pas tout, chrétiens, il y a assez de sang répandu pour écrire ce testament; mais. — (c) Pourlesigner àlacroix.
membres brisés et rompus par une suspension violente ; qui ayant les mains et les pieds percés, ne se soutient plus que sur ses blessures, et tire ses mains déchirées de tout le poids de son corps entièrement abattu par la perte du sang; qui, parmi cet excès de peines, ne semble élevé si haut, que pour découvrir de loin un ^peuple infini qui se moque, qui remue la tête, qui fait un sujet de risée d'une extrémité si déplorable. Et après cela, chrétiens, ne vous étonnez pas si Jésus dit, « qu'il n'y a point de douleur semblable à la sienne ^ »
Laissons attendrir nos cœurs à cet objet de piété; ne sortons pas les yeux secs de ce grand spectacle du Calvaire. Il n'y a point de cœur assez dur pour voir couler le sang humain sans en être ému. Mais le sang de Jésus porte dans les cœurs une grâce de componction, une émotion de pénitence : ceux qui demeurèrent auprès - de sa croix et qui lui virent rendre les derniers soupirs, « s'en retournèrent, dit saint Luc, frappant leur poi- « trine^. » Jésus-Christ mourant d'une mort cruelle, et versant sans réserve son sang innocent, avait répandu sur tout le Calvaire un esprit de componction et de pénitence. Ne soyons pas plus durs que les Juifs : faisons retentir le Calvaire de nos cris et de nos sanglots; pleurons amèrement nos péchés; irritons-nous saintement contre nous-mêmes; rompons tous ces indignes commerces; quittons cette vie mondaine et licencieuse; portons en nous la mort de Jésus-Christ; rendons-nous dignes par la pénitence d'avoir part à la grâce de son testament. Il est fait, il est signé, il est immuable ; Jésus a donné tout son sang pour le valider. Je me trompe, il en reste encore : il y a une source de sang et de grâce