‹ Choix de sermons de la jeunesse de BossuetChapitre 449 sur 460 · UCor., V · texte numérisé non relu

UCor., V

semble s'éclater et fondre tout entier sur la terre ; mais en même temps on voit [a) qu'il se décharge peu à peu, jusqu'à ce qu'il reprenne (b) enfin sa première sérénité, calmé et apaisé, si je puis parler de la sorte, par sa propre indignation : ainsi la justice divine, éclatant sur le Fils de Dieu de toute sa force, se passe peu à peu en se déchargeant; la nue crève et se dissipe; Dieu commence à ouvrir aux enfants d'Adam cette face bénigne et riante; et, par un retour admirable qui comprend tout le mystère de notre salut, pendant qu'il délaisse son Fils innocent pour l'amour des hommes coupables, il embrasse tendrement les hommes coupables pour l'amour de son Fils innocent.

Jetons-nous donc, chrétiens, dans les horreurs salutaires du délaissement de Jésus; comprenons ce que c'est que de délaisser Dieu, et d'être délaissé de Dieu. Nos cœurs sont attachés à la créature ; elle y règne, elle en exclut Dieu : c'est pour cela que cet outrage est extrême, puisque c'est pour le réparer que Jésus s'expose à porter pour nous le délaissement et le dédain de son propre Père. Retournons à Dieu, chrétiens, et recevons aujourd'hui la grâce de réunion avec Dieu, que ce délaissement nous mérite.

Mais poussons encore plus loin, et voyons dans la passion de notre Sauveur tous les motifs particuliers que nous avons de (c) nous détacher de la créature. Il faut donc savoir, chrétiens, qu'il y a dans la créature un principe de malignité qui a fait dire à saint Jean, non-seulement que « le monde est malin, mrJs qu il « n'est autre chose que malignité ^ » Mais pour haïr da-

Var. («) En même temps quil se décharge. — {b) Jusquà ce qu'il reprend. — (c) Pour nous détacher.

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