Marc, XIV
dant elle nous dénie celui que demanderaient nos besoins.
Mais voici, si je ne me trompe, le dernier coup qu'on peut recevoir d'une amitié chancelante : un grand zèle mal soutenu, un commencement de constance qui tombe dans la suite tout à coup, et nous accable plus cruellement que si l'on nous quittait au premier abord. Le même Pierre en est un exemple : qu'il est ferme f qu'il est intrépide ! il veut mourir pour son Maître ; il n'est pas capable de l'abandonner : il le suit au commencement ; mais, ô fidélité commencée, qui ne sert qu'à percer le cœur de Jésus par un reniement plus cruel, par une perfidie plus criminelle ! Ah f que l'amitié de la créature est trompeuse dans ses apparences, corrompue dans ses flatterie^, amère dans ses changements, accablante dans ses secours à contre-temps, et dans ses commencements de constance qui rendent l'infidélité plus insupportable t Jésus a souffert toutes ces misères, pour nous faire haïr tant de crimes que nous fait faire l'amitié des hommes par nos aveugles complaisances. Haïssons-les, chrétiens, ces crimes, et n'ayons ni d'amitié, ni de confiance, dont Dieu ne soit le motif, dont la charité ne soit le principe.
Que lui fera maintenant souifrir la fureur de ses ennemis? Mille tourments, mille calomnies, plaies sur plaies, douleurs sur douleurs, indignités sur indignités; et ce qui emporte avec soi la dernière extrémité des souffrances, la risée dans l'accablement, l'aigreur (a) de la raillerie au milieu delà cruauté.
C'est une chose inouïe que la cruauté et la dérision se joignent dans toute leur force, parce que l'horreur du sang répandu remplit l'âme d'images funèbres, qui mo-
Var. (a) L'insulte Je la raillerie dans l'aigreur de (a cruauté.
dèrent cette joie malicieuse dont se forme la moquerie. Cependant je vois mon Sauveur livré à ses ennemis pour être l'unique objet de leur raillerie, comme un insensé ; de leur fureur, comme un scélérat : en telle sorte, mes frères, que nous voyons régner, dans tout le cours de sa passion, la risée parmi les douleurs, et l'aigreur de la moquerie dans le dernier emportement de la cruauté.
Il le fallait de la sorte, il fallait que mon Sauveur « fût « rassasié d'opprobres, » comme avait prédit le prophète^; afin d'expier et de condamner par ses saintes confusions, d'un côté ces moqueriesoutrageuses, de l'autre ces délicatesses et ce point d'honneur qui fait toutes les querelles. Chrétiens, osez-vous vous abandonner à cet esprit de dérision qui a été si outrageux contre Jésus- Christ? Qu'est-ce que la dérision, sinon le triomphe del'orgueil,le règne de l'impudence, la nourriture du mépris, la mort de la société raisonnable, la honte de la modestie et de la vertu ? Ne voyez-vous pas, railleurs à outrance, que d'opprobres et quelle risée vous avez causés au divin Jésus? et ne craignez-vous pas de renouveler ce qu'il y a de plus amer dans sa passion ?
Mais vous, esprits ombrageux, qui faites les importants et qui croyez vous faire valoir par votre délicatesse et par vos dédains (a), dans quel abîme de confusion a été plongé le divin Jésus par cette superbe sensibilité? Pour expier votre orgueil et votre dédain, il faut que son supplice, tout cruel qu'il est, soit encore beaucoup plus infâme; il faut que ce Roi de gloire soit tourné en ridicule de toute manière par ce roseau, par cette couronne et par cette pourpre; il faut que l'insulte de la raillerie
Var. (a) Par votre délicatesse , par vos dédains et par votre superbe sensibilité,