Trente-quatre mots omis par les édilcurs
un moment d'audience: c'est que nous nous sommes figuré une fausse idée de bonheur; et ainsi, notre imagination étant abusée, nous semblons jouir pour un temps d'une ombre de félicité. Nous nous contentons des biens de la terre, non pas tant parce qu'ils sont de vrais biens, que parce que nous les croyons tels : semblables à ces pauvres hypocondriaques dont la fantaisie blessée se repaît du simulacre et du songe d'un vain et chimérique plaisir. Ici vous me direz peut-être : Ah t ne m'ôtez point cette erreur agréable; elle m'abuse, mais elle me contente; c'est une tromperie, mais elle me plaît. Certes, je vous y laisserais volontiers, si je ne voyais, que par ce moyen, quoique vous vous imaginiez d'être heureux, vous êtes dans une condition déplorable^.
Jamais, comme nous disions tout à l'heure, il ne peut y avoir de bonheur que lorsque les choses sont établies dans leur naturelle constitution et dans leur perfection véritable; et il est impossible qu'elles y soient mises par l'erreur et par l'ignorance. C'est pourquoi, dit l'admirable saint Augustin, « le premier degré de misère, c'est « d'aimer les choses mauvaises ; et le comble de malheur, « c'est de les avoir : » Amando enim res noxias miserij habendo sunt miseriores \ Ce pauvre malade tourmenté d'une fièvre ardente, il avale du vin à longs traits; il pense prendre du rafraîchissement, et il boit la peste et la mort. Ne vous semble-t-il [pas] d'autant plus à plaindre, que plus il y ressent de délices ' ?
Quoi! je verrai durant ces trois jours des hommes tout
1. Ici les éditeurs (M. Lâchât, commelc^éditeiirscle Versailles, et ceuxci comme Déforis) intercalent un long Ir.-gnunt qui appartimt à une seconde rédaction du discours, et qu'il e^( impossible d'insérer dans la première. D'ailleurs il se rapporte au second point.Voy. p. 96.