VI. — SERMON
Cum sublcvassel oculos Jésus, et vidisset quia muttitudo maxima venii ad eunx, dixit ad Philippum : Unde ememus panes, utmanducent lii? Hoc autem dicebat tenlans eum; ipse enim sciebai quid esset faclurus.
Jésus-Christ levant les yeux , et voyant qu'une grande foule dépeuple venait à lui, dit à Philippe : D'où pourrons-nous acheter assez de pain pour donner à manger à tout ce peuple ? Or il disait ceci pour l'éprouver; car il savait bien ce qu'il allait faire. Saint Jean , chap. 6.
Sire ,
Si ce qu'a dit saint Augustin est vrai, que les miracles sont la voix de Dieu, et qu'autant de fois qu'il fait paraître ces signes visibles de sa toute-puissance, son intention est de nous parlerT de nous instruire, et de nous découvrir quelque importante vérité , il est aisé de reconnaître ce que le Sauveur du monde a voulu nous faire entendre par ce grand miracle de la multiplication des pains. Car que voyons-nous dans ce miracle, et que nous représente notre évangile ? tout un peuple qui s'abandonne ii la conduite de Jésus-Christ; des milliers d'hommes, qui, sans provision , sans subsistance , quittent leurs maisons pour le sui- \ re : un Dieu touché de compassion pour eux , un Dieu qui pourvoit lui-même à leurs besoins, un Dieu qui lui-même leur distribue ses dons libéralement , amplement, magnifiquement; et cette nombreuse multitude enfin nourrie et rassasiée au milieu d'une solitude : tout cela ne nous prêche-t-il pas hautement la Providence divine , et l'obligation indispensable de nous reposer sur '»ins et de nous confier en elle? Interrogemus (ce sont les paroles de saint Augustin) ipsa Christi miracula; habeni
enim , si intelligantur, linguam suam. (Aug.) Interrogeons les miracles de Jésus-Christ, écoutons-les, et rendons -nous-y attentifs. Car comme Jésus-Christ est substantiellement le Verbe de Dieu, il n'y a rien dans lui qui ne parle, et ses actions mêmes ont pour nous leur langage et leur expression. Or ce que nous dit en particulier le miracle de ces pains si promptement et si abondamment multipliés, c'est qu'il y a une Providence qui gouverne le monde , une Providence à laquelle nous devons tous nous soumettre , non pas comme le reste des créatures mues par une soumission de nécessité, mais comme des créatures raisonnables, par un libre consentement de notre volonté. Voilà, mes frères, la voix de Dieu, et ce qu'elle nous apprend. Cependant, quelque intelligible et quelque éclatante que soit cette voix, il y a encore des hommes qui ne veulent pas l'entendre. Il y en a qui , pour l'avoir entendue n'en sont pas plus dociles ni plus soumis. Et c'est pour cela que je joins à cette voix du miracle de Jésus-Christ, celle delà prédication, qui, fortifiée et soutenue par la grâce intérieure que le Saint-Esprit répandra dans nos cœurs , y produira , comme je l'espère , tout le fruit que j'attends de ce discours. Adressons-nous à Marie, et disons-lui :
Ave, Maria.
Deux choses, selon saint Augustin, sont capables de toucher l'homme et de faire impression sur son cœur, le devoir et l'intérêt; le devoir, parce qu'il est raisonnable, et l'intérêt, parce qu'il s'aime lui-même. Voilà les deux ressorts qui le font communément agir. Mais il faut, ajoute saint Augustin, que ces deux ressorts soient remués tout à la fois pour avoir dans le cœur de l'homme un plein effet. Car le devoir sans intérêt est faible et languissant, et l'intérêt sans le devoir est bas et honteux. L'un et l'autre , joints ensemble , ont une vertu presque infaillible, et une efficace à laquelle il est comme impossible de résister. J'entreprends aujourd'hui, chrétiens, de vous inspirer une soumission à la providence de Dieu; j'entreprends de vous représenter l'indispensable obligation que nous avons tous de nous attacher à cette providence souveraine, de nous confier en elle, de nous conformer à ses ordres, et d'en faire la règle de notre vie. Or. pour vous y engager, je veux vous faire voir le desordre et le malheur de l'homme, lorsqu'il refuse à Dieu cette sou-
mission : le désordre de l'homme par rapport à son devoir, ei le malheur de l'homme par rapport à son intérêt : son désordre inséparable de son malheur, puisqu'il en est évidemment et infailliblement la source : son malheur inséparable de son désordre, puisque, selon les lois de Dieu, il en est, comme vous verrez, la juste punition. En deux mots, rien de plus criminel que l'homme du siècle qui ne veut pas se soumettre à la Providence; c'est la première partie. Rien de plus malheureux que l'homme du siècle qui ne veut pas se conformer à la conduite de la Providence; c'est la seconde. Mais aussi, par deux cou>é(|uences toutes contraires, rien de plus sage que l'homme chrétien qui prend pour règle de toutes ses actions la foi de la Providence : rien de plus heureux que l'homme chrétien, qui l'ait consister tout son appui dans la foi de la Providence. Deux vérités édifiantes et touchantes qui vont partager ce discours.