‹ Choix de sermonsChapitre 71 sur 79 · XX. — SERMON · texte numérisé non relu

XX. — SERMON

Xitnc judicium est mundi : nunc princeps hujus mundi ejicietur foras : et ego si exaltants fuero a terra, omnia traliam ad meipsum. Hoc aiitem dicebat significans qua morte esset moriturus.

C'est aujourd'hui le jugement du monde; c'est maintenant que le prince du monde va être chassé : et quand on m'aura élevé de la terre . j'attirerai tout ù moi. Ce qu'il disait pour marquer de quel genre de mort il de-

tvait mourir. Saint Jean , chap. 12.

Sire, C'est ainsi que le Sauveur du monde parlait de lui-même, et qu'entretenant ses disciples de ce qui devait lui arriver, il leur déclarait tout à la fois, par un esprit prophétique, trois grands mystères renfermés dans celui de sa passion et de sa mort, le jugement du monde commencé, le prince du monde chassé, le Fils de l'homme, élevé, et attirant à soi tout le monde. De ces trois mystères et de ces trois oracles prononcés par Jésus-Christ, nuis en voyons déjà deux sensiblement accomplis. Le Fils de l'homme élevé, et attirant tout à lui : car quelle vertu la croix, où nous le contemplons en ce saint jour, n'a-t-elle pas eue pour lui attirer les cœurs? De cette croix qui l'a élevé de la terre, combien de sectateurs de sa doctrine, combien d'imitateurs de ses vertus, combien de confesseurs de son nom, combien de martyrs. témoins irréprochables de la vérité de sa religion, combien de disciples zélés pour sa gloire; disons mieux, combien de peuples, combien de royaumes et d'États n'a-t-il pas gagnés et soumis à son Evangile? Et ego si exaltatus fuero a terra , omnia tra-

ham ad meipsum. Le prince du monde chassé : car en vertu de ce mystère de la croix, combien de temples ont été renversés, combien d'idoles brisées, combien de faux sacrifices abolis, combien d'erreurs confondues, combien de superstitions détruites, combien d'infidèles convertis, combien de pécheurs sanctifiés? Tout cela , aux dépens du prince du monde et de ce fort armé que le Fils de Dieu, plus puissant encore et plus fort, est venu combattre, non par la force néanmoins et par la puissance, mais par la faiblesse et par l'infirmité : Nunc princeps hujus mundl ejicietur foras. Il ne reste donc plus que le jugement du monde, et c'est l'important mystère qr.e j'ai choisi pour sujet de ce discours. Jésus-Christ nous assure que ce jugement du monde commencé dans sa passion : Nunc judicium est mu Jidi, • e\ c'est ce que j'entreprends de justifier, après que nous aurons rendu la croix qui fut l'instrument de toutes ces merveilles, les devoirs ordinaires, en lui adressant la prière de l'Église : O cruxl ave. Que celui qui est Dieu, et sans usurpation égal à Dieu, juge le monde et le condamne, c'est l'ordre naturel et inviolable; mais que le monde entreprenne de juger et de condamner un Dieu, c'est le renversement de l'ordre et le comble même de tous les désordres. Il appartient, dit saint Ambroise, au supérieur de juger, et à l'inférieur d'être jugé. Pour juger, il faut avoir l'autorité; et pour être jugé et condamné, il faut être dépendant et criminel. Le monde était le criminel et le sujet, et Jésus-Christ était le juste et le souverain. C'était donc Jésus-Christ qui devait juger le monde, et non pas le monde qui devait juger Jésus-Christ. Cependant, mes chers auditeurs, nous voyons ici l'un et l'autre, et le mystère des souffrances du Sauveur n'est qu'une preuve sensible et convaincante de cette parole que j'ai prise pour mon texte, et qui s'est vérifiée à la lettre dans le double sens que je lui vais donner : Nunc judicium est mundi. C'est aujourd'hui le jugement du monde : pourquoi? parce que c'est aujourd'hui que le Fils de Dieu, par un secret impénétrable de sa sagesse et de sa charité divine, s'est soumis à être jugé et condamné parle monde; et parce que c'est aujourd'hui que le monde, par un retour nécessaire et inévitable, a été malgré lui condamné et jugé par le Fils de Dieu. Deux juges et deux coupables tout à la fois: ou plutôt un coupable érigé en juge, et un juge dégradé jusqu'à I;; condition de coupable : un faux juge, et un vrai coupable qui est le monde; un coupable apparent, et un juge légitime qui est

Jésus-Christ : tous deux prononçant, tous deux décidant, tous deux, par une opposition mutuelle et bien surprenante, se réprouvant. Deux jugements dans la vue desquels je puis m'écrier d'abord avec le prophète royal : Judicia tua abyssus multa (jPs. 35) ; Ah ! Seigneur, que vos jugements sont profonds ! Soit que je considère celui que le monde a porté contre vous, soit que je médite celui que vous avez porté contre le monde, tous deux me paraissent de vastes abîmes : l'un de péchés, l'autre de vertus-, l'un d'horreurs et d'iniquités, l'autre de grâce et de sainteté. Abîme d'iniquités, dans le jugement où je vois le Saint des saints condamné par des pécheurs : abîme de sainteté, dans le jugement où je vois les pécheurs condamnés par les exemples d'un Dieu mourant. En deux mots, chrétiens, Jésus-Christ jugé par le monde , et le monde jugé par Jésus-Christ : c'est tout le sujet de votre attention.

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