ENSEVELISSEMENT DU CHRIST
Tableau de la Galerie de Florence.
Hauteur 2 pieds 6 pouces 1/2 , largeur 3 pieds 9 pouces.
Moins âgé d'une aniiëe seulement que son frère Gentil Bellin , Jean Bellin est considéré avec raison comme le vrai fondateur de TEcole vénitienne, parce qu'il eut pour disciples le Giorgion et Le Titien qui élevèrent cette Ecole au plus haut degré de splendeur. Il mérite aussi des éloges pour avoir libéralement transmis aux artistes qui lui succédèrent le secret de la peinture à Thuile qu'il avait su obtenir par adresse d'Antoine de Messine , le premier des peintres italiens qui en eussent fait usage.
Ses tableaux , comme tous ceitx des maîtres qui peignirent vers les premiers temps de la renaissance de l'art, eurent long-temps de la froideur dans le dessin et de là sécheresse dans lé coloris. Cependant on y apercevoit l'étude exacte de la nature et une certaine harmonie de coiileurs qui indiquaient , dans cet artiste , une disposition évidente à entrer dans la bonne roule , dès que quelques génies plus vastes la lui indiqueroient. Par une circonstance aussi singulière qu'honorable pour Jean Bellin, les deux grands peintres que Ton vient de liommer furent pour lui cés guides éclairés. Déjà parvenu à un âge avancé , il n'hésita point à réformer sa manière d'après les beaux ouvrages qu'il leur vit produire, et les disciples instruisirent le maître. Cette instruction fut même poussée assez loin pour que des tableaux de la dernière manière de Jean
Beîiltl , rappelassent souvent la fierté du coloris ét Tadmlrable clair-obscur du Giorgion^
Ces éloges ne peuvent totalement s'appliquer au ta-= Lleau dont nous donnons le trait , car il n est peint qu en grisaille 5 mais s'il lui manque la magie de la couleur, il est assez recommandable dans plusieurs autres parties de Tari , pour que Ton nliésile pas à le regarder comme un de ceux que Jean Bellin exécuta, lorsque ses idées s'étaient agrandies. Ce peintre, ordinairement peu expressif, a donné ici à ses têteà du caractère et de la vérité. L'état de mort est retracé avec justesse dans la figure du Christ. Les raccourcis ne manquent pas de hardiesse, et Ton ny peut guères désirer qu'un dessin de plus grand goût. La figure de la Vierge an-^ nonce à la fois une héroïque fermeté et une affliction toute maternelle. Saint Jean et une des Maries expriment bien la douleur^ et si les autres têtes semblent un peu portraits , il faut convenir du moins qu'elles sont d'un beau caractère. Saint Pierre , dont on aperçoit le buste au-dessus de la téte du Christ, justifie cette assertion , ainsi que les deux autres vieillards. Lu jeune, femme dont la coiffure a quelque chose de foi E pittoresque, est remarquable par la noblesse et la régularité de ses traits.
Ce tableau est à Fhuile , et il est fini par haehïïres avec beaucoup de §oin. Il fut long- temps placé à Rome dans la galerie Aldobrandini. Le noble vénitien Aloke MocenigoTen retira en 1798 , pour le donner auGra&4 I>ue de Toscane. îl n'a point été gravé*
Morly (//'Ado/vu-.