‹ Choix de tableaux et statues des plus célèbres musées et cabinets étrangersChapitre 111 sur 124 · LA MODESTIE ET LA VANITÉ · texte numérisé non relu

LA MODESTIE ET LA VANITÉ

Tableaux de la Galerie de Lucien ^Bonaparte , peints sur h ois. •

Demi-lîgures de grandeur naturelle.

Léonard tle Vinci est mis, à juste titre, en tête de» arlistes qui , vers la fin du quinzième siècle, opérèrent dans les arts cette heureuse révolution qui fit désigner cette époque par le nom de la Renaissance. Ce génie extraordinaire posséda presque toutes les connoissances humaines. Il inventa une foule de machines propres à la guerre ou utiles dans la paix , agissant sur la terre , dans les airs et au sein des eaux j il sut arrêter et diriger le cours des fleuves ^ ne méconnut aucune des sciences physiques et mathématiques; excella dans la musique, la peinture, la sculpture etTanatomie 5 enfin , fut un véritable Protogène. Le Verrocchio, qui exercoit avec distinction tous les arts libéraux , en montra les élémens à Léonard* mais l'élève , après un petit nombre de leçons , ayant surpassé son maître , cessa de prendre ses conseils, et ne consulta plus que la nature.

Lorsqu"'on voit Léonard de Vinci reculer les bornes de la plupart de§ sciences connues de son temps , et faire en physique comme en mécanique des découvertes d'une haute importance, on regrette qu'un génie aussi vaste et aussi profond, qui joiguoit à un©

grande justesse d'esprit rimagination la plus active ^ n'ait pas porté toutes ses facultés vers ua même objet. A quel degré de perfection n'eût-il pas porté la peinture j lui qui laissa bien loin en arrière les artistes qui le précédèrent , si tous les insians de sa vie , longue et laborieuse, lui eussent été consacrés ! Malbeureusemeat Léonard ne sut pas se fixer ^ il s'occupa tour à tour de travaux plus ou moins étrangers aux beaux arts. La pénétration de son esprit qui lui laissolt toujours entrevoir un mieux qu'il ne pouvoit atteindre , puisque à mesure qu'il avancoit dans la science , le but vers lequel il tendoit sembloit s'éloigner ; le temps considérable qu'il employoit à rechercber les moyens qui dévoient le conduire à cette perfection imaginaire j énfinle soin infini avec lequel il lerminoit ses tableaux , furent autant de causes qui, avec celle de son inconstance et de son peu de fixité dans ses occupations^ îènipêcbèrent de produire un nombre douvrage^s proportionné à ceux que sa longue carrière Ini permettoit de laisser à la posîériié.

Comme jpresque tous îes peintres , Léonard eut trois manières différentes. Pour type de la première nous citerons un enfant coucbé dans un berceau que Ton voit à Bologne. Ce tableau est peint avec une extrême patience, la lumière y est prodiguée, Léonard ne songeoil pns encore à celte économie savante qui fut par la suite une des bases de sa meilleure manière. La Tierge au rocber , du Musée du Lottvre , dont A. Desnoyers a fait, il y a quelques années, une trèsbelle gravure , peut être citée comme modèle de sa seconde manière : les ombres en sont extrêmement fortes et peu transparentes (le temps a encore aggravé ce

défaut); la figure ctii petit saint Jean porte principalement rempreinlé de cètté Seconde manière. Enfin, la charmante Hérodiade de !a triljune de Florence nous fournira lexemple de la troisième. Les demi-teintes dont ce tableau se compose presque en entier, offrent Im aspect plus tranquille , une harmonie plus tendre. Par une économie de lumière sagement combinée avec des ombres moins prononcées que dans la seconde iiianière , Léonard a donné à ce tableau le plus grand relief possible,

La tête de la Madeleine ; que possède Lucien Bonaparte , et dont nous donnons le trait , nous parolt être la même qiie Richardson vit à Florence 5 du moins son jugement sur cette demi figure , qu'il trouva fort belle et moins dure qu'aucune de celles qu'il avoit vues de ce maître, convient au tableau qui nous occupe , et quon peut considérer comme appartenant à la troisième manière de Léonard.

Il en existe une fort belle gravure que nous croyons exécutée par Longhi artiste du plus grand talent.

Quant au tableau de la Modestie et la Vanité que Vasari a vu dans le palais Barberini à Rome , et dont îl se plaît à reconnoîlre le mérite, il est au-dessus de tout éloge. On y voit Léonard , après avoir atteint toutes les parties matérielles de son art, arriver au sublime , et chercher a rendre les mouvemens de Tàme. Ici , comme dans ses autres tableaux , son pinceau est extrêmement soigné. Les lois de la perspective , ainsi que la théorie de la lumière et des ombres, y sont si bien observés , que , de loin , cette peinture a toutes les apparences du relief, et que , lorsqu'on s'en approche, on ne voit ni touche ni teintes isolées, mais des nuances

Cl (les passages dont on n'aperçoit point les traces. Enfin , ce tableau est d'une telle perfection, qu à Rome il est reconnu qu'aucun peintre n'a pu encore réussir à en faire une copie passable. On ne sait ce qu'on y doit le plus admirer, ou de la justesse de Texpresslon, ou de la simplicité des moyens employés pour rendre deux sentimens aussi opposés que la Modestie et la Yanité.

Ce tableau a été gravé par Volpato ; mais il y a des différences sensibles entre son estampe et la peinture. Le corps de la figure qui représente la Yanité y est plus de profil , ses deux mains sont élevées : l'une tient une fleur , Fautre est telle que uous la représentons dans notre esquisse. Le vase sur lequel elle pose , ici, une de ses mains, est, dans son estampe, plus vers la droite du spectateur. Sa forme est différente. La figure de la Modestie offre aussi quelques cbangemens» Le dessin qui nous a servi ayant été fait d'après la gravure au trait et àTeau-forle, publiée à Londres lorsque le tableau y étoit, nous croyons pouvoir répondre de son exactitude.

La figure de la Yanité a été gravée séparément par Blot^ avec un talent très-remarquable. Sa gravure diffère de lestampe de Yolpato en ce que la Yanité y est représentée la tête et les épaules couvertes d'un voile transparent et richement orné.

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