LA YIERGE ENTOURÉE D ANGES
Tableau de la Collection du B.oi d'Espagne , peint sur toile.
Figures de grandeur naturelle.
Yoici un de ces sujets mystiques souvent répétés par les peintres des pays catholiques : toutefois, le sujet une fois admis , on n'y trouve rien qui ijlesse la raison , ou les coiivenaaces. On peut même dire qu'il y a dans dans ces tableaux un attrait réel et plus d'une idée poétique. Ils ont reçu diverses dénominations qui paraissent également leur convenir. En efïët, ils représentent à-la-fois le triomphe de la Yierge , ses vertus qui la tirent choisir pour être la mère d'un Dieu devenu homme , sa domination sur Funivers chrétien , figuré symboliquement par le globe sur lequel ses pieds son posés , et enfin sa suprématie sur les Anges , dont plusieurs sont ici près d'elle dans des attitudes d'amour et de respect.
Sous le rapport de Tart, ce sujet étoit vraiment heureux. Il permet/ ait au peintre d'exprimer sur le visage de Marie une piété touchante , et de s'élever jusqu'au sentiment exquis de la beauté. Murillo a dignement saisi les données princijDales de cette composition : rien de plus naïf et en même temps de plus élégant que l'attitude qu'il a donnée à la mère de Jésus. Les grands coloristes, tels que lui; savent toujours tirer un parti
très-avan>ageux de ces fonds brillans que Ton appelle des gl<)ircs y et qui, offrant au centre du tableau un foyçl' de lumière, attirent doucement les yeux des spéctateurs.
Murillo n'avoit pas moins de 56 ans , lorsqu'il fit ce tableau, à îa demande du chanoine Don Justin Neve , son ami ^ mais, comme cet artiste avoit adopté depuis long-temps des principes solides, et qu'il ne travaiiloit point au hasard , il fut du nombre de ceux dont les productions exécutées dans un âge avancé annoncent la maturité du jugement , sans aucune trace de décadence. Ce tableau justement célèbre en Espagne , oii il a servi de type à la plupart des sujets dits de la Parissijna qu'on y rencontre dans presque toutes les maisons, peut soutenir la comparaison avec les plus précieux ouvrages de TEcole Lombarde», si fameuse pour la manière large et ferme dont elle a su traiter en grand les sujets de dévotion. Les parties principales de Fart y sont portées à un très-haut degré de perfection: la téte de la Yierge est d'une beauté si parfaite qu'aucun peintre, pas même le célèbre Alonza Cano , n'ont pu en faire une copie qui donnât une idée de la perfection de l'original. Enfin tout ce qui tient à la couleur et à Tentenle du clair obscur y est merveilleux ; de tous les tableaux de Murillo aucun ne lui mérita mieux que celui-ci les honora])les noms de Titien Espagnol et de prince de FEcole de Séviîle.
Ce tableau n'a point été gravé.
SAINT FRANÇOIS DESCEND JÉSUS-CBRiSï DE LA CROIX.
Tableau du l'Eglise des Capucins de Séville, Figures de grandeur naturelle.
Ce fut vers la fin de sa carrière que Murillo exécuta les seize tableaux qui transformèrent en un véritable Musée le couvent des Capucins de Séville , et immortalisèrent leur auteur. Si celui que nons publions n'est pas, par le nombre de figures, le plus capital de cette suite 5 il en est du moins le plus étonnant , sous le rapport de Texpression et de Teffet général • car on ne saurait porter à un plus baut degré la finesse, Tbarmonîe des teintes , et le merveilleux du pinceau , qu'il ne Ta fait dans ce cbarmant tableau. Quant au clioix du sujet, il n'est personne qui ne soit frappé de sa bizarrerie et ne sourie de Tanacbronisme que présente la réunion des deux figures principales. La seule excuse en faveur de Fartiste est qu'il lui a été désigné par des moines dont la principale idéi^ éloit, sans doute, dlionorer le fondateur de leur ordre , ou de retracer la vision de quelqu'un de leurs frères. Murillo du moins a su racbeter ce vice radical par des beautés du premier ordre, et rendre ce tableau l'un des principaux titres à sa célébrité.
Les ouvrages de Murillo sont très-nombreux en Espagne, et ils s'y soutiennent à très-haut prix. La plupart appartiennent à des corporations religieuses. Leiâ
plus remarquables se voient an Palais du Roi à Madrid 3, a TEscurial , à Séville dans le cloître Saint-François de l'Observance et dans celai des Capucins , à THopital de la Charité , à la Calliédrale , chez le marquis de San- Yago , et à l'Hospice des Vénérables ou se voit son célèbre tableau de la conception de la Vierge.
Son tableau de Saint François n a point encore été gravé.
LE mISI'LgE.
Tableau de la Galerie du comte de Stqfford à Londres > peint sur toile*
Hauteur 3 pieds 8 pouces , largeur 5 pieds 5 pouces* '
Aa milieu d'une salle richement ornée de colonnes, de pilastres , et de guirlandes de fleurs , Poussin a représenté le sacrement du Mariage , par Tunlon de la Vierge et de Saint Josepli. Un vieillard assis qu'on peut supposer être le grand prêtre Zacharie , malgré que ce soit ordinairement cliez les Juifs le père du fiancé ou delà fiancée qui unisse les époux, présente la main de la Yierge à Saint Joseph. Celui-ci, à genoux ainsi que laTierge , lui passe au doigt Fanneau nuptial j il tient d'une main la verge fleurie que les peintres lui donnent ordinairement par allusion à une ridicule tradition légendaire qui vent que , de tous les prétendans de Marie , Saint Joseph fût le seul dont le bâton fleurît subitement. Les deux époux sont couronnés de fleurs. Le vêtement de Saint Joseph est d'un jaune changeant. La mante de la Yierge est bleue. Derrière le grand prêtre un jeune homme habillé de violet porte un vase et une éguère. Enfin de nombreux spectateurs, hommes , femmes , filles et enfans, parmi lesquels on distingue , derrière Marie , Saint Joachim et Sainte Anne , assistent à cette auguste cérémonie, qui excite chez tous , selon leur sexe et leur àg-e , des sentimens divers.
Ce tableau , le dernier des sept Sacremeus que le
Poussin peignît pour M. de Cliantelon , fut envoyé â cet amateur en 1648. Nous n'affirmerons pas , comme plusieurs auteurs ont osé le faire , que ce soit la difficulté de traiter ce sujet, souvent représenté par les peintres , qui ait empêché le Poussin de s'en occuper plus tôt. On peut juger par la vue de l'esquisse jointe a cet article que lartlste philosophe n'est point ici inférieur à lui-même, et que ceux qui ont prétendu que son tahleau étoit une nouvelle preuve que rien au monde n'étoit plus difficile à faire qu'un bon mariage , même en peinture , ont eu plutôt envie de faire une plaisanterie que de porter un jugement solide. Le Poussin, dont tous les tableaux sont des modèles à suivre pour l'exactitude des costumes et des usages des peuples qu'il a mis en scène , s'est écarté ici de la vérité historique. Il a vêtu ses personnages à la romaine sans faire attention que le peuple de Dieu faisoit chez les Eomains une caste particulière qui conservoitles usages et les costumes de ses pères. Afin de mettre le lecteur à portée de juger de Timportance des critiques qu'on est en droit de lui faire , nous allons donner quelques détails sur le costume des anciens Juifs et sur les cérémonies qu'ils observent de temps immémorial à la célébration de leurs mariages , cérémonies qui furent sans doute les mêmes à Fépoque de l'union de la Tierge et de Saint Joseph , puisqu il est reconnu que ce peuple, religieux observateur des coutumes de ses pères , n'a presque rien changé à ses anciens usages.
Les Juifs laissoient croître leur barbe (i) , et se ra-
(1) On tioave dans le Lévilique , ch. 19 , une défense expresse aux Juifs de laser leur barbe.
soient les cheveux. Absalon , à qui sa belle chevelure fut sî funesle , de même que les jeunes gens d'une trèsbelle taille, vêtus de pourpre tjrienne , armés de carquois , et portant de longs cheveux, semés d'une poudre d'or dont parle Joseplie , lorsqu'il rend compte des forces de Salomon , de ses cheveux , de ses charrîots , etc. , ne démentent pas cette assertion, ils prouvent seulement que les hommes efféminés ou corrompus laîssoient croître leurs chevaux. Ceux du grand prêtre étoient coupés tous les vendredis : les simples prêtres se les coupoient tous les mois. Saint Paul , écrivant aux Corinthiens , dit qu'il est contre nature qu'un homme laisse croître ses cheveux. Par cette raison les Juifs avoient continuellement la tête couverte ; c'étoit chez eux un signe de tristesse de se découvrir , du moins Moïse défend aux prêtres de donner ce signe d'affliction. Le bonnet des prêtres étoit une espèce de toque assez semblable an turban, il étoit de toile blanche , et couvroit toute la tête. Jamais les Juifs ne se montroient tête nue en public ni même dans le temple, aujourd'hui encore ils croiroient manquer de respect à la divinité s'ils lui adressoient leurs vœux ayant la tête découverte.
On s'accorde assez généralement à croire que l'habillement des Juifs étoit composé de quatre parties : la chemise ou tunique, la robe , le manteau et la ceinture. La tnnique étoit communément sans couture. T>a robe se metloit sur la tunique , elle avoit de courtes manches et descendait jusques sur les talons. IjCS plis qu'elle formait autour du corps étoient arrêtés par une vaste et longue ceinture qui se nouoit par devant et servoit , à-la-fois de bourse et soutenoit les armes
blanches qui étoient la seule défense de ce peuple. Du temps de Moïse on pendoit encore à cette ceinture xine petite pioche (i) et des balances pour peser Fargent non monnoyé , qui servait au commerce (2) j le manteau de dessus étoit carré , et Ton pense que les Juifs le portaient en lozange.Un des angles descendait jusque sur les talons; Taulre étoit replié et retomboit en pointe au milieu du dos 5 les deux autres, qui servoient à envelopper les bras, s'agraflPoient au milieu de la poitrine ou se je toi eut sur les épaules. Ces manteaux avoient aux quatre coins des franges, ou bandes, ou cordon, couleur hyacinthe (5). A l'époque du mariage de Saint Joseph les Juifs portoient encore des franges à leurs manteaux , puisque Jésus reprocha aux Pharisiens d'en porter, pour se distinguer, de plus longues que les autres Juifs. Le taleb dont les Juifs se servent aujourd'hui dans les synagogues n'est qu'un diminutif du manteau de leurs aïeux. Les Juifs avoient leurs habits de fête et leurs habits de cérémonie. Josephc rapporte que lorsque Agrippa vint]à Jérusalem, .tous^les Juifs furent au-devant de lui avec leurs habits de cérémonie. Des habits déchirés étoient pour eux des habits de deuil; alors, suivant le même historien, ils quittoient leur bonnet et leur ceinture ^ se meltoient des cendres sur la tête et se couvroient d'un ajustement semblable à un sac auquel on auroit fait vers le fond une ouverture pour passer la tête. Les prêtres ne por-.
(1) Pour le singulier usage de cette pioche , voyez le Deutéro- Tiome ^cb. 23, vers, i3.
(2) Deutérouome , ch. 26 , vers i3.
(3) Nombres, ch. i5 , vers. 58. Deule'ronome , ch. :î2, vers. 12,
tolent point le deuil ; leur liabit étolt blanc et Je lin ; leur ceinture violette , nouée par devant , pendoit jusqu'à terre 5 les sacrificateurs niettoient sur cet babit un mnnteau de diverses couleurs qu'ils attachoient sur les épaules , qui tombai i jusqu'à terre , et auquel on donnoit le nom de slole. Lorsqu'ils nVtoient pas en exercice, ils étoient habillés comme les autres Juifs ; mais lorsqu'ils alloient au temple , par la ville , ou en voyage , ils dévoient être revêtus de leurs liabits sacerdotaux. C'est ce que Ton peut conjecturer de ces paroles de J. C. : « Un bon serviteur doit toujours être muni de sa ceinture et prêt à obéir ». Ijorsque l'Ange vint délivrer Saint Pierre de sa prison , il lui dit : Prenez votre ceinture et vos sandales , prenez votre manteau et me suivez (i). Il n'y a rien de certain sur la chaussure des Juifs au temps de Moïse ; ses Apôtres eurent des souliers et des sandales , Saint Pierre porfoit des sandales, et Saint Marc (ch. 6.) nous apprend que J. C. vouloit que ses disciples fussent ainsi chaussés. D'un autre côté , Saint Jean-Baptiste, en disant qu'il n'étoit pas digne de dénouer les cordons des souliers de celui qui venoit après lui , nous apprend positivement que les Juifs nouoient leurs souliers avec des cordons. Les souliers du grand prêtre étoient couleur de pourpre. Quant à la matière dont ces chaussures étoient faiteîî, on pourroit croire , d'après le Deutéronome , ch. 35, vers. 25, et les bottines de cuivre de Goliath, qu'on y employoit indifféremment le fer et le cuivre, à l'époque oii vivoit Saint Joseph l'usage du cuir avoit remplacé celui des métaux. On rapporte que, pendant le siège de Jérusalem par Titus , les Juifs man-
(1) Actes des Apôtres , ch. 12.
i^^èrent jusqu'au cuir des souliers. Ils se faisoienl aussi des chaussures avec du papyrus, de la soie, du jong, du lin.
L'usage des Hébreux de couvrir de nattes et de tapis le pianclier de leurs appartemens a fait croire que dans leur intérieur ils ne portoient point de chaussures, et que ce soin qu'on leur connoît de se tenir les pieds bien nets vient de celte coutume.
Le costume des femmes Juives difléroit peu de celui des hommes, du moins on n'a rien de positif sur la forme de leurs vétemens, auxquels TEcriture donne les mêmes noms qu'à ceux des hommes. Cependant on sait qu'elles laissoient croître leurs cheveux, et qu'elles en prenoient le plus grand soin. Cette parure naturelle avoit un tel prix à leurs yeux , que lorsque l'une d'elles avoit manqué aux lois de Thonneur , on lui rasoit la tête. On croit assez généralement que les filles Juives laissoient flotter leurs cheveux sur leurs épaules, et que les femmes, au contraire, les tenoient relevés par le moyen d'une mitre, élevée en pointe, à laquelle elles adaptoient un voile , symbole de leur engagement. Du temps de Saint Paul les femmes Juives ne se montroient encore en public que le visage couvert de leur voile. Il est souvent fait mention dans l'Écriture des mitres éclatantes des femmes. Il paroît que les courtisannes les faisoient peindre et les enrichissoient de perles et de pierreries. On voit par les présens qu'Eliézer offrit à Rebecca , qu'au temps de Moïse ces femmes portoient des pendans d'oreille , des nezem , pendans de nez , des bracelets et autres bijoux. Lorsque le prophète Isaïe (i) attaque le luxe et parle des bijoux
(i) Chap. 3.
dont elles se parent, il en est un qni doit noas arrêter un instant : c'est Vanneau d'or ou espèce de jarretières que les Juives se mettaient aux jambes, parce que ce bijou semble prouver que les robes longnes , fermées , trainantes et retenues vers le milieu du corps par une ceinture , que les artistes donnent ordinairement aux femmes de cette nation, ne sont pas celles qu'elles portoient réellement ; car il n'est pas présumable qu un ornement blàuié par le Prophète fut caché sous de longs vétemens. On peut donc conjecturer que ces robes des femmes étoient ou courtes ou ouvertes par devant, et que les femmes portoient de larges caleçons qui se fixoient au-dessus de la cbe ville du pied par des anneaux dont la richesse varioit suivant Topulence de la personne qui s'en paroit.
Quant à la forme du reste de leur ajustement, il est, comme nous Tavons dit , fort incertain. Toutefois il paroît constant que Tespèee de manteau qu'elles portoient pardessus leur tunique étolt fort ample , et, quen retendant, une femme pouvoit s'en couvrir toute entière. Il n'y avoit que les personnes distinguées par leur rang ou leurs fonctions qui eussent le droit de porter des étoffes de diverses couleurs. Si, dans la suite, ce luxe gagna les riches et les courtisans , il ne fut pas commun parmi le peuple Juif. Nous terminerons nos observations sur le costume des femmes Juives par faire remarquer que c'est contre la vraisemblance que les peintres leur donne quelquefois des sandales comme aux hommes , ou les représentent pieds nuds. Dans tous les pays, les femmes portent et ont dû porter, dans tous les temps, des chaussures plus élégantes, plus légères et plus riches que celles des hommes. On doit donc
ênpposer que le sexe porlolt des espèces debrodequlné^ à-peu-près de la forme de ceux en usage aujourd'hui chez les femmes de FAsIe , ou que les tachas dont parle rÉcrilure, étoient une chaussure qui couvroit entièrement le pied et venoit se joindre et s'attacher avec le caleçon dont nous avons parlé.
Après avoir fait connoîlre ce qu'il y a de plus intéressant dans nos recherches sur rhahillement des Juifs , il nous reste à décrire les principales formalités observées dans leurs mariages.
Le mariage , chez les Juifs , est un acte purement civil, un simple contrat fondé sur le consentement des parties, et que Ton pouvoit anéantir en plusieurs cas énoncés dans la loi de Moïse. Ainsi il faut écarter toute idée de prêtre, de sacrement, de temple 3 le père de la fille ou du garçon est communément le ministre du mariage. On sait que ce fui le père de Sara qui la maria à Tobie. L'Écriture rapporte qu'il prit la main de sa fille, et , la mettant dans celle du jeune homme , il dit : Que le Dieu d'Abraham , que le Dieu d Isaac, et le Dieu de Jacob soit avec vous, qu'il vous unisse , et vous comble de ses bénédictions. Les Juifs ayant perdu beaucoup de leur simplicité primitive , nous allons examiner avec quelques détails les changemens qui sont survenus depuis et qui se rattachent plus particulièrement au tableau du Poussin.
Les deux époux se placent sous un dais porté par les jeunes gens de la noce. Le mari arrive le premier f des femmes amènent ensuite l'épouse, qui tourne trois fois autour de son mari , et se place à sa droite. On les couronne alors tous deux ( Cantique des Cantiques , cb, 3, et Isaïe, ch. 61 ). Cet usage existoit du temps de
là Vierge. 11 est dit dans ^isnack qu'il fat aÎDoli poUr rhomme sous Vespasien , et pour la femme, lorsque ïilus assiégea Jérusalem. La couronne de l'époux étoit composée de sel transparent comme le crisial , et de soufre sur lequel on traçoit diverses figures. Ou en faisoit aussi d'or , de myrtlie , d'olivier , elc. Celle de l'épouse étoit le plus souvenî d'or et faite en forme de tour. ( Voyez Basnage , histoire des Juifs, tome 6^ ). On croit assez généralement que du temps de J. C. les habits des époux et de tous ceux qui assisloientà la cérémonie étoient blancs , et que ce vêtement se nommait la robe nuptiale. Aujourd hui Tépouse peut être richement vêtue , sans affectation pour aucune couleur , excepté pour le voile qui doit être noir. Revenons à la cérémonie du mariage.
Lorsque les deux époux sont Tun à coté de l'autre , debout et non à genoux, comme les peintres les ont presque toujours représentés , on étend sur leur tête un taleb. Ce taleb est un morceau d'élofTo terminé par quatre houpes, ayant à-peu-près la forme du manteau des Juifs que nous avons décrit , et qu'il est sans doute destiné à rappeler , en mémoire d'un usage fort ancien qui vouloit que le mari étendit sou manteau sur la femme qu'il prenoit en mariage. On se rappelle que Rulh désirant épouser Booz , le coujuroit d'étendre sur elle sou manteau. Après cette cérémonie on apporte un vase rempli de vin. Lorsque les deux époux l'ont bu , le mari met au doigt de sa future l'anneau nuptial. Cet anneau doit toujours être mis en présence de deux témoins. Plusieurs auteurs prétendent que, du temps de laVierge, le don de l'anneau n'étoit point connu , que le mari donnoit à sa prétendue une pièce de monnoie d'or j peutêtre donnoit-ii Tun et l'autre. On procède ensuite à la
lecture de récril dressé lors des fiançailles : pendant ce temps , on jeite sur les deux époux des poignées de blé et d'orge , en leur disant croissez et multipliez. Autrefois on leur présentoit une corbeille pleiue de terre dans laquelle on avoit fait germer de Forge. Cette cérémonie terminée , on apporte une seconde fois du vin dans un vase neuf dont l'ouverture est, dit-on, plus ou moins large , selon que c'est un fille ou une veuve qui se marie. Les époux boivent une partie du vin et répandent le reste. Le mari jette ensuite le vase à terre devant lui et le met en morceaux. Ainsi se termine la cérémonie.
Les usages actuels des Juifs étant peu différens de ceux de leurs pères , pour lesquels ils eurent dans tous les temps une grande vénération , nous pensons que les peintres donneront une meilleure preuve de leur jugement en les adoptant dans la représentation du mariage de la Vierge et de Saint Joseph , qu'en suivant ceux qui se pratiquent aujourd'hui dans nos églises. Dans tous les cas, ils doivent s'abstenir de la représentation de la verge fleurie de saint Joseph , et des verges stériles des prétendans à la main de Marie j car, si ce signe est celui delà virginité, il n'appartient point à Saint-Joseph qui étoil veuf et avoit des enfaus lorsqu'il épousa la Vierge (i) , et il devient injurieux pour les jeunes gens que plusieurs peintres célèbres ont fait assister à cette cérémonie (2).
Le tableau du sacrement de Mariage a été gravé par B. Audran, J, Pesne , Dughet ; Et, Ganlrel , etc.
(1) Suivant le dire de S. Epiphancs , de S. Hippolyte de Thèbes , de S. Niceplion , et de S. Grégoire de Tours. S. Jérôme et Pierre d'Amiens sont d'un avis contraire.
(2) Raphaël , dans un tableau de la galerie de Milan , que nous avons fait graver , a repre'senté un des assistans rompant sa baguette de dépit de ce qu'elle avoit trompé son attente.