RÉSURRECTION DU LAZARE
Tableau de la Collection de M. J". X Angersiein^ à Londres , sur bois.
Hauteur ii pieds lo pouces , largeur 9 pieds.
On attribue la composition de ce chef-d'ccnvre à la jalousie qu^inspiroit au grand Michel- Ange la réputation déjà colossale de Raphaël. Ce dessinateur sublime sentoit intérieurement ce qui lui manquoit pour combattre son rival avec avantage , et cet obstacle ne faisoit qu'irriter en lui le désir de briser la couronne que Rome entière décernoit à Tenvi , au peintre , jeune encore , qui menaçoit d'enlever à Florence la suprématie dont elle jouissoit dans la peinture. Il appela donc à son aide Sebastien delPiombo, qui , nourri dans Técoledes Rellin, et perfectionné par le Giorgione , avoit en partage cette science du coloris qui distingue les peintres de Yenise. Le tableau de la Résurrection du Lazare , commandé à Sebastien pour servir de pendant à la fameuse Transfiguration de Raphaël, fut nn des résultats de cette association singulière , surtout de la p«irt d'un maître superbe , dont Torgueil lui avoit fait jusque là regarder d'un œil de dédain quiconque s'occupoit de la peiuture à Thuile.
Si Raphaël, qui se félicitoit de ce que Mlcbcl-Ange lui sauvoit la honte de se mesurer avec Sebastien , est parvenu à éclipser son redoutable antagoniste par Toeuvre le plus parfait qui soit sorti de la main des hommes, le vénitien , par son tableau du Lazare , a montré
qu'il etoît ttîgne d^an tel concurrent^ et cet oeuvre attés^ tera à la postérité la plus reculée ses titres à la plus haute célébrité. On nous dira peut-être que le gran-* diose de cette production et les beautés du dessin des parties principales sont l'oeuvre de Michel-Ange, cela est vrai j mais ce qui tient à Texéculion des détails, à Tagencement dés draperies, à la manière savante avec laquelle elles sont distribuées 5 mais léclat et la science du coloris ; mais Veflet pittoresque du tableau , tout cela est bien évidemmeat Touvrage de Sebastien dei Plombo, et il falloit élre nécessairement ua grand peintre pour conserver avec autant de respect Toeuvredu Créateur, et arriver à rembellir encore par de nouvelles beautés.
D'après le récit de Vasari , on ne peut douter que ce tableau n'ait été placé à Narbonne par ordre du cardinal Jules de Médicls , cousin de Léon X. Le duc X Otléai]LS ^ régent, en amateur éclairé des arts, profita de ce que ce tableau étoit en France pour en devenir possesseur ( on sait que celui de la Transfiguration , destiné primitivement pour François I.f"^, ne put sortir des états Romains ) 5 mais il fallut qu'un arrêt du parlement autorisât les Cordeliers de Narbonne à s'en défaire : il Tobtint à la condition de rebàilr la pluij grande partie du couvetit de ces religieux, qui tomboit en ruine. En 1791 , il fut vendu à Londres, avec tous ceux qui composoient la galerie dite du Palais-RoyaL M. Angerstein le paya 87,600 francs. Il n'avoit été estimé primitivement que 56, 000 francs par les vendeurs. ' Ce tableau n'a point été gravé avec le talent que réclame son mérite. La gravure , exécutée par R, de Launay j pour la galerie du Palais-Royal ^ est loin d'être une bonne traduction du tableau.