‹ Choix de tableaux et statues des plus célèbres musées et cabinets étrangersChapitre 2 sur 124 · LA DANSE DES AMOURS · texte numérisé non relu

LA DANSE DES AMOURS

Tableau de la galerie de Milan , peint sur cuiure.

Hauteur a pieds g pouces , largeur 3 pieds 6 pouces.

La composition de ce précieux tableau annonce une imagination aussi féconde que poétique ; et dans le genre gracieux il est incomparable. On a nommé FAlbane TAnacréon de la peinture : la pensée qu'il a exprimée ici , avec les couleurs les plus riantes , est vraiment anacréontique. Le poëte grec se fit un nom immortel par de petites odes • l'Albane acquit une réputation brillante par de petits tableaux. L'un clianta \ énus , les Amours et la Beauté ^ l'autre se plut à peindre les êtres les plus aimables. La nature l'avoit formé pour ce genre de travaux ) la lecture des poètes l'y disposa , les circonstances de sa vie achevèrent de l'y rendre habile.

Ce tableau, comme ceux qui jouissent d'une certaine renommée , est connu sous un nom particulier : on l'appelle les Enfans de V Alhane : peut-être mérite roit-il mieux encore le nom de la Victoire de V Ainouret de Kénus , ou celui de la Danse des Amours , que nous lui donnons ici.

Le peintre paroît avoir pris son sujet dans le cinquième livre des Métamorphoses d'Ovide, où ce poëte raconte que Vénus aperçut du haut du mont Erix , qui lui étoit consacré , Pluton errant dans les plaines de Sicile. La déesse embrassa tendrement sou fils y et lui reprocha de n'civoir

jjas encore fait sentir au souyerain tles enfers le pouvoir de ses flèches redoutables. Elle ajouta qu'il étoit honteux pour elle et pour lui-même , qu'outre Minerve et Diane , Proserpine encore ne fût pas soumise aux amoureuses lois.

L'Amour , empressé de se conformer aux désirs de sa mère , décocha aussitôt à Pluton le trait fatal. Ce dieu ne put résister à la puissance de celui qui avoit soumis Jupiter même ; enflammé d'une passion aussi impétueuse que soudaine, il enleva Prosei^pine occupée, avec quelques nymphes, à cueillir des fleurs sur les rives du Pergus ( aujourd'hui le lac Gordien ).

L'Alhane a représenté l'Amour qui , fier de son triomphe sur le ravisseur de Proserpine , donne à Vénus un doux baiser. Les charmans frères du jeune dieu forment autour d'un arlire une danse joyeuse , et célèbrent sa victoire sur le terrible monarque des sombres bords. D'autres petits Amours , groupés avec grâce dans les branches de l'arbre , animent la danse par le son de leurs instrumens ; une ISfymphe nue essaie d'arrêter le char du ravisseur de Proserpine*, son expression , sa douleur , la font reconnoître pour la belle Cyane, dont parle Ovide ; elle semble^^ proférer ces paroles du poëte :

« Nec longiîis ihîtis ))

(c Non potes invitœ Cereris gêner esse , roganda « Non rapienda fait »

u Vous n'irez pas plus loin Vous ne pouvez devenir

,» le gendre de Cérès malgré cette déesse; il fcdloit lui demander sa fille et non la lui ravir, » Les figures d« Vénus et de l'Amour sont doucemeut

solîlenues par un nuage; leur grâce, leur légèreté font un effet charmant au milieu cVun ciel pur et serein. Il eût été impossible de peindre un paysage plus délicieux y ni d'un eîfet plus vrai. Les petits Amours sont d'un coloris suave; ils forment, avec le reste de la composition , un ensemble très -harmonieux, et l'on dîroit que ce charmant tableau est dû au pinceau divin du Corrège.

Il provient de la galerie Sampieri , de Bologne. Le professeur Rosaspinale grava il y a quelques années en Italie. Son estampe , peu estimée , a un tiers de moins de grandeur que l'original.

La Galerie de Dresde possède une répétition de ce charmant tableau où l'Albane a fait plusieurs changemens remarquables dans le paysage et les accessoires. Le groupe des huit Amours qui dansent , les figures de Vénus et de son fils , placées sur un nuage \ le char de Pluton, enlevant Proserpine, ainsi que la nymphe nue qui essaie de l'arrêter , sont parfaitement semblables dans les deux tableaux \ mais dans celui-ci , l'arbre qui occupe le milieu , est remplacé par un piédestal triangulaire , sur lequel Cupidon est élevé et soutenu par deux de ses frères, appuy és eux-mêmes sur un globe qui fait allusion au pouvoir universel du fils de Vénus ; et , sur un nuage placé vis-à-vis de. celui qui porte la déesse , trois jolis Amours animent cette fête par le jeu de divers instrumens. L'Albane a aussi introduit dans le lointain de ce dernier tableau quelques figures qu'on ne retrouve pas dans celui de Milan.

Le tableau de la Danse des Amours , ou pour mieux dire , du Triomphe de V Amour ^ qui se voit dans la galerie royale de Dresde , réunit à un haut degré les différentes beautés qui distinguent le talent de l'Alliane j mais nous «levons dire cependant, que sous îç rapport de la dispo-

sition pittoresque et de rexécution , il est inférieur à Fautre. Il est peintsur cuivre comme celui de Milan. Ses dimensions sont à peu près les mêmes , 3 pieds 6 pouces de large sur 2 pieds 7 pouces de haut. Il est de forme carrée , et n'a point été gravé.

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