‹ Choix de tableaux et statues des plus célèbres musées et cabinets étrangersChapitre 25 sur 124 · ABRAHAM REÇOIT CHEZ LUI TROIS ANGES · texte numérisé non relu

ABRAHAM REÇOIT CHEZ LUI TROIS ANGES

Tableau de la galerie de Lucien Bonaparte .figures demi-nature.

C'est dans ce tableau surtout que Ton peut remarque!^ le désir qu'avoit Gérard de Lairesse de parvenir au grand style. Attitudes d'une simplicité qui luutefois n'est pas exempte de rechemlip , ac!<îeijSoires riches et variés, il n'a rien épargné pour se montrer digne émule des grands maîtres dans le genre héroïque j mais il n'a pas été dirigé dans cette noble émulation , par ce jugement exquis y cette netteté d'idées qui seules peuvent assurer aux ouvrages de l'esprit, dans quelque genre que ce soit, un succès durable.

Puisque Texamen des fautes est souvent aussi utile que celui des beautés , portons sur cette composition l'oeil de la critique. Le premier défaut , le défaut le plus frappant est, sans contredit, que le sujet ne se devine pas au premier aspect. On voit bien , lorsque ce sujet est indiqué ^ qu'un serviteur d'Abraham s'occupe à délier la chaussure d'un des trois hôtes divins du Patriarche, afin de lui laver les pieds , selon un usage nécessaire et conservé de nos jours encore en Orient ; les deux autres Anges ne semblent être avec raison que des figures accessoires, des espèces de ministres du premier ; car le texte hébreu fait nettement entendre que celui-ci étoit Dieu lui-même: mais pourquoi Abraham, placé sur le troisième plan, n'a-t-il l'air que d'une espèce d'intendant ou de chef d'esclaves, parlant à «on maître

qui ne paroît même pas l'écouter? On cherche long-temps le sujet de ce tal)leau, et l'on forme diverses conjectures relatives à des sujets de l'histoire grecque ou romaine , avant de saisir la pensée du peintre. C'est a!)solument k lui qu'en est la faute , parce qu'il a mis trop de pompe , et si l'on peut s'exprimer ainsi, trop de faste dans cette scène patriarchale, dont le premier mérite devoit être une nolile simplicité. La figure de Sara, écoutant à la porte, est celle qui entre le mieux dans le sujet, et c'est critiquer Lairesse que de faire cette remarque.

Il convient , au veste , d'observer que cette composition a cet air de majesté que l'artiste «ut presque toujours impiimer à ses ouvrages. Le dessin de ses figures est ici préférable à celui de la plupart de ses autres productions.

Quoique coloriste médiocre, Lairesse a souvent cherché des elFets piquans de lumière. 11 n'a pas vu que ces effets , qui font le charme des petits taMeaux des maîtres de son pays , ne conviennent nullement au grand style , au style historique auquel il s'est adonné , et qu'il a constamment traité avec supériorité.

Ce tableau n'a point encore été gravé»

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