‹ Choix de tableaux et statues des plus célèbres musées et cabinets étrangersChapitre 26 sur 124 · COPIE DU CARTON DE PISE · texte numérisé non relu

COPIE DU CARTON DE PISE

Tableau du cabinet de M. Th. TVilliam Coke , à Londres , jpeint sur bois.

Hauteur 2 pieds 6 pouces et demi , largeur 4 pieds 3 pouces et demi.

Le Goiifalonier Sodérini , voulant faire peindre à fresque la salle du conseil, dans îe palais ducal de Florence, chargea Micliel-Ange et Léonard de Vinci d'y représenter les deux faits d'armes les plus remarquables des Florentins. Léonard prit pour sujet la victoire remportée à Angliiari sur le célè])re Piccinio , général du duc de Milan , et, Buon arroti y la fameuse bataille qui décida en i4o6 du sor t de Pise , et livra cette ville aux Florentins. Ces deux artistes firent chacun, selon la coutume, un carton de la composition qu'ils vouloient éxécuter à fresque *, on les présenta ensuite sur la place qu'ils dévoient occuper, et ils furent ainsi Oiferts aux regards des curieux.

Le groupe principal du carton de Léonard de Vinci représentoit une mêlée de cavalerie avec la prise d'un étendard. Buonarroti choisit, pour sujet du sien, une circonstance fournie par le récit de la bataille. « Le jour de » l'action la chaleur , étoit accablante , et une partie de l'in- » fanterie se b ai gnoit tranquillement dans l'Arno, lorsque )> tout à coup on cria aux armes ! un des généraux de Flo- » rence venoit d'apercevoir l'en^iemi eu pleine marche )) d'attaque sur les troupes de la répuJjlique. »

Le premier mouvement d'épouvante et de coui ags quç

le cri aux armes! produit sur ces soldats surpris, est le moment saisi par Micliel-Ai)ge. Le célèbre sculpteur Benvenuto Cellîni, qui ne prodigua jamais les éloges, écrivoit en 1559 * " fantassins nus courent aux armes , et avec de » si beaux mouvemens que jamais, ni les anciens ni les mo- )) dernes n'ont fait œuvre qui arrive a ce point d'excelj) lence... Comme je Fai dit, le carton du grand Léonard )) avoit aussi un haut degré de beauté. Ces deux cartons, tant » qu'ils durèrent, furent l'école de tous les artistes. Quoique 3) depuis, le divin Michel-Ange ait peint la grande chapelle 3) du Pape Jules II , son talent fut constamment inférieur de j) moitié à celui qu'il avoit montré dans la bataille de Pise. î) De sa vie il n'est remonté à la sublimité de ces premiers » élans de son génie (i). )>

Vasari cite surtout l'expression d'un vieux soldat qui, pour se garantir du soleil, en se baignant, s'étoit mis sur la tête une couronne de lierre : il s'assied pour se vêtir , mais ses vèteuieiiî) 11e pc\i>cnt glisser sur ses memlires mouillés , et il entend le tambour et les ci la cj^ui s'approchent. L'action des muscles de cet homme , et surtout le mouvement d'impatience de la bouche n'ont jamais été égalés. On se figure, dit encore Vasari , les mouvemens passionnés, les raccourcis admirables que Michel- Ange sut trouver parmi tant de soldats nus ou à moitié vêtus. Emporté par le feu de son génie , à peine , pour ne pas perdre ses idées, se donnoitil le temps de tracer ses personnages : les uns avoient les clairs et les ombres, d'autres étoient au simple contour, d'autres enfin à peine tracés au charbon.

Lorsque ces deux fameux cartons furent exposés aux re-

(î) Benveuuto Cellini , tom. i , pag. 3i , de réclitlon des Classiques , imprimés à Milan.

gards du public , tous les artistes restèrent stupéfaits d'admiration. La composition de Michel- Ange surtout captivolt tous les suiFrages j Fart d'idéaliser se montroit pour la première fois, et à un tel degré que lui-même n'a pu le surpasser. Ainsi cet artiste célèbre , à l'âge de 29 ans, eut la gloire de reculer les bornes de l'art , et d'affranchir pour jamais la peinture du style froid et mesquin qui dominoit alors.

Le carton de Léonard fut moins généralement applaudi. Le talent de cet artiste convenoit peu à la représentation d'un sujet qui reclamoit une certaine fougue de génie. On convient cependant que rien n'égaloit l'expression du courage et de l'ardeur de ses combattans, si ce n'est celle du feu qui animoit ses coursiers. Ceux-ci étoient dessinés avec ime vigueur et une vérité qui attestoient la connoissance parfaite que ce maître avolt acquise de la structure de ce superbe animal ( i ).

De tous les points de l'Italie, lescnvipnx, Ips amateurs et les artistes vinrent admirer et étudier ces deux chefsd'ce livres. Raphaël, qui n'avoit alors que 21 ans, fit en i5o4 le voyage de Florence, uniquement pour étudier ces merveilleux cartons ; dès ce moment il aljandonna la manière duPérugin, et marcha à grands pas vers la perfection de son art.

Afin d'éviter un si prodigieux concours de curieux dans la salle où s'assembloit le gouvernement, et de faciliter aux artistes l'étude de ces célèbres cartons , on les transporta ailleurs. Cette translation fut la cause de leur perte. Pendant les troubles qui agitèrent Florence , au rappel des

(1) L'étude approfondie qu'il eu avoit faite, le mit à portée d'en écrire un traité analytique dans le genre de celui qu'il composa pour le corps humain.

Médicis , les cartons disparurent. Baccio Bandlnelll fut accusé d'avoir mis en pièces celui de Michel- Ange , et de s'en être approprié les morceaux. On prétend même que ce fut l'étude qu'il en fit, qui lui valut ce grand goût de dessin et d'anatomie qu'on remarque dans ses ouvrages. Si le caractère altier et vindicatif de Baccio Bandinelli, et surtout l'ex- - cessive jalousie que lui causaient les succès de Michel-Ange ont pu le faire passer pour être l'auteur de cette indigne action , il n'avoit pas les mêmes motifs pour détruire celui de son ami Léonard. Gomme le sort de ce dernier carton est resté inconnu , et que les historiens ne nous disent pas que Baccio Bandinelli ait été puni de sa méchanceté , ni même qu'elle ait excité aucunes plaintes , on peut raisonnablement croire que Vasari l'a accusé sans preuve suffisante.

Les fragmens de ces deux cartons se répandirent ensuite dans toute l'Italie. Vasari parle de ceux qu'on voyoit de son temps à Mantoue , dans la maison d' Uberto Strozzi y en février 1675 j ces mêmes fragmens furent offerts au grand duc de Toscane , et l'on ignore pour quelle raison il ne les acheta pas. Quoique l'on ne sache pas ce que sont devenus ces précieux restes , il n'est pas propable qu'ils soient perdus j du moins , au commencement du 1 7®. sciècle , ils existoietit encore, puisque le seul groupe qui nous soit connu de la composition de Léonard de Vinci a été gravé sur un dessin de B.îd3ens, par le célèbre Edelinck ^ qui, tout habile qu'il étoit , ne paroît pas avoir bien connu l'artiste italien j car il lui donne au bas lie son estampe le nom barbare et totalement ignoré de Vla-Finne,

La copie du carton de Pise , que possède M. Th . W. Coke^^ est probablement celle que Bastiano da Savgall:>y peignit en i542 , sous la direction de Vasari, et que Giovo envoya à François P^. Comment ce tal^leau est -il sorti de France ?

c'est ce qu'on ignore : Il est certain du moins qu'il étoit a Rome , dans le palais Barberini , lorsque lord Leicester en fit l'acquisition et le transporta daas le cliâteau d'Holkham.

Bastiano da Sangallo a supprimé dans sa copie le fond de paysage , au travers duquel on aperce voit les murs de Pise , et quelques soldats qui engageoient le combat. Ces accessoires, qui seroient devenus imperceptibles , réduits à une si petite proportion, sont décrits par Vasrrl , et l'on croit en retrouver quelques parties dans les estampes que Marc- Antoine et Augustin de Venise ont e^^écutées d'après les deux principaux groupes de ce fameux carton. Nous disons on croit y parce qu'il est à remarquer que le paysage delà super])e estampe de Marc-Antoine , appelée \es grijnpeurs , et exécutée en i5 lo , semble îini d'après celui de la planche ou Lucas de Leyde a gravé en i5o8 le moine Sergius tué par Mahomet. La seule différence consiste dans la suppression du grand arlire , oii un vase est suspendu , et des quatre figures vues au milieu du lointain, et en ce qu'au lieu des cinq hommes qui s'entretiennent ensemble à l'entrée du bois à gauche, Marc- Antoine a placé quatre soldats armés qui sortent d'un pas précipité. Lucas de Leyde, n'ayant pu voir le carton de Michel-Ange , il est à peu près certain que le lointain de l'estampe M arc- Antoine est arrangée d'après la gravure de Lucas de Leyde , et n'a par conséquent aucune ressembîance avec le carton de Michel- Auge.

Le talent avec lequel Bastiano da Sangallo a su imiter le faire et le sty'e de son modèle, prouve qu'il en a étudié chaque partie avec le plus grand soin , et que sa copie nous présente , avec une scrupuleuse exactitude , l'ensemble de ce chef-d'œuvre.

Malgré rengagement que nous avons pris de n'admettre dans notre recueil que des tableaux originaux, nous avons

cru devoir faire exception en faveur de cette importante copie. Elle nous permet d'apprécier dans son ensemble une composition qui fit époque dans l'histoire de Fart, et dont on ne connoissoit jusqu'ici que des fragmens.

Le simple trait que nous publions aura d'autant plus de mérite, que la gravure de Schiavonnetti ^Xdi seule qui existe d'après ce tableau , fait partie d'un recueil que son prix élevé ne permet pas à beaucoup d'amateurs d'acquérir, et dont les estampes ne «e vendent pas séparément.

LA SAINTE FAMILLE

Tableau de la collection de M, Hope , à Londres ^ peint sur toile.

Hauteurs pîeds ii pouces, largeur 3 pieds 2 pouces.

Quoique la naissance et même la splendeur Je TEcolc Espagnole datent du i5"*' siècle, son existence n'est reconnue en Europe que depuis peu d'années. Jusque-là^ les productions de Velasquez et de Ribera , à peu près les seules de ses artistes qui fussent connues, parce que ces maîtres allèrent étudier en Italie, furent classées parmi celles de cette dernière école. Sans les événemens qui causèrent, il y a quelques années, le déplacement de plusieurs cliefs-d'œuvres des arts conbei vés dans les monastères où ils étoient comme ensevelis , il est à croire que , l'Europe connoîtroit encore fort peu aujourd'hui les rares talens des Moralès, des Murillo , Zurbaran , Coëllo et de tant d'autres artistes dignes d'une grande renommée , qui , sans avoir vu l'Italie , surent se créer une manière originale, où l'on retrouve la plupart des beautés éparses dans les autres écoles.

La Sainte Famille dont nous donnons la gravure est d'une exécution parfaite. Elle ressemble tellement à une production de Vandyck que , sans le caractère de la tête delà Vierge que l'on retrouve dans plusieurs autres tableaux de Murillo, onpourroit attribuer cette peinture à l'illustre élève de Rubens II fit partie des objets précieux que M. de Calonne laissa à Londres , et qui furent vendug après son retour eu France.

Il a été gravé par Heath,

] LE DÏEU PASTEUR.

Tableau de la collection de M. le Chevalier Clarhe ^ à .Londres y peint sur toile ^

Hauteur 5 pieds 5 pouces , largeur 3 pieds 6 pouces.

Il existe beaucoup de copies ou répétitions de ce célèbre tableau dont Toriginal fut fait pour les religieuses del Angel a Grenade. Plusieurs de Ces répétitions passent pour être de Murillo , et bien certainement celle dont nous donnons le trait est de la main de ce maître. De la Collection de M. de Lassay , ambassadeur de France à Madrid, ce tableau passa dans celle de M* de Presle et devint en i8oi la propriété de M. ClarLc.

La plus belle copie que l'on connoisse de ce tableau est ceUe de Grimoux. Elle se voit à Londres dans le cal)inet du Marquis de Stafford.

M. Clarke possède le pendant du Dieu pasteur peint par le même maître. Il représente St. Jean caressant un agneau. Ces deux tableaux , dont la dimension est à peu près la même ; sont probablement ceux qui se voy oient dans îa collection de M. le Comte de la Guiche et qui furent vendus ensemble la somme de 12999 1. 19 s. Il est impossible de lien imaginer au-dessus de l'expression et de la grâce des têtes de Jésus et de St. Jean. Leur coloris est si parfait qu'on seroit tenté de dire avec François Vieyra, peintre Portugais qui étudia pendant i3 ans à Rome, que Murillo broyoit de la cbair sur sa palette.

Le Jésus pasteur a été gravé par Major et par Hea^h.

Le Saint Jean^ a été gravé à la manière noire par P^aïsntin Green en 1777.

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