LA VIERGE AU CHARDONNERET
Tableau de la galerie de Florence.
Environ 3 pieds et demi de haut sur 2 pieds et demi de large.
Aucun peintre ne s'est aussi bien pénétré que Raphaëi du caractère qu'il falloit donner aux vierges. Il a senti que la grâce unie à une modeste pudeur, pouvoit seule les distinguer de tous les autres personnages \ et il a exprimé ce qu'il sentoit, parce qu'il avoit en lui la perception du beau, parce qu'il le trouvoit, sans la moindre difficulté ; lorsque tant d'artistes même des plus habiles, l'ont inutilement cherché pendant toute leur vie.
Parmi les nombreuses Saintes Familles de cet admirable peintre , celle-ci doit tenir un rang très-distingué. La Vierge est de la plus noble simplicité , elle domine avec une grâce exquise dans la composition. Un empressement respectueux d'une part , de l'autre un certain air de supériorité , se remarquent dans les deux figures du petit Saint Jean et de l'enfant Jésus. Le précurseur du Christ lui présente l'oiseau qui a donné son nom au tableau, et si celui-ci l'accepte, c'est sans aucun empressement puéril, c'est avec une majesté toute divine.
Ce que l'on vient de dire du Chardonneret, se rattache à une coutume fort louable des Italiens. Dès qu'un tableau de quelque grand maître étoit digne de la réputation de l'auteur, ils avoient toujours soin de le désigner spécialement par quelque accessoire. Cette méthode , bonne en elle-même, devenoit encore plus judicieuse lorsqu'il s'agis*-
soît de âir'ets sî souvent traités. En applaudissant aux beautés des tableaux de Raphaël et de quelques autres artistes dig. ies d'être placés immédiatement après lui , on ne peut s'empêcher de regretter qu'ils n'aient pas eu de plus fréquentes occasions de varier leurs compositions.
Ce tableau est de la jeunesse de Raphaël ; il l'exécuta à Florence pour Lorenzo Nasi , lorsque la réputation de Léonard de Vinci l'attira dans cette ville. Les malheurs de la famille du propriétaire manquèrent d'anéantir cet ouvrage en i548. Il fut mis en morceaux dans un mouvement populaire ; mais ensuite, on en rasseml^la les parties, et ce fut ainsi qu'on parvint à pouvoir les placer dans la Galerie de Florence, où il se voit encore maintenant. V asari dit avec beaucoup de sagacité qu'il tient de la première et de la seconde manière du maître. En elTet, la composition et le charme attachés à chaque figure en particulier, le peuvent faire comparer à ce que , dans le même genre , Raphaël put faire de mieux ensuite j mais le paysage est tout-à-fait semMaljle à ceux que l'on trouve dans ses premiers tableaux. Au reste, jamais Raphaël ne put être cité comme un modèle dans cette partie de l'art. Il ne l'étudia pas assez, parce qu'il ne la regardoit que comme accessoire.
Nous ne connoissons point de gravure de ce tableau.
HERCULE EPnFAINT ÉTOUFFAINT DES SERPENS.
Tableau appartenant au comte Fitz-W ilUam,
Hauteur 4 pieds i pouce sur 3 pieds 4 pouces.
Sir Josué Reynolds peut être considéré comme le fondateur de l'école anglaise. Elle lui doit du moins une partie des progrès qu'elle a faits depuis un demi siècle. Mais^ il faut le dire ^ ces progrès sont dûs plutôt aux excellens discours qu'il prononça à l'Académie Royale de Peinture de Londres , dont il fut le premier président, qu'au mérite des productions de son pinceau. Fort en théorie , Reynolds ne s'éleva pas à la même hauteur dans la pratique de son art^ et ces deux parties dont se forme le talent d'un artiste , semblent même chez lui, se trouver en contradiction. Il recommande souvent dans ses écrits le grandiose de Michel- Ange, la pureté de Raphaël , l'austérité et ia fieité de Jules Romain, etc. , cependant il a impiimé à ses propres ouvrages, une partie du goût et des effets de l'école flamande.
Reynolds peignit deux fois le sujet d'Hercule au berceau étouffant des serpens. Celui que nous publions fut fait pour le comte Fitz- William, qui le paya i5o guinées. En 1778, l'impératrice de Russie ayant demandé à Reynolds un tableau d'histoire dont elle lui laissoit le choix du sujet, Reynolds répéta cette même composition , à laquelle il ajouta les figures d'Amphitrion, d'Alcmène et des serviteurs entrant à leur suite dans la chambre où est Hercule. Des deux table^ ux , celui que nous publions est le mieux conservé.
Il a été gravé au burin Ch. Heailu
VÉKUS ET L^AMOUR.
Tableau appartenant au comte d! Upper- Ossory,
Hauteur 4 pieds 2 pouces , largeur 3 pieds 4 pouces.
Reynolds illustra une branche inférieure de son art , le portrait, qui, sous son pinceau, devint historique. Il semble avoir su saisir une action fugitive, une action caractéristique , et la fixer d'un seul coup sur la toile avec une ressemblance parfaite. Les anglais le nomment leur Vandyck, parce qu'il a souvent cherché à imiter la manière de ce maîti'e. Mais dans toutes les parties de Fart, il lui est incontestablement inférieur. Jaloux de donner à son coloris un éclat mystérieux, une harmonie prématurée, Reynolds a usé, ou plutôt a abusé de certains procédés chimiques qui en ont détruit avant le temps la fraîcheur et la vivacité. Il poussa ses recherches pour connoître la manière de colorier des peintres Vénitiens, jusqu'à sacrifier d'excellens tableaux de cette école, pour en enlever parle frottement, les diflférentes couches de couleurs, et s'assurer de leur disposition. Qu'en est -il résulté?
Aucunes des nombreuses productions de Reynolds ne surpasse la Vénus dont nous donnons le trait, pour la richesse du coloris, la simplicité et la naïveté de la composition , le charme de l'expression et de l'effet général. Aussi , en faisoit-il un cas particulier, et ne voulut-il jamais s'en défaire. Reynolds ayant légué im de ses tableaux au comte d'Upper - Ossory , cet amateur éclairé choisit celui-ci, que Raimbacha. fort bien gravé.