LA MORT D'HYPPOLITE
Tableau de la collection du Duc de Bedfort ^ à Londres ^ peint sur cuivre.
Hauteur i pied 8 pouces, largeur 2 pieds 4 pouces.
Le génie des grands artistes se manifeste surtout dansle choix des sujets. Combien d'hommes ont tenu le pinceau pendant toute leur vie^ sans se douter que tel trait historique ou fabuleux , ne conyenoit pas à la peinture , quoiqu'il fut très-intéressant en récit ! l'action , l'action seule y et une notion graudp ^ pathptîque OU terrible ^ voilà ce qui convient à un art qui n'a qu'un moment à exprimer et qui ne s'adresse à l'imagination que par l'organe de la vue. Rubens doué d'un jugement exquis , fortifié par d'excellentes études^ est l'un des maîtres qui^ sous ce rapport , méritent le plus d'éloges.
Ce tableau en est une preuve évidente. Le sort funeste du vertueux fils de Thésée offroit aux peintres comme aux poètes plusieurs situations intéressantes : Rubens a choisi la plus terrible. Inspiré par la lecture d'Euripide , et même de . Sénèque le tragique , chez lequel le récit de la mort ; d'Hyppolite est plus étendu que dans la tragédie grecque^ Rubens , qui ne pouvoit connoître les admirables vers de Racine, n'en a pas moins exposé avec une effrayante énergie le moment décisif d'une si grande catastrophe. Dirigeons les regards des lecteurs vers cette composition éminemment poétique. Le monstre armé de cornes mena-
çantes , s'élance sur les coursiers : ils s^effraient , le cïiar se brise , Hyppolite est reiiTersé , et ses compagnons s'enfuient. On se rappelé une circonstance remarquable et relative aux chevaux du jeune Prince , ainsi indiquée par Racine, imitateur en ceci encore des deux poëtes ses devanciers :
« Même on dît qu'on a vu dans ce désordre affreux , Un dieu qui d'aiguillons pressoit leurs lïancs poudreux.
A ce Dieu , qui ne peut être que Neptune lui-même , Rubens a substitué un Triton, ministre de ses ordres, qui par le son de sa conque , augmente à la fois la fureur du monstre et l'effroi des coursiers.
Ce tableau , d'une très-petite proportion , est peint sur cuivre et bien conservé. Tout porte à croire que Ru]3ens , qui dans ses grands ouvrages s'est souvent fait aider par d'habiles élevf><î , n pris plalsslr h p/sécuter seul ce morceau précieux; du moins sa parfaite exécution confirme cette conjecture. Ceux à qui les compositions, des grands maîtres sont familières reconnoitront sans doute que l'Hyppoîite est une imitation d'un Tytie déporé par le vautour y ouvrage de Michel-Ange. Cette remarque ïi'ote rien au mérite de la figure de Pvubens. Il étoit digne d'apprécier le grandiose et l'énergie de l'illustre Florentin, et d'ajouter aux conceptions de cet immortel artiste ia magie de sa couleur tout à la fois harmonieuse et brillante.
Ce tableau a été gravé en Angleterre, par AnJcer Smith, Transporté depuis quelques années de France à Londres, il fut acheté par le feu Duc de Bedfort, l'un des Seigneurs Anglais qui savoient faire îe meilleur emploi d'une fortune immense.
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