‹ Choix de tableaux et statues des plus célèbres musées et cabinets étrangersChapitre 43 sur 124 · LA PRÉSENTATION DE LA VIERGE AU TEMPLE · texte numérisé non relu

LA PRÉSENTATION DE LA VIERGE AU TEMPLE

Tableau de la Galerie de V Ermitage , peint sur toile.

Hauteur 3 pieds 4 lignes, largeur 3 pieds i pouce.

Des critiques sévères ont reproché aux peintres un grand nombre de fautes et d'anachronismes. Ils ont eu trop souvent raison à l'égard de ceux que le savoir et surtout un jugement sain n'ont pas dirigés. Mais on doit avouer aussi, que, dans certains sujets, l'artiste qui ne sauroit pas prendre un parti , et se décider entre plusieurs versions contradictoires , n'auroit autre chose à faire qu'à rester dans l'inaction. La présentation de la Vierge au Temple , est un de ces faits qui ont été Ion g -temps controversés par les Docteurs de l'Eglise. Ils ne furent même jamais bien d'accord entre eux, sur quelques unes de ses principales circonstances, telles que l'âge qu'avoit JMarie, lors de cette présentation. Celui de trois ans fut d'aljord admis dans les bréviaires , et on le mentionnoit encore au temps du pape Paul 111. Sixte-Quint supprima de l'oraisou ce passage \ et chez la plupart des peintres , la jeune Marie a depuis sept jusqu'à douze ans. Le Sueur s'est conformé à cette dernière opinion, parce qu'elle lui permettoit d@ développer avec grâce les formes de sa figure principale.

Quoique le titre qu'on donne généralement à ce tableau soit : la Présentation de la Vierge au Temple, il est évident que ce n'est pas le fait principal que l'artiste a voulu représenter, mais un des momeusqui le précédèrent :

sans doute celui où M-hvie, conduite vers le Temple par Sainte Atine^ sa mëie , se proposoit d'adorer Féternel.

Quelle qu'ait été l'intention de Le Sueur, sa composition est d'un caractère original , et bien digne de ce peintre admirable, qui, sans avoir jamais vu l'Italie, fut, si l'on peut s'exprimer ainsi , plus véritablement italien dans la conception de ses sujets , que tant d'autres artistes , vainement nés dans la patrie de Raphaël. Le Sueur , si digne cl'éloges pour sa manière grande et simple de draper ses figures, n'en a point fait de supérieures, sous ce rapport , à celle de Sainte Anne , dont l'expression est d'ailleurs aussi juste que noble. Le groupe de mendians rappelle ce que l'on disoit de Virgile , « qu'il conservoit » toujours sa dignité, même lorsqu'il jetoit du fumier » à terre. « Ces deux femmes, dont l'une tient l'enfant qu'elle allaite et l'autre est avancée en âge , ce vieillard même , avec sa béquille , n'ont rien de l'aspect repoussant que des peintres , doués d'un sentiment moins délicat, se seroient cru obligés de leur donner. Il n'est pas permis de les méconnoître pour ce qu'ils sont; mais Le Sueur s'est arrêté à propos , et n'a retracé qu'une belle nature accablée par l'infortune.

Ce tableau exécuté d'un pinceau facile , aura , pour la plupart des admirateurs de Le Sueur, un mérite particulier. 11 étoit une de ses productions jusqu'ici le moins généralement connues. Il n'a point été gravé.

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