‹ Choix de tableaux et statues des plus célèbres musées et cabinets étrangersChapitre 45 sur 124 · LE MARTYRE DE SAINT ÉTIENNE · texte numérisé non relu

LE MARTYRE DE SAINT ÉTIENNE

Tableau de la Galerie de Florence,

Knviron i3 pied» de haut, sur 8 pieds de large.

Ce sujet pathétique et qui permet aux peintres de se montrer savans clans l'expression des passions ^ a été retracé par plusieurs grands maîtres. Jules Romain, Annlbal Carraclie et Lebrun l'ont particulièrement traité avec line supériorité incontestable. Ce n'est donc pas une foible gloire pour Cigoli de mériter que son tableau reçoive aussi des éloges très - flatteurs. Plusieurs écrivains ou artistes italiens , semblent avoir épuisé pour le louer , tous les superlatifs que leur fournissoit leur langue abondante et flexible. Selon Piètre de Cortone , ce tableau étoit le plus beau que possédât la ville de Florence. << Quand il n'auroit fait que cet u avrage j s'écrioit Baidi- )) nucci , il auroit mérité le nom de Gorrège Florentin.

Cet écrivain nous apprend de plus , que Cigoli fit des études nombxxuses ^ afin de s'approcher le plus qu'il le pourroit de la perfection. Moyen de succès presque toujours sûr , quand d'ailleurs , l'artiste possède déjà un beau talent. Il fit plusieurs dessins et même des modèles pour disposer les hommes qui lapident le Saint de manière qu'ils ne parussent pas se jeter des pierres les uns aux autres. Il prétendoit , peut-être avec assez de fondement, avoir observé ce défaut dans plus d'un tableau d'ailleui's recommandable , où le même sujet étoit exécuté.

La simple inspection de la gravure prouve que les soins du Cigoli ne furent pas infructueux. Sa composition est grande et poétique. Le saint a une expression

juste , et les petits Anges qui descendent vers lui avec une palme et une couronne , tiennent de la manière gracieuse ôu -Corrège. L'air froid et insouciant , le calme féroce de ceux qui commandent l'exécution , contrastent avec la fureur aveugle des bourreaux. Le lieu de la scène est riche et l)ien choisi. Cette architecture pittoresque , ce paysage indiqué par quelques arbres , cette église dont le premier des martyrs étoit diacre , tout est d'une grande et belle manière. Cigoli n'a eu garde d'oublier la part que Saint Paul , alors très-jeune et payen , prit à cet événement mémorable dans l'histoire du Christianisme. Il l'a montré dans le lointain^ près d'une femme éplorée , et gardant les manteaux de ceux qui lapident le Saint.

L'exécution de ce tableau est digne de la pensée. Le dessin a de l'énergie et de la correction, la couleur, beaucoup de force et d'effet. C'est enfin une de ces peintures qui, par l'intérêt du sujet et la réunion des grandes parties de l'art, frappent au premier aspect, et ne redoutent nullement un examen plus attentif. Cigoli avoit trente-huit ans lorsqu'il peignit ce tableau pour Zaccaria Tondelli , qui le donna aux religieuses de Monte-Domini. Placé dans un coin d'une petite église accessible seulement pendant quelques heures chaque jour, il fut long-temps inconnu du plus grand nombre des voyageurs , et même des habitans de Florence. La suppression des couvens fut avantageuse à la gloire du Cigoli. Son martyre de Saint Etienne , passa d'abord dans l'Académie des Arts , puis dans la grande Galerie , oh il parut comme un trésor récemment tiré du sein de la terre.

Il n'a point été gravé.

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