JÉSUS-CHRIST PORTANT SA CROIX
Tableau de la Galerie du comte de Sbafford , Clevcland^ house à Londres , peint sur cuifjre.
Hauteur i pied 8 pouces, largeur 2 pieds i pouce.
Presque tous les grands maîtres qui ont représenté ce sujet, Fun des plus pathétiques et cependant le moins souvent traité de tous ceux qu'oifre la Passion de Jésus-Glirlst , ont admis dans leur composition les Saintes Femmes , Saint Jean, ce disciple chéri du Fils de Dieu, Simon , INlcodème et souvent même Sainte Véronique, personnage qu'aucun Evangéliste ne cite. Ils se sont ainsi ménagé la faculté de multiplier les épisodes et par conséquent de varier les expressions de leurs personnages. Le Domlnlquin , qui rarement a introduit un grand nombre de figures dans ses tableaux , s'est seulement proposé de rendre avec énergie le moment où Jésus ^ conduit au Calvaire par une troupe de soldats , succombe sous le poids de l'instrument de son supplice. Près de lui sont deux bourreaux, dont l'un semble ordonner qu'on l'aide à soulever sa croix , afin qu'il puisse se relever et hâter sa marche ^ tandis que Fautre, par le même motif, le tire par la corde dont il est attaché. Simon de Cyrëne , à qui Fun des deux bourreaux adresse la parole , tient déjà la croix et fait des efforts pour la soulever ; un homme est derrière lui , vêtu d'un turban un autre est à côté , et porte une échelle entre les échelons de laquelle 11 a passé sa tête. On aperçoit dans un chemin creux la suite de Fescorte de Jésus <jue précède un officier romain à cheval.
Si le Domiïiiquin ne posséda pas cette entente générale qui charme les yeux au premier aspect , cette magie produite par l'harmonie des lignes de la composition et par celle de la couleur et de la lumière ) si ses draperies sont souvent mal jetées; si son paysage n^a pas la légèreté de celui des Car radies; par combien de beautés du premier ordre ne rachète-t-il pas ces défauts ! Non-seulement il fut un des dessinateurs le plus corrects du beau siècle de la peinture ^ et posséda a un degré très-éminent l'art d'exprimer les passions , puisque le Poussin n'hésite pas à le considérer comme le premier dans cette partie de Fart, mais il n'a manqué auBominiquin , pour être le plus fameux des peintres dliistoire , qu'un peu plus de chaleur et d'été- Tation. Presque toutes ses productions sont ou touchantes ou attachantes. Il en est même plusieurs devant lesquelles on ne peut se défendre d'un sentiment plus vif. Son tableau du Portement de Croix est de ce nombre. Malgré qu'on puisse lui reprocher une partie des défauts qui lui sont ordinaires , il est impossible de ne pas être pénétré de la plus franche admiration pour l'artiste, comme d'un sentiment aussi tendre que respectueux à la vue du Christ affaissé sous le poids de sa croix. Quel heureux contraste entre cette figure et celle des bourreaux et des soldats I
Ce tableau , qui passa du cabinet de M. de Seignelay dans la Galerie du Duc d'Orléans, ne fut porté qu'à I0;000 fr. dans l'estimation de cette Galerie, lors que nous avons vu vendre 60,000 fr. , une seule figure d'Evangéliste de grandeur naturelle, peinte par cet illustre élève des Carraches, et conservée jadis dans la Galerie Giustiniani.
Le Portement de Croix a été gravé par Henriquez ^ pour la Collection connue sous le nom de Galerie du Palau- Roy al.
LA CRECHE.
Tableau de la Galerie de r Ermitage , peint sur bois ^ et de forme octogone.
Hauteur et largeur, 3 pièces 7 lig^nes.
Le Guide fit des tableaux si opposés entre eux , pour la manière dont ils sont exécutés, qu'il est très-difficile de déterminer précisément quels sont les signes caractéristiques de son talent. On connoît de lui des tableaux extiémenient soignés, on en connoît aussi de très-négligés. Il a travaillé la moitié de sa vie pour sa réputation et sa fortune, qui furent considérables; et dans l'autre moitié, il n'a peint, le plus ordinairement, que des tableaux peu dignes de son pinceau. Quoiqu'il en soit , on lui reconnoît trois coloris différens qui peuvent indiquer avec quelque exactitude la date de chacune de ses productions.
Le premier est celui qu'il tint des Carraclies, dont la couleur est le plus souvent matte et terne. Il s'en créa un second , lorsqu'il chercha à se rapprocher de 1? manière du Caravage. Alors ses lumières furent grises , et ses ombres noires j mais le coloris qu'il a le plus généralement pratiqué , est diamétralement opposé à celui du Caravage , dont il voulut faire tomber la réputation. Dans tous les tableaux qu'il exécuta à cette époque , sa couleur est claire et vague , ses ombres tendres et grisâtres, et tirant sur le vert, ce qui fait paroître ses chairs comme mortes. Souvent aussi, son coloris est argentin, et d'un effet très-séduisant. De tout temps, la beauté du pinceau, la facilité de l'exécution , l'esprit et la justesse de la touche , ainsi que l'accord le plus harmonieux ont été considérés
par les artistes, comme le type particulier àes productionf du Guide.
Son dessin a de la vérité, de la grâce, souvent de la noblesse^ quelquefois de l'incorrection, rarement de l'énergie, mais toujours de la finesse. Il manque assez ordinairement de caractère et de fermeté dans les figures d'hommes, et ne sut jamais exprimer les fortes passions, ni les affections violentes -, mais il a merveilleusement réussi dans les figures de femmes , qui seront à jamais des modèles de grâce et de ])eauté. Celles qu'il a représentées les yeux levés vers le ciel, soit qu'elles implorent, soit qu'elles expriment l'affliction, sont surtout d'un sentiment exquis. Elles prouvent évidemment que le Guide fit une étude particulière et constante du célèbre groupe de Niobé. Enfin,' son style de draperies est excellent; les plis sont toujours larges et bien formés , disposés avec goût et nettement accusés.
De tout ce que nous venons de dire , nous concluons qu'il n'a manqué au G uide , pour être un très - grand peintre d'histoire , qu'un peu plus d'élévation dans les pensées , et de mieux entendre les grandes ordonnances-
Le sujet du tableau dont nous nous occupons est un de ceux qui convenoit le mieux au talent du Guide , parce qu'il n'offre que des sensations douces. A.ussi, peuton y louer sans réserve, et la beauté de Marie , et l'expression de sa douce humilité. La figure de Saint Joseph et le groupe des bergers, qui témoignent avec ce sentiment d'une foi pure , leur respect, leur amour, et leur admiration à la vue du Rédempteur si long-temps attendu, ne méritent pas moins d'éloges. La vive lumière qui éclaire cette scène, produit l'effet le plus vrai et le plus piquant.
Ce tableau a été gravé avec succès par Fr, Poilly, Les épreuves avant les deux Anges sont très-recherchées.
ipp Dit 5ufe6 (Komaut, Ce. cllomaine.